Page d'accueil Critiques de films Au Québec T2 Trainspotting : Le retour du traître [critique de film]

T2 Trainspotting : Le retour du traître [critique de film]

T2 Trainspotting : Le retour du traître [critique de film] 3.5
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Note de l'auteur
Le réalisateur Danny Boyle assume complètement sa nostalgie. De façon presque méta, il joue sur ce principe lorsque Simon (Jonny Lee Miller) dit à Mark (Ewan McGregor) « Nostalgia, that’s why you’re here. You’re a tourist in your own youth ».
NOTE DU LECTEUR

« Choose your future, choose life », nous disait Mark Renton, l’iconique héroïnomane écossais interprété par Ewan McGregor, en 1996, dans le désormais culte Trainspotting de Danny Boyle. Vingt-et-un ans plus tard, désormais sobre, où en est notre héros? Quel futur, quelle vie ont-ils connus, lui et ses camarades de l’époque? C’est à cette question que répond T2 Trainspotting, une suite pleine de nostalgie, réunissant tous les membres du casting original, maintenant quadragénaires, toujours aussi perdus dans une société qui l’est tout autant.

T2, inspiré du roman Porno d’Irvine Welsch, est donc la suite directe du Trainspotting de 1996. Mark Renton habite maintenant à Amsterdam où l’on devine qu’il a dû fuir après avoir trahi et volé ses amis à la fin du premier opus. Il est maintenant un adepte de jogging qu’il présente comme sa nouvelle drogue. Sick Boy, qui se fait maintenant appelé par son prénom, Simon, est un cocaïnomane, toujours assez manipulateur, qui vit de petites arnaques de chantage, organisées de concert avec sa petite amie escorte. Spud, l’attachant nigaud, le seul toujours accro à l’héroïne, n’en peut plus de cette vie qui le traite toujours comme le dernier des perdants. Enfin Begbie, le psychopathe impulsif, n’a guère changé non plus. Il croupit en prison depuis maintenant vingt ans. Leurs quatre destins se croiseront à nouveau lorsque Mark revient dans sa ville natale, Édimbourg, et y visite ses amis Simon et Spud qui, espère-t-il, lui auront pardonné sa trahison de jeunesse. Si la réunion est d’abord violente, les liens d’amitié finiront par se recoudre, et ils prépareront même une petite arnaque ensemble, comme dans le bon vieux temps. Begbie, qui réussit à s’évader de prison au début du film, ne voit pas cette réunion du même œil. Lorsqu’il apprend le retour de Mark en ville, il projette de se venger tout en gérant ses problèmes personnels et familiaux à la maison.

T2 Trainspotting
Photo by Graeme Hunter – © 2016 CTMG, Inc. All Rights Reserved

Sans surprise, T2 n’est pas, et n’aurait jamais pu être, à la hauteur du film original. En 1996, Danny Boyle avait créé quelque chose d’assez exceptionnel avec Trainspotting. De son film se dégageaient un humour, une énergie, un sens tragique, une critique sociale, une irrévérence qui, portés par une mise en scène, des dialogues et des scènes d’anthologie coup-de-poing, en ont fait une œuvre jouissive et absolument prenante. L’ensemble lui a permis d’atteindre le statut de film culte et de faire sa place dans le palmarès des films les plus influents des années 1990. En faire une suite apparaît comme un couteau à double tranchant. D’un côté, les comparaisons avec le premier film sont inévitables et forcément le nouveau film ne peut sortir gagnant car jamais, et sous aucun point de vue, il ne surpasse le précédent opus. De l’autre côté, quel plaisir que de retomber dans cet univers et de retrouver ses personnages uniques et décalés.

