Stranger Things 4: la fin approche, et c’est chaotique

Attention! Ce texte contient des dévoilements sur l’entièreté de la série Stranger Things.

Après presque trois ans d’attente, la production ayant été affectée comme tant d’autres par la pandémie du COVID-19, la tant anticipée quatrième saison de la série Netflix Stranger Things est enfin disponible sur la plateforme, le deuxième volume ayant paru le 1er juillet dernier. Les très longs épisodes sont remplis à déborder d’action, de moments touchants, de réponses… mais également plein de nouveaux questionnements. C’est sans aucun doute la plus sombre et violente saison à date, avec plusieurs morts importantes et une ambiance de désespoir qui règne depuis le premier épisode et s’exacerbe démesurément à la fin.

Le défi avec une aussi longue série, qui englobe autant de personnages, est de suivre de près tous les développements et être capable de leur accorder des finalités, ou du moins des ouvertures qui permettent aux spectateurs de former leurs propres interprétations. Stranger Things, pour la plupart, a été capable de relever ce grand défi. Cependant, pour certains des personnages, des failles existent, et il est un peu difficile de les ignorer, car on y retrouve beaucoup de déception et de potentiel manqué. L’équipe à l’écriture sera-t-elle capable d’emballer cette longue aventure de façon complète lors de la cinquième saison qui sera également la dernière?

Eleven : l’héroïne au passé tumultueux

Dans une série avec autant de personnages attachants, Eleven (Millie Bobby Brown) a l’honneur d’être la principale protagoniste. Tout tourne autour d’elle – lorsqu’elle apparaît pour la première fois dans la saison 1, on comprend immédiatement qu’il s’agit d’un morceau important dans le casse-tête qu’est la ville de Hawkins. En partie à cause du talent de Millie Bobby Brown, mais aussi grâce au passé complexe que l’histoire accorde au personnage, Eleven est depuis le tout début une préférée des fans. À la fin de la troisième saison, elle perd ses pouvoirs, son père adoptif et son groupe d’amis (étant sur le précipice d’un déménagement à l’autre bout du pays). Ajouté à cela le fait qu’elle est sur le point d’intégrer la société pour la première fois de sa vie en étant une élève dans une école. Première fois puisque étant née et ayant grandi dans un laboratoire, isolée du reste du monde, elle s’intègre difficilement au quotidien. Cette intégration est remplie de potentiel qui offre plusieurs avenues dramatiques possibles.

Or, la saison 4 choisit ce qui est sûrement la mise-en-scène la plus évidente et datée : l’intimidation. Eleven habite maintenant avec les Byers, mais au lieu d’explorer la relation qu’elle a avec Joyce (Winona Ryder), sa mère adoptive, ou alors avec Will (Noah Schnapp) et Jonathan (Charlie Heaton), ses nouveaux frères, la série nous force à regarder des scènes, souvent trop longues, oà l’on est témoins de la cruauté et l’humiliation auxquelles Eleven est assujetties par ses collègues d’école. N’ayant pour but que de créer plus de pitié pour un personnage déjà assez torturé, et de remettre en question son innocence lorsqu’elle réagit de façon violente, ces scènes ont un usage assez simpliste dans la ligne narrative d’Eleven dans cette saison.

Néanmoins, son passé est davantage approfondi, et ce, de façon pertinente. Les scènes se passant dans le laboratoire décortiquent la relation qu’Eleven possède avec ses pouvoirs. La série nous démontre bien qu’il s’agit à la fois d’un don et d’un fardeau pour une personne aussi jeune et vulnérable d’avoir autant de puissance, en plus de nous faire ressentir toute la pression venant des adultes autour d’elle. Malheureusement, Eleven reste surtout un véhicule pour la mythologie de Hawkins : lorsqu’on apprend des choses sur elle, c’est surtout pour expliquer ce qui se passe globalement. Sous prétexte que ses souvenirs étaient traumatisants au point où elle a tout oublié, on découvre son passé en même temps qu’elle, alors qu’elle est forcé de maintenant s’en souvenir petit à petit.

