Un film terminé n’appartient malheureusement plus à ses créateurs, M.Dolan !

Sacrilège, Netflix UK a osé toucher au format de Mommy, ce qui a été immédiatement pointé du doigt par son réalisateur, Xavier Dolan. Toutefois, un film terminé n’appartient malheureusement plus à ses créateurs selon Laurent Gariepy. Il nous explique cela en quelques points pertinents…

 

Lundi 4 janvier 2016, Twitter de Xavier Dolan qui publiait alors son dernier « coups de gueule »  : Une lettre ouverte contre Netflix, leur demandant de quelle droit il avait modifié son film et leur demandant de le présenter dans sa version originale ou de le retirer de leur plate-forme (relayé quelques heures plus tard par la quasi-totalité des médias québécois mais également américains et européens ; La presse rappelant par ailleurs le poids du réalisateur  dans son titre « Xavier Dolan fait la leçon à Netflix« )

En moins de 24h, le jeune réalisateur québécois obtenait gain de cause et un rétablissement du format original.

Toutefois, la pratique de Netflix n’est pas nouvelle puisque pendant des années les télévisions ont amputé des films pour satisfaire les horaires et leurs formats de diffusions. Même les salles ont formaté les œuvres pour des raisons de technologie, rendant aujourd’hui certain film impossibles à voir dans leur forme original.

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Format

Le format d’image d’un film vaut autant dans l’appréciation et l’expérience cinéphilique que la direction d’acteur et le scénario. Malheureusement, l’histoire du cinéma nous a prouvé que cela était parfois modifiable au bon désir d’un distributeur ou diffuseur.

En 1930, voulant faire innovation, la Fox avait tourné The Big Trail dans un nouveau format, le 70 mm dans une technologie nouvelle baptisée «Grandeur» dans un ratio d’image de 2,10:1. A l’époque, aucune salle n’avait l’équipement pour diffuser le film, alors le film fut modifié pour satisfaire aux normes de projection; même si cela amputait la construction d’image de Raoul Walsh, ce n’est que lors de la sortie du film en Blu-Ray, soit presque 80 ans plus tard, que la version «originale» fut facile d’accès.

Un autre exemple est Marty de Mann tourné en « écran large 1,85:1 », projeté à Cannes dans ce format, mais distribué en salle dans le format académique (1,33:1), rendant aujourd’hui inexistante les DVD ou Blu-ray respectant le format d’origine du film. Olive Film, l’éditeur américain, avait d’ailleurs justifié son choix en affirmant qu’aux États-Unis le film était connu et fut à l’époque diffusé dans son format de 1,33:1. Dans un exemple plus contemporain, tous les films tournées en 3D, non pas toujours droit une projection 3D. Les salles ne sont pas toutes équipées de cette technologie et ce n’est pas tous les spectateurs qui sont prêts à payer un supplément pour voir un film dans «le format voulu par son créateur».

Alors le diffuseur prend, avec le distributeur, la décision de présenter le film dans une version 2D. Dans sa lettre, Xavier Dolan explique que le spectateur qui ne voyait pas s’ouvrir son film ne sentaient plus le sentiment d’ouverture que celui-ci prenait, mais tout réalisateur qui pense, réfléchit et réalise un film en 3D pourrait dire à peu près la même chose que lui, parlant du sentiment d’immersion lors du visionnement de la version 3D. Ce qui arrive à M. Dolan aujourd’hui et que tout le monde semble soutenir est un phénomène très courant qui prouve qu’une le film une fois fini n’appartient plus à ses créateurs, ni même à ses producteurs, mais ses distributeurs et ses diffuseurs.

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Doublage

Nous pouvons également relier ce phénomène au doublage qui dénature également un film.

Lors d’un doublage, il n’y a pas que les voix des personnages qui changent, mais c’est toute l’ambiance sonore qui est corrompue et ce changement bouleverse d’avantage une œuvre cinématographique que l’altercation au format de l’image. C’est tout de même ironique que M. Dolan lui-même se lève contre la modification d’une œuvre cinématographique, lui qui fut spécialiste des doublages de film en français (dernièrement dans Godzilla et Inside Out).

Dès que l’on choisit de ne pas voir un film en salle (un film est avant tout fait par être vu en projection, c’est l’essence même de l’art cinématographique) et de la voir à la maison, sur Blu-Ray, DVD, Netflix ou autre plateforme de vidéo sur demande, nous cautionnons le fait qu’une œuvre n’appartienne plus totalement à son créateur. Si M.Dolan ne veut plus que l’on touche à ses films, il peut toujours faire comme un Micheal Snow qui refuse de voir ces films transférés en DVD ou en Blu-Ray. Snow est d’une école qui pense que le film dans être vu dans une projection contrôlée. Il a d’ailleurs lui-même altéré l’un de ses propres films pour critiquer le système contre lequel M. Dolan s’est levé cette semaine, son Wavelength devient une trentaine d’année plus tard Wavelength For Those Who Don’t Have the Time.

Laurent Gariepy

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