Atlantis : Documenter l’anticipation d’une catastrophe

Ukraine, 2019
Note : ★★★★ ½

La guerre en Ukraine est le dénouement de huit années de conflits et de nombreuses périodes de tensions avec la Russie. Le cinéaste ukrainien Valentyn Vasyanovych imagine une éventuelle conclusion à cette confrontation. Prenant place en 2025, Atlantis est une fiction dystopique qui capture la stérilité de la guerre et le désastre humain persistant bien après la fin des affrontements.

Le réalisateur aborde généralement dans ses films des thèmes forts, mais familiers, tels que l’amour, la maladie et la mort. Que ce soit par la fiction ou le documentaire, il contextualise souvent ses récits autour d’acteurs détenant une réelle appartenance au sujet. Une tendance qui se retrouve particulièrement dans ses derniers projets (Black Level, 2017). Pour essayer de représenter le plus authentiquement possible des situations sociales spécifiques, le cinéaste ira même parfois jusqu’à employer des non-acteurs qui ont un rapport tangible avec le sujet.

Fidèle à cette démarche, Atlantis se retrouve en quelque sorte à mi-chemin entre une fiction et un documentaire, car il se sert d’éléments et d’individus véridiques. Si l’intrigue prend lieu dans un futur proche, le sujet est terriblement d’actualité.

En 2025, un an après la fin hypothétique de la guerre gagnée par les Ukrainiens, une Ukraine ravagée peine à se reconstruire et les vétérans tentent de survivre à leur stress post-traumatique (TSPS). Afin de documenter ce réel problème qu’est la détresse psychologique chez les anciens combattants, l’ensemble des personnages est interprété par des non-acteurs qui ont participé aux réels conflits russo-ukrainiens.

Y sont alors introduits Andriy Rymaruk, un ancien soldat ukrainien qui a participé à la guerre au Donbass et Liudmyla Bileka, une ambulancière ukrainienne. En incarnant respectivement les deux personnages principaux Sergey et Katya, les non-acteurs reproduisent fidèlement leur propre rôle lors de leur participation aux conflits et surtout expriment leurs réels traumatismes.

Ne succédant que des plans séquences de longueur semblable, la trame narrative du film semble adopter un caractère épisodique. Par sa composition géométrique et contrastée, qui rappelle la signature technique du cinéaste Wes Anderson ou du cadrage d’Andrei Tarkovsky, il est effectivement permis de plonger dans la quotidienneté de Sergey. Les saisissables plans moyens et plans d’ensemble supportent l’intégration du personnage principal dans son environnement.

Révélant la frappante réalité d’une Ukraine marquée, Vasyanovych informe également d’un autre désastre évoluant en parallèle avec celui psychologique, la catastrophe écologique. À un moment du récit, Sergey fait la rencontre d’une spécialiste travaillant pour un organisme environnemental, qui lui explique avoir franchi le point de non-retour en termes de pollution des eaux et du sol. Si même au moment du tournage du film l’impact écologique des conflits russo-ukrainiens était une situation connue et ressentie en Europe de l’Est, le cinéaste a réussi à en représenter la postérité, son avenir.

Lauréat de la Louve d’Or au Festival de nouveau cinéma en 2020, ce long métrage imagine une victoire du peuple ukrainien dans la guerre, mais une défaite du point de vue humanitaire.

Dans les règles du genre de l’anticipation, Vasyanovych extrapole les maux d’aujourd’hui pour assembler un lendemain, si désastreux soit-il. En nous livrant une sublime composition de paysages et de plans à couper le souffle et des performances authentiques et sincères, témoignant d’une fâcheuse réalité de détresse sociale, Atlantis documente les vestiges d’une cité perdue et de ses survivants. Si les longues prises de vue en temps réel peuvent ne pas intéresser tous les publics, le commentaire social et politique amené par le film est définitivement à considérer, surtout dans le contexte actuel.

Bande-annonce :

Durée : 1h48
Crédit photos : Studio Garmata Film

Ce film a été vu dans le cadre du Festival du nouveau cinéma 2020.

Cliquez ici pour revivre la programmation du FNC en 2020.

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