Twist à Bamako : Danser pour se libérer

France, 2022
Note : ★★★

La toute récente œuvre de Robert Guédiguian à qui on doit le superbe film Marius et Jeannette et Les neiges du Kilimandjaro (notre opinion ici) nous présente Twist à Bamako. Une histoire d’amour et de liberté mettant en vedette, Alice Da Luz et Stéphane Bak. Le réalisateur raconte le parcours amoureux difficile dans un Mali nouvellement indépendant qui tente de s’affranchir des résidus du colonialisme français. Le film est poignant et émouvant, mais ne va pas au-delà d’une belle expérience de divertissement. Or, Guédiguian arrivera à toucher en plein cœur tous ceux qui visionneront Twist à Bamako et pour cette raison, le cinéaste demeure un maître de son art.

Une progression narrative déficiente

L’histoire est ancrée à Bamako, au Mali, en 1962, alors que le pays vient de sortir des griffes des Français ayant occupé le territoire depuis plusieurs années. Twist à Bamako est d’abord le récit de Samba, un jeune militant socialiste et de Lara, une jeune femme mariée de force à un homme de son village. L’histoire les suit dans leur volonté de faire vivre leur amour le plus longtemps, en attendant que le climat politique et la réalité les rattrapent. Accompagnée par la musique entrainante des années 60 de Johnny Hallyday, de Chuck Berry et des Beach boys, Guédiguian livre une œuvre poétique avec un arrière-goût aigre-doux. Le jeu des acteurs est incroyable et très bien exécuté, mais est parfois surfait, faisant perdre de la crédibilité à l’histoire. La musique bien que très présente n’occupe pas une place aussi grande que le titre le laissait pressentir, mais semble au contraire meubler l’espace sonore et renforcer l’utopie d’une émancipation politique, idéologique et identitaire du pays.

L’évolution de l’histoire est difficile à distinguer. En effet la ligne directrice et l’énigme principale sont parfois indiscernables. L’histoire d’amour entre Samba et Lara ne semble pas avancer, sa conclusion est prévisible et prédomine sur l’autre conflit : le climat politique qui s’intensifie. Ce sont tous les deux, deux fils narratifs importants, mais qui ne progressent pas et qui rendent le visionnement du film lent et pénible.  Trop de pistes sont explorées et chacune d’elle est peu développée proprement.

Luminosité et enchantement

La direction photo du film magnifie l’environnement, la culture malienne tout en découpant les visages d’une manière aussi belle que poétique. La lumière tout comme la musique viennent donner une lueur d’espoir face à cette émancipation soudaine qui ne perdurera pas. Les couleurs chaudes qui font rayonner les personnages cristallisent la vision utopique et idéalisée de cette jeunesse africaine. Les plans de nuit qui sculptent les corps nus de Samba et Lara leur confèrent une autre couche de beauté en plus de leur faire honneur.

Twist à Bamako est plaisant à écouter en plus de mettre en lumière la résilience du peuple malien, mais demeure avant tout un film grand public qui cherche à divertir. Robert Guédiguian laisse derrière lui une œuvre empreinte d’une sensibilité impressionnante. Il faut se trémousser sur la musique et se laisser émouvoir par l’histoire.

Bande annonce originale :

 

Durée : 2h50
Crédit photos : Mk2 Mile-End

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