The Cow Who Sang a Song Into the Future : Les yeux plus gros que la panse

Chili, 2022
Note : ★★ ½

Projeté en première au festival de Sundance 2022, The Cow Who Sang a Song Into the Future, premier long-métrage de la réalisatrice chilienne Francisca Alegria, est une métaphore environnementale s’ancrant dans l’histoire d’un événement familial tragique. Alegria, qui s’était déjà établie comme réalisatrice-scénariste en remportant le prix du jury à Sundance en 2017 pour son court-métrage And the Whole Sky Fit in the Dead Cow’s Eye (véritable manie pour les vaches ?), déçoit ici en livrant un film aux ambitions élevées, mais qui tombe dans la surcharge d’informations et ne parvient pas à éviter certains clichés.

Deux histoires, un scénario

Tout commence avec le gros plan d’une carcasse d’animal, pour qu’ensuite la caméra serpente les champignons vénéneux, les feuilles mortes, des poissons agonisants, et finisse par plonger dans la funeste rivière polluée, autrice de tant de morts. De là émerge invraisemblablement Magdalena (Mia Maestro), qui s’y est suicidée quelques décennies plus tôt. Quelque peu secouée par cette ressuscitation spontanée, elle déambule pendant le premier tiers du film, explorant tout ce que la vie a de beau à offrir. Pendant cette longue marche de la morte-vivante, son ex-mari Pablo (Benjamin Soto), lui qui a bel et bien vieilli, l’aperçoit dans la rue et s’effondre sous le choc. Voilà le prétexte nécessaire à ce que leur fille, Cecilia (Leonor Varela) revienne à la maison familiale avec ses deux enfants, Tomas (Enzo Ferrada) et Alma (Laura del Rio). Là, Cecilia retrouvera son frère Bernardo (Marcial Tagle), qui s’entend plus mal que jamais avec leur père au sujet de leur ferme laitière, où une horde de vaches viendra hanter Cecilia la nuit venue.

On tombe ensuite dans les dédales du mystère familial, où on apprend que Pablo était autoritaire avec sa femme et l’a poussée au suicide par force d’abus psychologiques. Un lien est aussi tissé entre Tomas, transgenre et en quête de l’acceptation de sa mère, et Magdalena, comme si la première était la réincarnation de la seconde. Une dimension intéressante, mais peu exploitée jusqu’à la toute fin où, dans un onirisme salvateur, Cecilia réalise qu’elle préfère accepter son fils, ou plutôt sa fille, évitant ainsi de répéter la tragédie familiale qu’elle a vécue.

Or, ce qui nuit à l’œuvre, c’est sa densité d’éléments qui ne travaillent pas ensemble, lesquels nous font perdre le sens véhiculé par le film. Et alors qu’on croirait à un développement des personnages nous permettant d’explorer leurs failles, tout est résolu simplement à la fin en rejetant la faute de tous les malheurs sur Pablo, le grand-père bouc émissaire, qui est ensuite jeté aux oubliettes. Quant à la métaphore environnementale, dont on a simplement fait allusion à quelques moments du récit, elle revient en force lors du dénouement, nous laissant croire qu’une réconciliation avec Mère Nature est encore possible. L’effort est noble de la part d’Alegria de tant en faire, mais l’ambition du scénario finit par étouffer le film sans lui permettre de nous transmettre un message clair, en plus de donner l’impression d’une durée extrêmement longue malgré ses 1 h 38.

Quand il n’y a pas de jeu, c’est que c’est sérieux ?

Le jeu des comédiens est assez fade, ajoutant une couche superficielle de drame à ce récit. Magdalena n’a que deux lignes de dialogues dans tout le film, expliquant l’utilisation de la gestuelle par Mia Maestro pour extérioriser ses émotions, mais qui tombe rapidement dans une performance sans nuance, exagérée, semblable à une esthétique de vidéoclip à certains moments. Pour les autres, le jeu n’est pas mauvais, mais ne parvient pas à émouvoir comme le voudrait la réalisatrice.

Une caméra qui se cherche

Se voulant d’une esthétique mystique, où de longs plans séquences se déplacent dans les scènes tel un spectre, le film ne parvient pas à garder notre intérêt. Le problème avec la majorité des plans-séquences de The Cow Who Sang a Song Into the Future, réside dans le fait que la caméra passe plusieurs secondes à se déplacer d’un point d’intérêt à l’autre, sans toutefois parvenir à montrer quelque chose qui saurait susciter notre attention pendant ses transitions, étirant ainsi les plans inutilement. Les éclairages y sont fonctionnels, mais rarement nous susciteront-ils plus d’émotion. À ce titre, il est important de mentionner le superbe lever de soleil lors de la scène cathartique (qui laisse malheureusement sur sa faim) avec le grand-père et ses enfants, l’un des points forts du film.

Du côté du montage, on peut avoir de mauvaises surprises qui viennent rompre avec le ton onirique du film. À certains moments, des plans d’insert viennent décontenancer, malgré leur beauté plastique, due à leur incongruité avec le film. Alors qu’Alegria semble vouloir aller vers une progression fluide des scènes, certains plans qu’elle injecte ne font que provoquer le bégaiement de son long-métrage, frustrant notre immersion.

Enfin, ce film n’est pas que négatif et, à ce titre, les vaches y sont merveilleusement filmées! Les quelques scènes où on peut les voir viennent nous riveter au siège et ancre notre regard dans l’image, mais celles-ci sont trop rares pour sauver le film. De plus, il est à mentionner une bonne composition sonore, mais qui se repose trop souvent sur le raccourci des sons instrumentaux, au détriment de l’immersion dans l’œuvre filmique. Les intentions d’Alegria sont très nobles et l’idée n’est pas mauvaise, mais la cinéaste prend trop de détours dans lesquels, inévitablement, elle nous perd. Somme toute, un éclair de génie vient ponctuer ci et là le récit et qui démontre que la réalisatrice a un fort potentiel pour le futur.

Bande-annonce :

Durée : 1h38
Crédit photos : Kino Lorber

Ce film a été vu dans le cadre du Festival Fantasia 2022.

 

Les films avec des vaches, ça vous enchante ? Retrouvez ici notre critique de Cow de Andrea Arnold.

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