Un casse-tête à la réalisation (partie 1)

Premier article d’un dossier sur les changements que la crise sanitaire a imposés sur les plateaux de tournage.

Masques et visières sont devenus des outils du quotidien pour la majorité. Pour pouvoir faire leur travail sur les plateaux de tournage, techniciens et comédiens ont également dû les adopter rapidement. Mais ce ne sont pas les seules mesures qu’ils ont dû mettre en place pour continuer à nous divertir.

« Les mesures en place pour les tournages sont très intenses, mais heureusement, c’est pour ça qu’on est en mesure de continuer à tourner. » nous explique Lawrence Côté-Collins, réalisatrice du film Deux par quatre, produit pendant la pandémie. « Par semaine de tournage, la santé publique a établi qu’il y a 9 acteurs qui peuvent être en zone 1. » Cette zone 1 est une bulle dans laquelle se trouve, en général, les acteurs principaux du tournage de la semaine. Un acteur ne peut faire partie de cette bulle que pour un seul tournage par semaine. Il pourra jouer à 1 mètre ou moins des autres acteurs de sa bulle pour un maximum de 15 minutes par jour. On exclut ici tout rapprochement intime, engueulade, etc. Les autres comédiens feront parti de la zone 2, une bulle dans laquelle ils sont toujours à 2 mètres des autres. La seule exception possible est la présence d’une bulle familiale, petit groupe qui habite sous le même toit et dont les membres pourront être rapprochés le temps de la ou des scènes.

La réalisatrice Lawrence Côté-Collins

« Sur les tournages, il y a aussi des « agents Covid », qui ont plein de chronomètres dans leur cou, et qui tiennent le temps de tous les acteurs. » ajoute Côté-Collins. Ces agents calculent ainsi le temps alloué à 1 mètre à la seconde près. Ils s’assurent également tous les jours que les consignes sont respectées sur le plateau et que chacun porte un masque ou une visière en tout temps. Seuls les acteurs peuvent les enlever lorsque les caméras roulent.

« Même si on dit qu’on est moins sur le plateau, qu’on vient par département, ça reste qu’on est quand même 40 ou 50 personnes à circuler à un moment ou à un autre dans les mêmes aires. » nous apprend Miryam Bouchard, réalisatrice de plusieurs téléséries dont L’Échappée. Chacune de ces personnes sont donc en risque de transmettre le virus ou d’être infectées. À chaque matin, ils remplissent un formulaire Covid pour certifier qu’eux ou un de leurs proches n’ont pas de symptômes du virus pour réduire les chances de transmission.

La réalisatrice Miryam Bouchard

Vient donc le casse-tête de continuer le travail au travers des calculs de temps et de distance des différentes personnes présentes devant et derrière la caméra. Plusieurs techniques sont privilégiées pour garder la fluidité, bien que le tout reste très mathématique.

Miryam Bouchard aborde particulièrement l’aspect du découpage des scènes. « Tu fais beaucoup plus de plans pour faire disparaître le 2m. » Ainsi, lors du montage, la distance entre les acteurs est moins perceptible dans l’œil du téléspectateur grâce au dynamisme des scènes.

Le 15 minutes allouées sans distanciation à certains acteurs doit également faire partie du calcul. À chaque matin, les réalisateurs prennent donc le temps de chronométrer le temps qu’ils ont besoin au travers de leurs scènes de la journée. Parfois, ils doivent « tricher » les angles de vue pour permettre à l’un des acteurs de porter le masque pour que le temps ne soit pas compté.

« Ça m’est déjà arrivé de vouloir faire une autre prise, mais de me faire dire « Ça ne sera pas possible, on a plus de temps.’’ Il me restait du temps dans ma journée. Il ne restait plus de temps Covid. » déplore Lawrence Côté-Collins. On prévoit donc des temps de pratiques avec masque. Parfois, c’est quelques reprises pour mettre en place, mais pour des scènes plus compliquées, il faudra près d’une dizaine de répétitions avant de la faire devant caméra. « Ça amène une espèce de rigidité et ça enlève de l’émotion, parce que c’est tellement mathématique. »

Les journées sont donc longues et exigeantes pour les réalisateurs et les réalisatrices. Malgré tout, ils restent positifs. « On n’a pas de place pour chialer et trouver ça difficile, parce qu’on fait partie des gens chanceux. Déjà faire un film, c’est nice, mais avoir la chance de tourner en pandémie, c’est exceptionnel. » conclue Côté-Collins.

 

Article sur le financement des séries pendant la pandémie ici.

Crédits photos :
photo de couverture Lawrence Côté-Collins (au centre) sur le plateau de Deux par Quatre. Crédit : Karl Jessy.
Portrait de Lawrence Côté-Collins, crédit : Max Dufaud
Portrait de Miryam Bouchard, crédit : Duchesne Agence Artistique

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