Guillaume Lambert: « Il y a trop peu de films kamikazes »

Guillaume Lambert est comédien et scénariste (Aurore 2, le court métrage Toutes des connes, la websérie Tout le monde frenche). Suite aux dernières publications sur la page Facebook du film Aurore 2, il a souhaité réagir dans nos colonnes afin de faire savoir son appui au projet actuellement en postproduction.

 

Appui à Aurore 2

Guillaume Lambert: On me parle souvent du long métrage Aurore 2, et à l’aube de la production des prochains Nitro 2 et Trois p’tits cochons 2, le moment est venu de faire une mise au point publiquement.

À travers la voix de la véritable Yvonne Laflamme, celle qui a joué Aurore en 1950, maintenant plus de 70 ans, le récit du film, entre fiction et documentaire, transpose allégrement les événements survenus entre la mort de la jeune Aurore en 1920 et la sortie du premier film en 1950 : le procès, la condamnation, le tournage, les poursuites judiciaires, les atteintes à la réputation, la censure. Ou, comme le mentionnait notre première bande-annonce en 2012 : « les mesures d’austérité ». On ne pourrait pas être plus actuel, et toucher à la mise en abyme comporte bien sûr quelques risques et crée la confusion.

488348_279301475516041_1168568295_n

Le 14 décembre dernier, sur la page Facebook d’Aurore 2, le producteur et réalisateur du long métrage, Vincent Olivier, a publié une vidéo montrant un extrait d’entrevue avec Gab Roy (réalisée le 30 octobre 2013), suivi par une archive de Michel Foucault en entrevue, en 1981. Les deux séquences se répondent sur leur vision respective de la sexualité. Cette vidéo, en date d’aujourd’hui, a été vue environ 800 fois. Pourtant, pratiquement aucun « partage », de « like » ou de commentaire. Même scénario pour presque chacune des publications concernant le film, malgré les quelque 680 fans. Une étrange inquiétude règne autour du film, mais paradoxalement, un intérêt certain, voire sournois et hypocrite (les statistiques de Facebook nous le confirment). Pourtant, qu’on approuve ou qu’on se méfie du réalisateur (Vincent a considérablement secoué le milieu culturel depuis 2012), il faudrait se réjouir qu’un film brave vents et marées et soit financé de façon indépendante à 100%, sans distributeur attaché à la base au projet, ou sans l’espoir certain d’une sortie en salles ou en festivals.

 

Au Québec, il y a trop peu de films kamikazes. Les raisons sont nombreuses. Faire du cinéma d’auteur sans financement est un combat. Se commettre, aujourd’hui, est un acte de rébellion. Le Nouvel Observateur a parlé de l’impatience des cinéastes émergents, et du mouvement « arte povera », inspiré des Beaux-Arts. N’y a-t-il pas là une révolution internationale à faire? Pouvons-nous au moins supporter ceux qui s’y frottent courageusement, plutôt que de souhaiter leur échec? Comme disait le poète Péloquin en 1970 : « Vous êtes pas écœurés de mourir bande de caves! »

527066_270664043046451_8480671_n

Je suis le concepteur derrière l’idée originale, coscénariste (avec Vincent Olivier), assistant-monteur et un des principaux acteurs d’Aurore 2, tourné majoritairement en 2012 (tsé, le Printemps Érable…). La production du film fût une aventure en soi, chaotique et douloureuse certes (comme tous les films), mais la démarche elle, est courageuse, politique, pertinente et radicalement originale, autant à la production, la postproduction, qu’à l’éventuelle diffusion. Je tenais à remercier ici Vincent Olivier, qui m’a permis avec ce film de sortir à chaque instant de ma zone de confort. Cette collaboration est le fruit d’une rencontre exceptionnelle. Elle mérite d’être soulignée publiquement.

 

Je voulais par le fait même réitérer mon appui envers le projet, toujours en postproduction (plusieurs pensent à tort que je suis en froid avec le réalisateur depuis le tournage de 2012, ou que le projet a été abandonné, résultat probable de la mise en abyme du récit). Ce film, il est beau, violent, honnête et intelligent. Il parle de liberté d’expression, de manque de solidarité, de bourreau, de soumission. Il est le dernier acte du premier mélodrame québécois (Aurore l’enfant martyre). Dans sa forme et son propos, il répond en quelque sorte aux cinéastes Jutra, Falardeau (Pierre), Von Trier, Maïween, Leos Carax et Claire Denis. Il est drôle, cru, humiliant et nécessaire.

Pour citer le réalisateur : « Il te croque l’œil ».

945198_398945056885015_292340897_n

 

Pour ma part, je suis maintenant allé au bout de ce que je pouvais apporter au film comme auteur. Je le laisse entre les mains de Vincent Olivier et de son équipe de postproduction, qui travaillent sans arrêt pour mener à terme Aurore 2. J’ai un grand respect pour eux. C’est une œuvre extrêmement complexe et délicate, dont le scénario original est devenu le point de départ d’une œuvre supérieure, qui a souvent dépassé la fiction.

Je me réjouis de sa sortie prochaine : Aurore va bien.

 

#teamaurore #teamvincent #offreculturelle

 

Guillaume Lambert

Comédien et scénariste

Vous aimerez aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.