Les épisodes 8 et 9 se rattrapent un peu là-dessus. Eleven réussit enfin à tenir tête à Dr. Brenner (Matthew Modine), son «papa», et à gagner son indépendance. Ses retrouvailles avec les autres personnages ne sont pas aussi cathartiques qu’on l’aurait espéré, justement puisque la première partie de la saison 4 n’a pas assez développé les liens entre eux. Il y a d’ailleurs aucune référence à 008 qui nous avait longuement été introduite dans la saison 2. Malgré tout cela, il est tout de même intéressant de vivre avec Eleven un épisode d’émancipation, de la voir enfin saisir le contrôle et arrêter d’être définie que par les malheurs qu’elle a vécus.

De la Californie à la Russie en passant par Hawkins

La saison 4 est la première à couvrir autant de territoire géographique, et cela vient avec des défis. Notamment, c’est ici que la plupart des failles au niveau du développement des personnages apparaissent – mais pour d’autres, un nouvel environnement devient une excellente façon d’explorer le passé.

En Californie, les frères Byers semblent si déconnectés de leur environnement qu’il devient extrêmement frustrant à regarder. Jonathan, auparavant un personnage extrêmement complexe, est réduit à être un stoner avec des problèmes de couple (à cause de la distance). La première saison avait introduit un adolescent têtu, mais sensible, douloureusement conscient de son statut socio-économique et toujours présent pour son petit frère. C’est également à travers Jonathan qu’on avait des aperçus de la culture musicale underground des années 80. Puis, après la deuxième saison… silence et passivité. Will est également négligé : son trouble de stress post-traumatique semble avoir été complètement oublié et on reçoit plusieurs indices qui pointent vers un coming out homosexuel, mais jamais confirmé verbalement par le personnage.

Cependant, on doit accorder à l’équipe de scénaristes : le personnage de Jim Hopper (David Harbour) est absolument parfait dans cette saison. Isolé dans une prison impénétrable de l’union soviétique, il est plus que jamais hanté par les erreurs de son passé, inquiet pour ses proches sans moyen de les contacter et prêt à risquer sa vie pour être capable de s’enfuir. Son oscillation constante entre le désespoir total et la confiance en soi démesurée, souvent exprimée que par un geste ou un regard, font de Hopper un des personnages les plus marquants de cette saison, et de la série au complet. C’est un pur plaisir de regarder David Harbour l’interpréter, et ce même s’il passe par des expériences profondément douloureuses. Ses retrouvailles avec Joyce sont sans aucun doute un des moments forts de cette quatrième saison, notamment à cause de la chimie entre Harbour et Ryder.

Vecna : le grand méchant se lève

L’introduction de Henry Creel/One/Vecna (Jamie Campbell Bower) comme principal antagoniste de cette saison comporte des hauts et des bas. L’acteur a sans aucun doute une présence puissante, avec ou sans son costume, et ses interprétations de One et de Vecna sont à la fois assez similaires pour permettre de la cohérence lors de la révélation de son identité double, et suffisamment différentes pour maintenir un mystère pour les spectateurs. En tant que One, il paraît sinistre dès le début, mais réussit presque à nous convaincre de sa bonne volonté et sa gentillesse envers Eleven – surtout parce que sa contrepartie, Dr. Brenner, est un personnage qu’on adore détester et que l’on veut surtout que quelqu’un s’y oppose. En tant que Vecna, l’acteur donne la chair de poule et les fans d’effets spéciaux seront ravis d’apprendre que c’est bien Jamie Campbell Bower qui se cache sous plusieurs couches de maquillage – ce n’est pas de l’animation, mais bien un vrai costume à la Hellraiser! Le dévouement et la fidélité des créateurs de Stranger Things face à leurs sources d’inspiration vont très loin.

Cependant, il y a quelque chose de trop simpliste derrière la méchanceté de Henry Creel. C’est du recyclé, du déjà vu. Les fans de Star Wars y trouveront certainement un de leurs personnages préférés… et c’est à la fois bien et mauvais. D’un côté, Stranger Things a été depuis le tout début une série nostalgique avec énormément de références à des vieux films fantastiques, d’horreur, de science-fiction – et c’est en grande partie pourquoi c’est si populaire. Pour les générations qui ont grandi avec les films auxquels ils font référence, c’est un renouveau de leur enfance. Pour les nouvelles générations, c’est une opportunité de découvrir une multitude de films de genre.

