Wedding doll: au bout du rouleau

Israël, 2015

Note: ★★★ 1/2

Premier long métrage du réalisateur israélien Nitzan Gilady qui occupait au préalable un poste de documentariste, Wedding doll est un film emprunt d’humanité sur l’acceptation de la différence dans notre société.

Jeune mère divorcée, Sarah (Assi Levy) s’occupe tant bien que mal de sa fille Hagit (extraordinaire Moran Rosenblatt) atteinte d’une légère déficience intellectuelle. À 24 ans la jeune fille travaille dans une fabrique provinciale de papier toilette et confectionne, grâce à ce même papier, des poupées de mariage qui nourrissent ses rêves de vie conjugale. Avec son sourire et son charme naturel, elle saura faire fi des moqueries des riverains, eux-mêmes aux prises avec leur propre handicap.

Wedding Doll : Photo Moran Rosenblatt

Mitzpe Ramon est une petite commune du sud d’Israël, située dans le désert du Néguev central. Sa principale attraction est un canyon, si vaste que les gens viennent y déverser leur colère et leurs problèmes. Hagit rêve de faire le grand saut : l’immensité du canyon ne fait que mettre en exergue sa marginalité et l’étroitesse d’esprit des habitants du coin. Ce n’est pas un hasard si le cinéaste a choisi de poser sa caméra dans ce lieu désertique. C’est un personnage aux paysages accidentés, durs, bruts et abîmés par la vie, qui rappellent les difficultés économiques des résidents, victimes d’un taux de chômage énorme. D’ailleurs la faillite menace l’entreprise familiale où travaille Hagit. Dès lors, la nature prend sa place dans l’œuvre, renvoyant à celle parfois étriquée du voisinage qui juge l’apparence de la jeune handicapée et la surnomme Barjot. Néanmoins, c’est avec beaucoup de poésie mêlée d’absurde que le réalisateur nous présente ces personnages dans des scènes cocasses (running gag de l’enfant au ballon), sans perdre de vue leur méchanceté à l’égard d’Hagit (cicatrice dans le cou), rappelant ainsi le cinéma du Palestinien Elia Suleiman (Intervention divine, Le temps qu’il reste).

Wedding Doll : AfficheEn outre, on apprécie la démarche sincère du réalisateur consistant à ne pas rentrer dans l’explicatif quant à la santé mentale de son personnage principal qui, rapidement, nous séduit par son parler singulier et son caractère bien trempé. Avec des rêves de jeune adolescente, Hagit ressemble à s’y méprendre à la Carrie de De Palma. Malmenée par son entourage, elle a des accès de colère uniquement lorsqu’elle est confrontée à des situations d’enfermement et d’isolation. Dès la scène d’ouverture, on pénètre dans le monde fantasque de sa chambre tapissée d’images découpées dans des magazines, s’apparentant à un atelier où elle confectionne méticuleusement ses poupées, rangées une par une dans des boîtes tout comme les étiquettes qu’on appose sur la tête des gens. Pour elle, tout est prétexte à rendre le quotidien magique, à l’instar du papier toilette qu’elle suspend au mur de l’atelier ou des dessins de mariées qu’elle griffonne, quitte à se voiler la face. Affublée d’habits aux couleurs disparates, c’est une vraie pilule de bonheur ne laissant personne indifférent, à commencer par Omri, le fils de son patron, sous le charme d’une innocence qui le sort de sa morosité journalière.

Si Sarah se refuse à placer sa fille en institution, c’est avant tout pour lui accorder une liberté de vie qu’elle lui enlève, malgré elle, à chaque tentative d’émancipation (comme ces escapades nocturnes avec Omri). De ménage en ménage, elle se tue au travail pour élever son enfant. La répétition des lieux et des mouvements accentue l’ennui et la fatigue qu’elle ressent dans sa job. Les nombreux split-screens ne servent alors qu’à renforcer l’isolement du personnage, coupé de la réalité, au profit des besoins de son enfant qu’elle fabrique de toute pièce, dans un désir de protection, afin de donner un sens à sa vie.

Wedding Doll : Photo Assi Levy, Moran Rosenblatt

En somme, Wedding doll est un film au ton décontracté qui regorge de lumière pour mieux contraster avec la cruauté des gens à l’égard d’Hagit. La jeune femme devra se défaire de l’emprise matriarcale pour enfin vivre sa vie comme elle l’entend, loin des qu’en-dira-t-on qui suscitent un malaise appelant alors à la réflexion et à la tolérance.

Durée: 1h22

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