Sympathie pour le diable : Un cœur assiégé

Québec, France
Note: ★★★ 1/2

Il a fallu 14 ans au réalisateur Guillaume de Fontenay et à ses partenaires d’écriture Guillaume Vigneault et Jean Barbe, qui se sont joints à lui en cours de route, pour mettre en mots puis en images le passage du journaliste de guerre Paul Marchand à Sarajevo en 1992, alors que la capitale bosniaque était assiégée par les Serbes. Marchand lui-même avait publié le roman Sympathie pour le diable en 1997. Associé à l’écriture du scénario, l’ex-correspondant de guerre devenu écrivain s’est enlevé la vie 10 ans avant que le film n’arrive sur nos écrans, compliquant la tâche pour De Fontenay et ses complices.

Avec la sortie du film éponyme, ces nombreuses années de travail trouvent enfin un aboutissement. De facture somme toute assez classique, le film est un bel hommage au personnage qu’était Paul Marchand, au travail de journaliste et à toutes les victimes de cette terrible guerre.

Grâce à une réalisation nerveuse, en concordance avec le climat de la ville où résonnait nuit et jour le bruit des balles semant la mort partout à l’improviste, et une reconstitution d’époque impressionnante, De Fontenay arrive à créer une profonde immersion dans le Sarajevo assiégé de 1992.

Il entraîne le spectateur à la suite de Marchand dans l’enfer d’une guerre injuste, trop souvent ignorée, qui avait lieu il n’y a pas si longtemps dans une indifférence internationale assez troublante.

Le film est aussi une plongée au cœur du métier de journaliste de guerre, exploré ici de manière fascinante. Le film fait écho en cela à l’actualité alors que le pouvoir de la presse est de plus en plus remis en question par d’importants − et dangereux − leaders internationaux.

Pour incarner le tout, De Fontenay a choisi Niels Schneider dans le rôle de Paul Marchand, un gros cigare vissé en permanence à la bouche. L’acteur doit chausser les bottes de la personnalité haute en couleur de ce journaliste provocateur, flamboyant et idéaliste, aux prises avec un conflit intérieur. Marchand est déchiré entre sa colère devant les injustices de la guerre dont il est témoin et la neutralité journalistique à laquelle il est en principe tenu. Ne pas prendre parti, à l’instar des Casques bleus qu’il interpelle, devient pour lui une position intenable.

À l’instar de son protagoniste, le réalisateur porte un regard sans complaisance sur le métier, illustrant tour à tour ses grandeurs (l’importance de témoigner, le courage et le sang-froid des reporters, leur solidarité malgré la concurrence) et ses misères (l’inconfort des conditions de vie et de travail, les privilèges qui leur sont consentis, les mises en scène complaisantes pour mieux vendre son sujet).

Présentées à la fin du film, les images d’archives de Paul Marchand, décédé en 2009, assènent un ultime coup au cœur après avoir été plongé de telle manière, juste avant, dans son univers de stress et de violence.

Le film a été vu dans le cadre du festival Cinemania

Durée: 1h42

 

Ouvoir.ca

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