UNDER THE SILVER LAKE : LE GRAND ÉVEIL

États-Unis, 2018.
Note : ★★★★

Quatre ans après le monumental It Follows, le réalisateur David Robert Mitchell revient enfin avec l’énigmatique Under the Silver Lake. Ce film d’enquête explorant la face cachée de la cité des anges nous embarque dans un voyage aussi nébuleux qu’envoutant. Le cinéaste américain prouve à nouveau qu’il sait revisiter les genres filmiques et livre ici une vision personnelle et singulière du film noir américain.

Sarah (Kiley Reough)

Sam (Andrew Garfield) tombe sous le charme de sa nouvelle voisine Sarah (Riley Keough). Quand cette dernière disparaît mystérieusement du jour au lendemain, le jeune homme décide de mener l’enquête. Ses recherches vont le mener aux quatre coins d’un Los Angeles aussi labyrinthique que surréaliste et lui faire toucher du doigt une vérité pour le moins incroyable. Partant d’un postulat de départ plutôt classique pour un film noir en entamant le récit avec la disparition d’une jeune femme, David Robert Mitchell va rapidement pervertir les codes du genre et élargir le champ de réflexion. À travers ce jeu de pistes, le cinéaste nous invite à réfléchir sur la place de la pop-culture et de l’imaginaire dans nos sociétés contemporaines et nous livre un récit où la frontière entre réalité et fiction est plus que jamais brouillée. Dans un Los Angeles aussi bien synonyme de rêve que de cauchemar, Sam va explorer la ville sous la ville et découvrir l’oeuvre derrière les oeuvres. Ses recherches vont rapidement se transformer en quête identitaire tandis qu’il gratte sous la surface factice d’une ville dont les mythes ont façonné sa personne. 

Sam (Andrew Garfield)

Difficile de ne pas penser à Mulholland Drive (2001) de David Lynch, aux comics books de Daniel Clowes ou encore à la littérature de Bret Easton Ellis avec ce récit fantasmagorique, inquiétant et post-moderne. À travers ce maelström d’images, de codes et de messages, le personnage incarné par Andrew Garfield va parvenir à démêler les fils grâce à ses méthodes insolites et sa façon de penser irrationnelle. Car à l’image des protagonistes principaux de The Big Lebowski (1998) des frères Coen ou d’Inherent Vice (2014) de Paul Thomas Anderson, seul un excentrique quelque peu déconnecté du monde réel pouvait venir à bout de cette enquête non-sensique. Doté de sous-intrigues qui peuvent paraitre périphériques au récit principal, Under the Silver Lake risque néanmoins de perdre une partie de ses spectateurs réticents à l’idée de ne pas avoir toutes les réponses aux questions que le film pose. Pour apprécier pleinement le voyage, il s’agit de se laisser embarquer et de recoller nous-mêmes une partie des pièces de ce film-puzzle dense et cryptique. Un film protéiforme qui finit par néanmoins constituer un ensemble cohérent et abouti. Une vrai réussite qui prouve une nouvelle fois que David Robert Mitchell est l’un des auteurs les plus intéressants du cinéma américain contemporain.

Durée: 2h19

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