Amour Apocalypse : une fin du monde à deux

Québec, 2025
★★★1/2

Il peut être complexe de traiter d’écoanxiété sans tomber dans le marasme et l’apitoiement qu’on associe généralement au sujet. Dans Amour Apocalypse, Anne Émond tente de parler de cette condition bien propre à notre époque avec humour et espoir. Ce faisant, elle demeure cruellement réaliste et critique des bouleversements environnementaux qui, telle une épée de Damoclès, menacent tous les personnages du film.

Adam (Patrick Hivon) est un homme célibataire, affrontant la solitude et la lourdeur du quotidien en s’occupant quotidiennement de son chenil et de son père, vivant seul près de chez lui. L’homme ne semble que très peu motivé, à peine stimulé par la présence de Romy, son employée, qui semble profiter de ses questionnements existentiels afin d’assurer une domination, autant relationnelle que sexuelle, envers son patron.

Mais les préoccupations d’Adam sont tout autres, alors que sa remise en question va au-delà de son histoire personnelle. Effrayé par l’escalade des changements climatiques, il peine à trouver une oreille qui saurait écouter ses angoisses et qui l’aiderait à définir son rôle. L’homme parvient à trouver un refuge dans son espace mental, une zone hivernale paisible dans laquelle il sent qu’il a le contrôle sur les éléments, mais cette échappatoire n’est pas assez.

Heureusement pour lui, tout à fait par hasard alors qu’il faisait appel à un service technique pour une lampe thérapeutique, Adam rencontrera Tina (Piper Perabo), une employée de soutien auprès de qui il trouvera aussitôt l’aide convoitée.

Amour Apocalypse traite donc de la relation entre Adam (dont le prénom rappelle le statut du « premier homme », qui n’est pas étranger à ce personnage qui voudrait en quelque sorte être l’instigateur d’une autre manière de voir le monde) et Tina (dont on expliquera rapidement que le prénom signifie There is no alternative). Le fatalisme et leur préoccupation quant à l’avenir de la société les unira, leur rappelant mutuellement qu’on peut trouver une force d’action dans la communauté. C’est donc plus qu’une histoire d’amour dont il est question, mais plutôt d’espoir retrouvé pour deux êtres cherchant une issue.

Les personnages du film sont foncièrement malheureux et négatifs quant à l’avenir de l’environnement (et on peut bien-sûr les comprendre). Mais la proposition d’Émond, autant dans sa mise en scène et son montage foncièrement comique, parvient à rendre compte de cette angoisse sans lourdeur. Mais l’humour ne fonctionne malheureusement pas à tout les coups, et si la relation entre Adam et Tina est très bien traitée (on ponctuera symboliquement les différentes étapes de leur histoire d’événements météorologiques de plus en plus intenses, qui représentent autant l’intensité de leur union que l’urgence climatique qui les rassemble), ce n’est pas le cas de tous les autres personnages secondaires.

Malgré son rendu un peu inégal et le style qui aurait pu être précisé, Anne Émond parvient avec Amour Apocalypse à rendre compte d’une réalité de plus en plus urgente. Le personnage d’Adam est représentatif d’une grande partie de la population, assistant aux catastrophes climatiques avec désarroi tout en s’y sentant complètement impuissant. Et l’œuvre, bien qu’elle ne nie pas l’urgence et les conséquences mentales de la crise climatique, offre tout de même un sentiment d’apaisement et de réconfort qui diffèrent du négativisme habituel.

Parce que si on doit attendre que la Terre explose, autant le faire avec une personne aussi impuissante que nous.

***

Durée : 1h40
Crédit photos : Metafilms

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