MIDWAY : QUAND LES AIGLES ATTAQUENT

États-Unis, Chine, 2019
Note: ★★★ 1/2

Nouveau film de Roland Emmerich (Independance Day 1996, The Patriot 2000) Midway relate les événements de la bataille aéronavale de Midway. Affrontement déterminant de la guerre du Pacifique qui opposa les forces américaines et japonaises en juin 1942. Si le film ne brille pas par sa clarté sur le plan narratif, Midway se révèle suffisamment impressionnant pour valoir le détour en salles. Miraculeusement, Roland Emmerich parvient à compenser certaines carences visuelles et scénaristiques par un spectacle aussi généreux qu’anachronique.

Le cinéma de Roland Emmerich n’a jamais eu très bonne presse. Boudés par les critiques et moqués par les cinéphiles, les films du réalisateur allemand incarnent une certaine idée du cinéma américain des années 90. Aux côtés de Michael Bay, Roland Emmerich fait partie de cette génération de cinéastes qui ont souvent choisi de privilégier le spectacle à la substance. Parfois pour le meilleur mais souvent pour le pire. Dès lors, quand le nom du réalisateur a été associé au projet Midway, le scepticisme était de mise. Le parallèle avec le calamiteux Pearl Harbor (2000) de Michael Bay a vite été établi dans l’esprit des spectateurs. N’étant plus en mesure de faire financer ses films par les majors américaines, le réalisateur a dû se tourner vers la Chine pour faire aboutir le projet. L’implication de l’Empire du Milieu dans le projet se fait d’ailleurs clairement ressentir au visionnage. L’ajout de scènes de bombardements de civils chinois n’étant aucunement reliées avec le reste des événements du film. Le budget relativement modeste du film (75 millions de dollars), compte tenu de l’ampleur du projet, donne lieu à des scènes d’action assez discutables sur le plan des effets spéciaux. La photographie terne et le rendu très numérique ne rendent pas non plus justice au film. Néanmoins, Midway parvient à tirer son épingle du jeu grâce à son rythme effréné et à une mise en scène qui, sans être éblouissante, reste suffisamment lisible pour que le spectacle soit total.

La démarche de Roland Emmerich se distingue aussi de celle de Pearl Harbor en rendant ici hommage à de véritables héros de guerre. Là où Michel Bay créait des personnages fictionnels de toutes pièces qui se révélaient aussi lisses que peu crédibles. Si on peut saluer la démarche plus honorable d’Emmerich, elle soulève aussi l’un des problèmes majeurs du film. À vouloir multiplier les points de vue afin de gagner en ampleur, Midway perd toute fluidité narrative. Ne prenant pas le temps de caractériser correctement ses personnages, certains d’entre eux deviennent de simples silhouettes qui apparaissent et disparaissent du film en dépit du bon sens. Le cinéaste choisit aussi d’adopter le point de vue japonais en évitant habilement toute caricature. Un bon point pour un film qui laissait pourtant présager le pire sur le plan de la peinture de l’antagoniste japonais. Enfin, la prestigieuse distribution incarne aussi l’une des forces du film. Pas de grandes stars au casting mais de solides acteurs chevronnés tels que Woody Harrelson, Dennis Quaid ou encore Patrick Wilson. La performance du talentueux Ed Skrein qui tient ici le rôle principal est aussi à saluer. La trajectoire du pilote tête brûlée permet un vrai ancrage émotionnel via sa relation touchante avec sa famille et l’escadron de pilotes qu’il mène au combat. Si Midway ne gagne certes pas sa place au Panthéon des grands films historiques sur la Seconde Guerre Mondiale, il demeure néanmoins l’un des meilleurs blockbusters de l’année 2019. À l’heure où le cinéma populaire américain se trouve face à une impasse du fait de la franchisation à outrance, Midway incarne à sa manière une alternative plutôt salutaire en termes de grand spectacle cinématographique.

 

Durée: 2h18

Ouvoir.ca

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