Divergent

Entreprise à décérébrer la jeunesse – ♣

Dans un futur post-apocalyptique, la population est séparée en cinq factions : les Sincères, les Erudits, les Fraternels, les Audacieux et les Altruistes. Après avoir grandi chez les Altruistes, Béatrice doit choisir son clan en passant des tests d’aptitude. Mais fait rarissime, ils ne sont pas concluants : c’est une divergente, ce qui la rend dangereuse aux yeux du gouvernement.

Divergente_afficheL’échec total du film est d’autant plus triste qu’il contenait quelques idées scénaristiques très intéressantes, à défaut d’être originales. Ainsi, en prenant place dans un Chicago post-apocalyptique, la société est corsetée pour la préparer contre un danger invisible et indicible, et son unité en est ainsi assurée. Le choix, laissé aux adolescents, de quitter leur faction ou y rester, pourrait aussi interroger l’idée d’endogamie et de reproduction sociale, sans retour possible. Enfin les «sans faction», sont vus négativement car ne pouvant être rattachés à un groupe et donc impossible à contrôler. Mais de tout cela, rien n’est exploité et ces idées ne servent qu’à un décor, le temps d’une scène ou comme message politique abandonné aussitôt qu’il est prononcé. À l’inverse, on tombe directement dans le ridicule et le cliché (les fraternels, aux cheveux longs et aux vêtements amples aux couleurs vives, nourrissent la cité tandis que les audacieux sautent et crient sans raison et chacune de leur arrivée est accompagnée d’une musique assourdissante).

Après avoir attendu une moitié de film un soupçon d’intrigue, on perd toute logique dans la seconde partie et les scènes se succèdent dans un mélange d’invraisemblance, de ridicule et d’incohérence. Durant 2h30, le film reprend allègrement les éléments caractéristiques des grandes sagas pour adolescents (Harry Potter, Hunger Games et Twilight), réussissant l’exploit de rendre l’entreprise insipide et ennuyante. Elle aussi choisie parmi les succès du moment (Ellie Goulding, Snow patrol, M83, Skrillex, Woodkid…), la musique est très forte et trop présente et écrase encore un peu plus les scènes, avec un côté clipesque très cheap. L’entreprise dans son entier est un désastre bien partagé. On se demande de ce qui reste du sympathique L’illusioniste dans la réalisation de Neil Burger. Après R.I.P.D., le directeur de la photographie Alwin H. Küchler continue d’alourdir son palmarès en imitant J.J. Abrams et ses effets «lense flares»  et on se désole même du maquillage (Brad Wilder).

Ce genre de film est bien évidemment orienté principalement vers un public d’adolescentes et sa réussite dépend beaucoup de l’histoire d’amour. Mais ici, rien n’est crédible entre Shailene Woodley (Béatrice) et Theo James (4) et chaque scène sensée être émouvante est ratée. La distribution est tout aussi défaillante avec un choix d’acteurs très discutable, comme Zoe Kravitz (Christina), qui semble avoir hérité de son père l’absence totale de talent et Ansel Elgort (Caleb). On se désole de la présence d’acteurs plus expérimenté mais à la dérive depuis quelques temps (Mekhi Phifer, Ashley Judd, Ray Stevenson, Maggie Q) et on se demande ce que vient faire Kate Winslet (Jeanine Matthews) dans ce naufrage total. Elle semble le regretter elle-même, débitant ses répliques mécaniquement, comme si elle n’y croyait pas non plus.

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