LE TRAÎTRE : REGARDER LES HOMMES TOMBER

Italie, 2019
Note : ★★★★

Avec son nouveau film Le Traître, le cinéaste vétéran Marco Bellocchio conte l’histoire du truand Tommaso Buschetta. Cette grande figure de Cosa Nostra devint repenti dans les années 1980 et livra un témoignage historique sur l’organisation mafieuse qui entraîna l’incarcération de centaines de criminels. 

Depuis plusieurs années, le cinéma italien semble renaître de ses cendres après quelques décennies compliquées pour la production du pays. Des cinéastes comme Paolo Sorrentino, Matteo Garrone ou Stefano Sollima font à nouveau battre son coeur et rayonner à l’international. Avec Le Traître, Marco Bellocchio apporte une autre preuve de ce nouveau souffle inespéré.

A contrario du schéma narratif traditionnel des films sur la mafia, le récit du Traître est celui d’une longue chute. Le déclin d’un homme et de toute une organisation minés par des années de luttes fratricides, d’argent facile et de trahisons qui auront finalement raison de toute la hiérarchie mafieuse. Motivé davantage par un sentiment de vengeance que par de réels remords, Tommaso Buschetta déconstruit tout le système de Cosa Nostra pendant 2h30 de film. Un à un, ses principaux rivaux tombent et le repenti fait la lumière sur toutes les arcanes d’une organisation souterraine dont les liens remontent jusqu’au sommet de l’État. 
 
Si le film demeure très factuel et s’appuie régulièrement sur les véritables déclarations et agissements des protagonistes, il prend parfois aussi des allures de récit psychanalytique. Le Traître tente ainsi  de pénétrer dans la psyché d’un homme au passé trouble qui aura côtoyé la mort de près toute sa vie. Ces séquences fantasmagoriques qui matérialisent toutes les craintes et les traumatismes de Tommaso Buschetta, incarné par un Pierfrancesco Favino impérial, rapprochent le film d’un onirisme presque fellinien. C’est lors de ces passages que le film prend une vraie dimension existentialiste qui lui fait prendre de la hauteur vis-à-vis de son côté purement historique. Les flashbacks successifs permettent de donner une épaisseur supplémentaire au personnage. À travers la trajectoire de Tommaso Buschetta, c’est le destin de toute la Sicile qui se dessine. Une île qui a basculé dans une violence insensée culminant avec une lutte de pouvoir sanglante entre clans rivaux et l’assassinat des juges Falcone et Borsellino dans les années 90. 
 
À l’instar de The Irishman sorti l’année dernière, Le Traître prend donc le temps d’analyser les états d’âme de cet ancien criminel prisonnier de son destin. Si ses anciens associés mafieux croupissent en prison, lui est poursuivi par un passé qui le rattrape où qu’il se cache. À ce titre, la fin assez pathétique du personnage n’est pas non plus sans rappeler la décrépitude du protagoniste incarné par Robert De Niro dans le film de Martin Scorsese. En plus d’être une chute incessante, Le Traître est donc un film sépulcral se parant d’une esthétique aussi sublime que mortifère. La photographie somptueuse, particulièrement lors des scènes nocturnes, donne au film toute sa beauté macabre. Très certainement l’un des meilleurs films italiens de ces dernières années, Le Traître de Marco Bellocchio est donc à ne manquer sous aucun prétexte. 

Durée : 2h 25

Ouvoir.ca

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