Fantasia 2022 : Remake, Hong Kong et chemin de brique jaune

Après deux éditions marquées par les restrictions dues à la Covid-19, le festival de genre Fantasia est enfin de retour avec sa formule traditionnelle entièrement en salle. Plus d’une centaine de films seront projetés pour le bonheur des cinéphiles montréalais, parmi lesquels figurent notamment les attendus Inu-Oh, dernier film en date de Masaaki Yuasa, ou encore Shin Ultraman, projet ambitieux dans la même veine du monumental Shin Godzilla. Si ces films forment le front de proue de la deuxième moitié du festival, il n’empêche que les premiers jours de Fantasia nous ont réservé — et nous réservent encore ! — une foule de surprises. En voici trois exemples.

 

» Coupez! : Zombies nippons à la française

France, 2022
Note : ★★★ ½

Revenant de Cannes où il fut le film d’ouverture, le nouveau projet de Michel Hazanavicius (The Artist, OSS 117: Le Caire, Nid d’espions) a la particularité d’être le remake de l’ovni japonais One Cut of the Dead, l’un des succès fulgurants du cinéma de genre de ces dernières années. Il s’agit d’une comédie d’horreur où une troupe de cinéastes amateurs nippons se font attaquer lors du tournage d’un film de zombies par de véritables morts-vivants. Coupez! ajoute au côté méta de l’original en faisant du film dans le film le remake d’une petite production japonaise, mettant l’accent sur la conscience de soi du projet.

Certains fans de One Cut of the Dead seront peut-être déçus de voir que Hazanavicius répète globalement les mêmes gags, mais le film lui-même donne un semblant d’excuse avec les auteurs d’origine voulant que le scénario reste fidèle jusqu’au nom des personnages. Celles et ceux n’ayant pas vu le film japonais mais connaissant son existence trouveront cependant une comédie folle où chaque gag est tellement burlesque qu’on ne peut que se demander si l’original est aussi jusqu’au-boutiste (la réponse est oui, mais sans comparaison le résultat fait mouche). Sa pertinence en tant que remake est questionnable, mais il accomplit sa tâche d’assez belle manière pour justifier un visionnage.

Bande-annonde :

 

» Mercenaries from Hong Kong : Explosion kitsch

Hong Kong, 1982
Note : ★★★

Si les Shaw Brothers sont particulièrement reconnus pour leurs films de kung fu traditionnels, certaines de leurs productions sortent de ces sentiers battus pour proposer des expériences inusitées dans leur catalogue. C’est le cas de Mercenaries from Hong Kong, un film d’action sur un groupe de mercenaires engagé par une femme d’affaire ambitieuse voulant faire taire les chantages d’un assassin terré au Cambodge. Le côté contemporain du scénario donne au réalisateur, Wong Jing, la possibilité de développer des idées peu vues chez les productions Shaw, comme des poursuites en voiture ou la prise d’un repaire de révolutionnaires à coup d’explosifs et d’armes à feu.

Certes, Wong Jing ne se démarque pas à la caméra comme ses contemporains, Liu Chia-Liang et Chang Cheh en tête (on peut noter qu’un film de ce dernier, Kid with the Golden Arm, passe à Fantasia le 30 juillet!). Les scènes d’action sont jouissives par leur nature et non par la finesse de la caméra, la réalisation étant secondaire aux effets pratiques et les idées débordant de style. L’histoire idiote cimente son identité de délire culte parfait pour les cinéphiles voulant voir six hommes en combinaison sport bleue flash casser la gueule d’une bande de gangsters à coup de batte en métal. Plus qu’un film de niche pour les complétistes du cinéma hongkongais, il s’agit d’un plaisir sans gênes ni ambitions, ce qui fait du bien à voir. 

Bande-annonce :

 

» Lynch/Oz : Les deux face de l’Americana

États-Unis, 2022
Note : ★★★ ½

L’inspiration que trouve David Lynch dans Le Magicien d’Oz est aujourd’hui incontestable. Le vrai défi est de trouver comment décortiquer cette relation de manière intéressante dans un documentaire de deux heures. La réponse qu’a trouvée le documentariste Alexandre Philippe est de recueillir les propos de six membres du milieu sur l’œuvre et le cinéaste. Le style diffère grandement selon l’intervenant ; on y trouve des analyses poussées comme celle en ouverture, mais aussi des entrevues plus personnelles, par exemple celle avec John Waters, cinéaste et grand ami de Lynch

Les six sections ne sont pas égales en qualité (l’une d’elles termine sur une anecdote de chat qui tue un oiseau après un visionnage de Twin Peaks: The Return qui est plus marquante que pertinente), mais le travail visuel et sonore aide à maintenir l’intérêt durant l’entièreté du métrage. De plus, l’élasticité du projet permet d’élargir le champ d’études, le documentaire pouvant alors toucher par exemple les thèmes profonds du cinéma américain ou l’émergence de figures récurrentes chez les cinéastes. Les réflexions sur le médium sont denses, mais ô combien gratifiantes ! 

Cette édition de Fantasia est donc déjà bien fournie en gemmes de toutes sortes. Pour les téméraires souhaitant sortir davantage des sentiers battus, une foule de trouvailles sera encore disponible jusqu’au 3 août, avec des documentaires aux sujets saugrenus, des rééditions déjantées ainsi que des nouveautés pour les amoureux de films de genre. Que le film commence !

 

Ces films ont été vu dans le cadre du Festival Fantasia 2022. 

Fan de Lynch ? Retrouvez ici notre critique de Dune et ici une compilation des lieux inoubliables de Twin Peaks.

 

Vous aimerez aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.