Hygiène sociale : Trois unités de sens

Québec, Canada, 2021
★★★1/2

Ayant remporté le prix de la meilleure réalisation dans la section Encounters de la plus récente édition de la Berlinale, le treizième film de Denis Côté se démarque de ses autres œuvres et surprend agréablement. L’histoire gravite autour du personnage principal d’Antonin, un voleur qui va à la rencontre des cinq femmes présentes autour de lui : sa conjointe Églantine, sa sœur Solveig, son amante Cassiopée, Rose du ministère du Revenu, Aurore qui s’est fait voler. Hygiène sociale est une expérience anachronique de la vie moderne et égaye assurément les esprits en ces temps extraordinaires.

Trouver l’inspiration

Denis Côté amorce le film avec Antonin (interprété par Maxim Gaudette) qui donne de ses nouvelles à sa sœur Solveig (interprétée par Larissa Corriveau). Rapidement, le réalisateur explicite la quête du protagoniste, celle de tenter d’organiser un tantinet soit peu sa vie déstructurée. Dès les premières minutes, il semble poindre une petite influence rohmérienne, plus spécifiquement Les amours d’Astrée et de Céladon. De fait, l’aspect théâtral élève ce projet intéressant à un film remarquable, le metteur en scène ayant réussi à concevoir quelque chose d’ambitieux avec peu et réaffirme, de cette manière, le pouvoir de débrouillardise que les artisans québécois savent si bien utiliser.

Le réalisateur entremêle théâtre et cinéma, présent et passé, classique et moderne. Il emprunte les codes du théâtre classique et s’y prête bien afin d’aborder les méandres et les enjeux existentiels d’un homme seul avec ses questions, qu’elles soient maritales ou artistiques. Les dialogues qui sont littéraires et machinaux renforcent le caractère anachronique du film. Les moyens d’expression et d’exposition sont en marge du présent avec comme résultat, une oeuvre hétéroclite. Côté joue avec les capacités fantasmatiques du cinéma et avec les facultés imaginatives du spectateur en misant sur un film sobre et flamboyant à la fois.

Un espace unique

Antonin se déplace entre les plans comme un personnage de bande dessinée se meut entre les vignettes. En effet, l’aspect statique des plans et de la caméra transforme le cadre en peinture morte. Il met en vedette par la sobriété des décors, les dialogues qui semblent avoir été profondément travaillés. Il permet de donner de l’espace aux sentiments afin que ceux-ci puissent être expiés par le jeu des acteurs tout aussi excellent. L’immobilisme des personnages et de la caméra rappelle encore l’expérience théâtrale si originale. Les décors naturels qui se dressent derrière eux sont la scène des fourberies d’Antonin, le voleur amoureux. Ils semblent imperméables au temps qui passe et demeurent statiques, à l’image des nuages surplombant leurs corps.

Le travail de la bande sonore, magnifiquement exécutée, joue avec la monstration. L’image présente deux personnages dans une forêt québécoise et le son nous transporte dans un tout autre univers spatial et temporel. Le cinéaste floute les frontières de ceux-ci, fabriquant un monde à la jonction du romantisme et du réel. Les plans contemplatifs sont beaux, mais leur langueur fait perdre le rythme de l’histoire. Or, Antonin est pris au piège dans cet espace à la fois hermétique et vaste : la nature. Il demeure coincé de la même manière qu’il demeure envouté par son amour aliénant pour Cassiopée et son utopie d’une vie prospère.

En l’espace d’une journée

L’idée de suivre la progression d’Antonin est intéressante grâce au traitement de l’image joliment représentatif des moments d’illumination et de désillusion du protagoniste. Le film nous tient en haleine par son aspect ludique, néanmoins l’histoire semble atteindre un plateau qui peut laisser, avec la fin, légèrement perplexe. Le cinéaste construit efficacement la trame narrative tout au long de l’œuvre, mais la termine brutalement. L’entreprise d’un tel projet démontre toutefois l’innovation, la témérité et l’ambition dont fait preuve Denis Côté. Hygiène sociale est divertissant, réfléchi et mérite assurément d’être vu.

 

Lisez notre entretien avec Denis Côté  ici.

Bande annonce originale:

Durée : 1h15

Crédit photos : Lou Scamble

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