T2 Trainspotting
Photo by Graeme Hunter – © 2016 CTMG, Inc. All Rights Reserved

Danny Boyle assume complètement sa nostalgie. De façon presque méta, il joue sur ce principe lorsque Simon dit à Mark « Nostalgia, that’s why you’re here. You’re a tourist in your own youth ». En tournant ce film, le réalisateur et les acteurs sont eux aussi des touristes revisitant leur propre jeunesse. Les clins d’œil sont nombreux, très nombreux, parfois très gros, parfois plus subtils, pour le bonheur des plus fins connaisseurs. Cette nostalgie assumée apporte une beauté au film, qui émeut par ses réflexions sur le temps qui passe, sur la vie qui défile sous nos yeux sans qu’on ait le temps de toujours la saisir. Avec les regrets, la honte et la mélancolie que l’on vit après coup. Les acteurs arrivent tous bien à traduire cette mélancolie. Ewen Bremner, dans le rôle de Stud, est particulièrement touchant. Les passages où l’on voit des extraits du premier film sont les plus frappants, chargés de tout le pouvoir de la nostalgie. Voir nos protagonistes vingt ans plus tôt, jeunes et naïfs, crée forcément une certaine émotion. Ils nous rappellent aussi à quel point on avait eu droit à un film marquant en 1996.

La touche hyperactive, sur-vitaminée, de la réalisation de Boyle est toujours présente dans ce second opus même si elle apparaît moins originale et innovatrice qu’à l’époque. Le cinéaste propose encore une fois une mise en scène cinglante, éclatée, un univers visuel qui lui est propre, avec des jeux intéressants sur les couleurs, les cadrages et les plans de caméra. Le tout est relevé par un montage énergique et une trame musicale toute aussi entraînante et évocatrice. Tous ces effets sont certes un peu tape-à-l’œil mais ils sont également assez excitants et impressionnants par moment. Ils participent assurément au plaisir de se replonger dans l’esprit pop-punk de Trainspotting.

T2 Trainspotting
Photo by Graeme Hunter – © 2016 CTMG, Inc. All Rights Reserved

Outre l’émotion de la charge nostalgique et le plaisir de retrouver les personnages, T2 ne met pas grand-chose de plus sur la table. Son propos est moins frappant. Il propose encore des réflexions ironiques sur la société mais elles n’ont pas la même force de frappe sociale et politique que dans le premier opus. Son scénario est un peu mince et superficiel, en plus de contenir quelques inconsistances et des éléments quelque peu forcés. C’est une suite amusante oui, mais non essentielle. Elle comporte quelques très bonnes scènes, notamment cette course-poursuite entre Renton et Begbie. Elle commence dans une toilette de bar alors que les deux hommes, chacun dans leur isoloir, se reconnaissent par leur voix, et se termine en sang dans un stationnement sous-terrain sur le toit d’une voiture en mouvement. Malgré le plaisir ressenti devant cette scène, entre autres, il n’y en a aucune d’assez forte pour obtenir le statut de culte comme dans le premier film qui en comptait facilement plusieurs. Bref, on ne s’ennuie pas devant ce Trainspotting 2 mais il n’y a rien non plus qui en fait un film particulièrement spécial ou mémorable.

Au final, T2 est un film qui nous fait vivre un bon moment. Doté d’un charme évident, il ne se prend pas trop au sérieux. On est là pour avoir du plaisir et on en a. En ce sens, c’est mission accomplie. Mais il demeure plutôt un film hommage, un film qui en célèbre un autre. Il sert à nous rappeler à quel point le premier film était génial et nous donne surtout envie de rentrer à la maison le revoir immédiatement.

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Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
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Jules Couturier Entre Jules Couturier et le septième art, c’est une histoire qui dure depuis toujours. Du plus loin qu’il se rappelle, le cinéma l’a toujours fasciné. La critique de cinéma est un prolongement de son discours intérieur. Ouvert à différents genres, il a toutefois une préférence pour les œuvres présentant des personnages issus de cultures marginales, rebelles, des personnages en transformation, confrontés à des expériences initiatiques, animés d’une révolte ou d’un désir de dépassement. Il est adepte d’un cinéma de l’espoir, pourrait-on dire, qui enrichit la réflexion sur la condition humaine sans sacrifier pour autant au plaisir ou au divertissement. Il complète actuellement des études universitaires en écriture de scénario et en création littéraire. Objectif : entretenir sa flamme pour le cinéma.

Commentaire(1)

  1. Après le succès de Trainspotting, danny boyle a toujours obtenu de gros budget pour ses films qu’il s’est mis à faire de plus en plus beaux et donc, par voix de conséquence, de moins en moins personnels.
    Si certains films réussissent à sortir du lot, il s’aventure toutefois de manière régulière vers des passages  » video clip » peut-être pour faire oublier que le scénario est finalement assez vide… ou bancale.
    Dommage

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