À toutes les semaines, les grands studios nous ressortent des films méconnus, avec la désignation de chef-d’œuvre oublié; cependant, peu de film le mérite réellement. Step Lively d’un certain Tim Whelan -scénariste du célèbre Safety last avec Harol Llyod, mais qui, comme réalisateur n’a jamais vraiment fait sa marque- porte assez bien cette nomenclature.
Un producteur de Broadway, Gordon Miller, loge avec toute sa troupe dans un luxueux hôtel. Sans le sous, il fait tout mettre sur une note de crédit qu’il espère faire payer par un riche investisseur qui voudrait éventuellement des parts de son spectacle. Un scénariste sans talent d’écriture, Glenn Russell, arrive à l’hôtel pour voir les répétitions de sa pièce que Miller avait promis de mettre en scène. Par une suite de quiproquo, Miller aperçoit que l’écrivain a une voix magnifique, la plus belle qu’il n’a jamais entendue. Il décide de faire tourner la revue musicale sur laquelle il travaille autour de Glenn Russell et de Christine Marlowe, son assistante. Évidement Russell et Marlowe tomberont en amour et Miller utilisera le sentiment que Russel a pour Marlowe pour lui faire oublier sa pièce.
On a ici le schème parfait d’une screwball comedy, dialogue vif et abondant, suite de quiproquos et malentendus, des gens qui courent, des portes qui claquent, tout est là mais dans la perfection de ce qu’elle devrait être. Tout ce que le film montre a été vu des milliers de fois, mais Tim Whelan, touché de son unique moment de grâce en carrière, réussit à tirer le meilleur de chacun des comédiens et le maximum d’effets comiques de chacune des situations et des rebondissements, et des rebondissements, il y a en des tonnes. Mention à George Murphy (Gordon Miller) qui réussit à débiter son texte avec une vitesse hallucinante, tout en parvenant, par sa diction impeccable à ne faire perdre aucun mot.
Le scénario est l’adaptation d’une pièce de théâtre, déjà transposée au cinéma par le Marx Brother sous le titre de Room Service. Groucho tenait alors le rôle de Gordon Miller. Les Marx Bro bien que plus à l’aise dans le vaudeville, caricaturaient trop les différentes situations. Le côté distingué de la distribution de la version de Whelan, avec en plus de Murphy, Frank Sinatra et Adolphe Menjou, ajoute de la crédibilité à l’absurdité des situations, ce qui ne fait que renforcer l’effet comique.
Si le scénario ne nous sort pas des eaux connues, la mise en scène, la direction photo et les chorégraphies débordent d’inventivité. C’est Robert de Grasse qui assure la direction photo. De Grasse est plus connu pour son travail sur les films noirs: c’est lui qui avait travaillé deux des meilleurs films de Robert Wise, The Body Snatcher et Born to Kill, le plus Bressonnien des films américain. De Grasse réussit à aller chercher des profondeurs de champs qui étonnent. Dans un numéro musical à la fin du film, il y a un jeu vraiment superbe, avec le noir et la blanc; est-ce une idée du chorégraphe ou du directeur photo… disons qu’une telle maitrise de la lumière et des contrastes vient de quelqu’un qui connait les particularités de la pellicule. Ce qui n’enlève pas le talent à Ernest Matray, le chorégraphe, qui dans un autre numéro musical s’inspirant des 1001 nuits, déploie un série de petites trouvailles comiques. En fait, il est le contraire absolu de Busby Berkeley, Berkeley travaille sur l’ampleur, sur le monumental, alors que Matray travaille sur le geste, sur le détail.