D’un autre côté, lorsque les similarités deviennent trop nombreuses, on peut basculer dans le comique et ça enlève du poids au personnage. Les traits que Henry partage avec Darth Vader sont si évidents parfois qu’on ne peut faire attention qu’à ça. Cependant, contrairement à Darth Vader, son personnage ne connaît aucune évolution. Il n’y a pas de lutte intérieure, de questionnements profonds, de gestes ambigus. Henry est purement sadique, à un point où l’on frôle le caricatural. Interagir avec lui n’offre pas des hauts et des bas – seulement du désespoir. C’est un peu décevant, surtout vu le fait que le dernier épisode révèle qu’il est non seulement l’antagoniste de cette saison, mais le grand méchant derrière tous les malheurs que subissent les personnages depuis la toute première saison. On se serait attendus à plus de la part d’une présence aussi importante.

De nouveaux coups de coeur

Si l’introduction du grand méchant a été moins percutante qu’on aurait osé espérer, il y a tout de même plein de nouveaux – et d’anciens – personnages qui ont su se démarquer cette saison. Eddie Munson (Joseph Quinn) a su charmer la plupart des fans de la série avec son charisme et sa personnalité excentrique; il a déjà accumulé un plus gros cult following que certains personnages qui sont là depuis la toute première saison (on pense notamment à Mike, interprété par Finn Wolfhard, qui n’a pas charmé si rapidement les fans).

Un autre nouveau-venu, Dmitri Antonov (Tom Wlaschiha), le garde de prison sournois qui tente d’aider Hopper à s’échapper en échange d’une importante somme d’argent, est également un personnage intéressant, complexe, qu’on espère voir plus dans la cinquième saison. Yuri Ismaylov (Nikola Đuričko), le pilote d’avion traître qui est introduit cette saison, est narrativement un meilleur antagoniste que Vecna… on comprend mieux ses motivations, et il retient davantage l’attention des spectateurs en oscillant constamment entre faire la bonne chose et trahir tout le monde pour plus de profits.

Puis, on a le bonheur de voir un peu plus Murray Bauman (Brett Gelman), personnage présent depuis la deuxième saison mais qui n’est réellement développé que depuis la troisième. Dans cette atmosphère sombre, Murray nous offre la plupart des moments comiques de la saison, en restant tout de même un personnage intelligent et complexe, capable d’afficher une multitude de sentiments, un peu comme un autre favori des fans : Steve Harrington (Joe Keery). D’ailleurs, Keery est encore une fois brillant dans son rôle. Son évolution est impressionnante depuis la première saison, alors qu’il n’était qu’un adolescent sportif et populaire.

La fin est proche, le chaos monte

Les derniers épisodes sont, faute d’un meilleur mot, déprimants. Certes, avec chaque saison la série est devenue progressivement plus sombre et violente, mais dans la quatrième, c’est du jamais vu. Il est rafraîchissant d’avoir une histoire où tout n’est pas facile, une histoire qui nous garde sur la pointe des pieds car nous savons que notre personnage préféré risque la mort. Mais par moments, cette lourde ambiance devient un peu trop. Le deuxième volume de la saison quatre – les épisodes 8 et 9 – sont à ce point remplis d’action qu’on se retrouve à bout de souffle à la toute fin.

Il n’y a plus la balance des premières saisons, qui compensaient leurs moments effrayants ou lourds avec des développements de personnages poussés, des moments tendres entre amis, ou des intrigues amoureuses. Le plus grand défi de la cinquième et dernière saison sera de cesser de miser autant sur le spectacle visuel afin de permettre aux fans de se sentir connectés une dernière fois à un univers et à des personnages qu’ils suivent depuis 2016, et ce, avant de dire leur au revoir. Même si les derniers épisodes viennent tout juste de sortir, on a déjà hâte de retrouver tous les personnages pour la cinquième saison, en espérant que certains d’entre eux seront plus développés… Le compte à rebours commence!

Crédit photos : Netflix

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