Festival Regard 2022 : 10 films à découvrir

C’est avec émotion que je découvrais pour la première fois Regard, et par le même fait, le Saguenay. D’autant plus que cette édition se voulait toute particulière, étant sous le signe des retrouvailles, d’un retour mérité et d’une chance collectivement consciente de pouvoir se retrouver en masse dans une salle obscure pour célébrer le court-métrage. Une programmation féroce, engagée, féminine, humaine, qui sut émouvoir et surprendre, assurément. Bien que le festival soit terminé, vous pouvez tout de même regarder l’entièreté des films en ligne, et ce, jusqu’au 10 avril. En voici dix qui, j’espère, vous donneront envie d’explorer encore plus leur généreuse sélection. Vivement Regard 2023 !

» Belle River
Guillaume Fournier, Yannick Nolin, Samuel Matteau
États-Unis, Québec

Ce 3e volet de la trilogie sur la Louisiane réalisée par le trio documentariste québécois habituel offre une fois de plus une exploration du territoire et de ceux qui l’occupent, dans leur beauté, leur ironie et leur poésie. Les cinéastes traitent leur sujet avec finesse, avec des plans-tableaux laissant la personnalité de l’endroit transparaître sans y intervenir. L’accent politique du film est loin d’imposer une certaine lourdeur, mais bien justifié par la réalité complexe que vivent les protagonistes, à la fois patriotiques, et défenseurs de leur territoire, ainsi qu’abandonnés par la politique américaine. Les réalisateurs posent un regard tendre et consciencieux sur ses gens et leur condition.

» Little Berlin
Kare McMullent
France

Ce dernier film de la réalisatrice d’origine britannique, accumulant prix après prix dans différents festivals internationaux, nous livre ici un vrai tour de force en termes de documentaire-comédie (si une telle chose existe). Le film raconte l’histoire tragique d’un taureau séparé de ses vaches bien aimées lorsque le mur de Berlin fut construit. Un court métrage hilarant, poignant et inventif sur tous les aspects possibles, agrémenté de l’ajout surprenant de Christopher Waltz à la narration. Une vraie perle de festival.

» Ousmane
Jorge Camarotti
Québec

Le réalisateur d’origine brésilienne revient depuis Kinship en 2019 avec un film tout aussi humain et touchant. Avec une photographie sensible et juste (signée par Nicolas Canniccioni), le cinéaste nous embarque dans le récit émouvant d’Ousmane (Issaka Sawadogo) pris dans un hiver québécois loin de sa famille, venant en aide à sa voisine aux prises avec des problèmes de santé mentale. Un film honnête et doux-amer, porté par le jeu tout en finesse et en intelligence de Sawadogo, qui nous tire la larme tout en restant humble vis-à-vis de son sujet infiniment personnel.

» Stranger than Rotterman
Lewie & Noah Kloster
États-Unis

Ce petit bijou de documentaire d’animation fait en marionnettes en papier nous fait vivre le parcours plus que particulier du maintenant cultissime Stranger Than Paradise de Jim Jarmusch. La productrice et collaboratrice fréquente du cinéaste, Sarah Driver nous raconte l’histoire mouvementée du financement et de la distribution du film, pierre angulaire du cinéma indépendant américain des années 80. Avec un ton joueur et un rythme excellent, le court métrage nous ramène à l’époque où les cinéastes devaient se battre de toutes les manières possibles pour donner de la visibilité à leur œuvre, quitte à briser certaines règles au passage.

» Sierra
Sanger Joon
Estonie

Les Estoniens et leur humour si particulier ont une fois de plus frappé juste avec ce film d’animation débordant de volonté et de créativité. Un mélange de techniques, de tons, d’idées s’entremêle dans une escalade de blagues qui ne cesse de nous surprendre. Le réalisateur se permet même de remettre en question les règles de son propre univers, le laissant être parfaitement malléable. Un fils un peu naïf tente de jouer tranquillement pendant que sa mère arrose les plantes. Mais son père, fervent de Nascar, l’emporte dans une course folle et insensée pour tenter de remporter une course. Un vent de fraîcheur du festival qui fût accompagné dans la salle de quelques « C’est ben bon ça ! ».

