The square (al midan)

Plongée bouleversante au coeur de la révolution égyptienne – ♥♥♥♥♥

Hiver 2011, des foules de manifestants se rassemblent sur la place Tahrir du Caire, pour réclamer le départ du président Hosni Moubarak et la liberté au peuple. Été 2013 : l’armée renverse son successeur, Mohamed Morsi, et commence une violente campagne de répression contre les Frères musulmans. On plonge dans les remous d’un des « printemps arabes », sur la place Tahrir, lieu symbole de cette révolution égyptienne.

The_square_portraitJehane Noujaim propose ici une oeuvre magistrale, à la fois documentaire sur une des révolutions arabes que connaît le Moyen-Orient et véritable pièce historique sur les bouleversements du monde, où se confrontent aspirations à la liberté individuelle, à la démocratie, ou imposition d’une loi supérieure, qu’elle soit militaire ou religieuse. On plonge véritablement et intimement au coeur des événements en suivant des acteurs et témoins de cette révolution, à savoir Ahmed Hassan (jeune homme d’un quartier ouvrier, amical et infatigable), Magdy Ashour (membre des Frères musulmans), Khalid Abdalla (acteur, fils d’un dissident égyptien en exil), Aida El Kashef (cinéaste, parmi les premiers manifestants à occuper Tahrir), Ramy Essam (chanteur et auteur-compositeur, devenu le chantre de l’insurrection). La réalisatrice entrecoupe très habilement son récit, filmé sur place, d’images officielles ou d’entrevues avec des médias occidentaux ou avec des responsables égyptiens. Dépassant le simple témoignage, le film pose ainsi habilement la question de l’image : aujourd’hui, qu’est-ce que raconter l’Histoire, comment arriver à dénoncer un récit déformé et fabriqué quand la liberté médiatique n’existe plus et que le pouvoir en place dicte la seule vision qu’il autorise. On a pu dire que les révolutions arabes étaient nées grâce aux médias sociaux. On voit ici leur rôle de contre-pouvoir, seul espace de liberté et d’opinion non-officielle. On suit les respirations de l’Histoire, dans une approche immédiate, aux côtés des personnages, entre la joie explosive et la liesse populaire lors de la démission de Moubarak, la tension augmentant crescendo lors de la prise en main de la révolution par les militaires et les Frères musulmans puis les scènes de massacres et de torture, très dures mais nécessaires (cherchant à supprimer toute preuve d’exaction, le pouvoir a notamment empêché les autopsies). En présentant la collision des aspirations utopiques avec les réalités politiques froides, le film pourrait être désespéré mais il se conclut au contraire sur la reconnaissance que le changement historique peut être un processus long et lent et que la révolution égyptienne en est aujourd’hui toujours à ses débuts. On ne peut rester insensible devant un film d’une telle qualité et d’une telle portée, qui mérite amplement le succès critique et populaire et les récompenses glanées lors des festivals auxquels il a été présenté (prix du public aux festivals de Sundance et de Toronto).

Réalisatrice : Jehane Noujaim, Producteur : Karim Amer, Producteurs exécutifs : Mike Lerner et Geralyn Dreyfous, Image : Muhammad Hamdy, Ahmed Hassan et Cressida Trew, Montage : Christophe de la Torre, Pierre Haberer, Mohamed el Manasterly, Pedro Kos et Stefan Ronowitz, Son : Ahmed Tah et Mohammed Zaghloul, Pays : Égypte, États-Unis, Durée : 99 minutes.

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