» Precious Hair and Beauty
John Ogynmuyiwa
Angleterre

Une drôlerie qu’est ce film britannique, véhiculant un réel amour pour la langue et les accents de ses protagonistes colorés. Le récit est simple : des sortes de vignettes d’une journée d’un salon de coiffure africain, avec ses passants, ses confessions, ses moments loufoques. Le film est à la fois tendre, voluptueux, humain, déjanté. C’est peu dire qu’avec une simple caméra posée au même endroit presque toute la durée du film, le réalisateur nous offre un moment de pure surprise et de divertissement, toujours en étant foncièrement intègre et politique.

» Tétanos
Alexandre Lefebvre
Québec

Après l’hilarant Birdie, le réalisateur s’éloigne drastiquement de la comédie absurde pour explorer le drame familial, d’une transmission entre père et fils. Agrémenté d’une photographie noir et blanc magnifique et d’une musique mielleuse, il émet le parallèle très puissant de cette relation paternelle avec leur pratique de récupération de la ferraille. Faire fondre les restants des autres pour créer d’autres objets. Comme leur relation qui se perd quelque peu dans le fond d’une cour à scrap. Un récit aérien, sans être larmoyant. Malgré son texte provenant d’un recueil de poésie, il vise juste dans l’émotion et cela en bonne partie grâce au jeu naturel de ses acteurs.

» Vlekkeloos
Emma Branderhorst
Pays-Bas

Comment passer à côté du grand prix du festival ? Ce film des Pays-Bas s’arme d’un propos à la fois social, féministe et humain, explorant la dure réalité de cette zone peu exploitée de la sous-classe moyenne du point de vue d’une adolescente qui tente de se procurer des tampons. Une prémisse criante, incarnée par ce personnage qui ne se positionne jamais comme une victime, qui assume sa situation tant bien que mal sans baisser les bras, et cherche à trouver une parcelle de confort et d’humilité sans nuire financièrement à sa famille. Bien que le film fait écho à des approches telles que celles de Ken Loach, la jeune réalisatrice se démarque par sa mise en scène subtile, son protagoniste nuancé et sa force de frappe scénaristique venant nous toucher droit au cœur. Un grand prix pleinement justifié.

» Nuisance bear
Jack Weisman & Gabriela Osio Vanden
Ontario

Gagnant du prix du meilleur documentaire ainsi que de la critique internationale, ce film canadien nous transporte dans le froid du Nord manitobain pour démontrer la relation de dualité qui se crée entre les habitants de la petite ville de Churchill avec la migration des ours polaires. Avec une caméra tout aussi précise qu’intuitive, le duo de cinéastes met sur pied une vitrine unique avec un fondement éminemment environnementaliste du rapport de force qui se crée entre l’humain et la nature lorsque cette dernière doit s’introduire dans la société. Avec des images à couper le souffle, toujours d’une grande beauté, ils nous offrent un réel tour de force sans paroles, sans être contemplatifs. Un réel rythme se crée entre l’environnement et ces mouvements de caméra sublimement cadrés au téléobjectif, venant délimiter une réalité crue et fatidique.

» La vie heureuse
Amélie Hardy
Québec

Un objet unique pour le paysage du documentaire québécois. Le film de la jeune réalisatrice explore l’humain moderne, ses complexes, sa surabondance et sa surenchère. Elle questionne par des images qui parlent d’elles-mêmes les divers moyens que les citoyens québécois mettent en place pour se divertir, se détendre, fuir un instant la normalité et les tracas quotidiens. Sous un air de méditation guidée, avec un humour franc, voire cynique, les images coulent une dans l’autre pour nous offrir un panorama aussi riche qu’insoluble de l’expérience humaine sous le signe de la société du divertissement et des cures bien-être.

 Et vous, vos coups de cœur de Regard 2022 ?

 

 

Vous aimerez aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *