Sylvain Bazinet : Sur les traces des oubliées

Rien, a priori, ne destinait un diplômé en mathématiques à publier un ouvrage sur les femmes oubliées de la culture québécoise. C’est un peu par la petite porte, donc, que Sylvain Bazinet s’engouffre dans le monde de l’histoire, sa seconde passion. Un homme qui aime ses racines et qui se questionne sur la transmission. Après plusieurs travaux en généalogie, il engage des recherches sur la culture d’ici. De découvertes en découvertes, la liste des noms passés dans l’oubli s’allonge. Et beaucoup… sont des femmes ! « Encore plus oubliées que les Québécois » nous dit-il lors d’une entrevue téléphonique. Surprise ? 

Et l’auteur d’ajouter : « Il me semble que l’on ne soigne pas trop notre passé, malgré que notre devise soit Je me souviens ». Il semblerait donc que le Québec a la mémoire courte, mais c’est sans compter Sylvain Bazinet qui n’est pas avare de son temps. 

Trois années de recherche et des milliers d’heures de travail plus tard, c’est entre mars et mai 2020 que Monsieur Bazinet s’emploie à terminer ce qu’il avait entrepris depuis quelque temps. Il n’a pas de maison d’édition, mais qu’importe, il croit en la nécessité de faire connaître sa culture, ceux et celles qui l’ont faite. Car oui, les noms et les destins fabuleux ne manquent pas. Il y en a plein, des québécois et des québécoises qui ont fait carrière. Peut-être hors les frontières de la province ou même du pays, mais il demeure important d’aujourd’hui les ramener dans une mémoire collective. 

À l’appel, on nommera Nanette Bordeaux née Héléna Veilleux, Pauline Garon (sur la deuxième photo ci-dessus), Fifi d’Orsay née Yvonne Lussier, Huguette Oligny qui assure les doublages des films hollywoodiens pendant la seconde guerre ou encore Norma Shearer (sur la première photo ci-dessus), Laura Lussier, Éva Dionne, Emma Gendron et bien d’autres. Invisibles, ces femmes sont certes québécoises mais elles sont aussi autant de personnalités voire de pionnières qui ont contribué à l’histoire du cinéma et de la culture en général. Peinture, cinéma, chanson, photographie, sculpture, littérature… l’angle mort de l’histoire de l’art ne fait que s’agrandir. Révisons un peu chaque jour ce terrible dicton qui veut que derrière chaque grand homme se cache une grande femme jusqu’à ce que dans les écrits comme dans les mémoires, les musées et les salles de cinéma, les deux cohabitent également. Alice Guy ne disparaîtra alors plus derrière les Frères Lumière, Dora Maar derrière Picasso, Gerda Taro derrière Robert Capa, ou Charlotte Perriand derrière le gros ego de cet illustre Corbu.

En puisant ces informations dans des sources d’époque, majoritairement des journaux accessibles dans les fonds d’archives de la BAnQ, les portraits de ces femmes se dessinent. Les faits s’ajoutent, se vérifient et les légendes elles aussi, se construisent. Comme celle de la Reine du Vaudeville, Eva Tanguay (sur la photo ci-dessus), pionnière et scandaleuse. Elle fonde sa compagnie de production cinématographique mais l’expérience tourne court avec le krach de 1929. Autrefois millionnaire, en 1947 la voilà mourante avec 500 $ en poche. Mais son histoire riche de bien des succès mérite d’être partagée. Notons qu’avant Serge Gainsbourg, Eva Tanguay se confectionne en 1910 un costume avec des billets de monnaie. 

« Nous avons un passé très intéressant, nous ne sommes pas que des porteurs d’eau. Quand on a un passé que l’on connaît, cela permet de se sentir un peu plus fier d’être québécois ! » nous dira pour conclure Monsieur Bazinet. Ce dernier ne compte d’ailleurs pas s’arrêter là. L’histoire est de son côté, car des oubliées il y en a plein. Les prochaines à littéralement retrouver voix au chapitre, espère-t-il, sont les femmes de radio de 1922 à 1952. l’auteur cherche encore une maison d’édition pour publier ce nouvel opus à l’horizon 2022… À bonnes entendeuses, salut!

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Photo de couverture: Béatrice Lapalme

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1 commentaire

  1. Cher Monsieur Baziner
    comme il y a une erreur interne sur votre site qui m’empêche de communiquer avec vous…..
    je passe par ce site en souhaitant qu’on vous relaiera lce courriel
    Pierre Rochette
    pierrotvagabond412@gmail.com

    Comme vous vous intéressez aux artistes québécois , je voulais vous faire part de mon 1000 pages Monsieur 2.7 k… qui à travers l’épopée de la boîte à chanson du Vieux Montréal ( le café St-Vincent et les deux Pierrot) … raconte l’histoire… tirée d’une histoire vraie… d’une lettre, la lettre K, qui traverse la littérature (www.reveursequitables.com/cahier de presse/ monsieur 2.7k… téléchargeable…) pour ensuite vagabonder la beauté du monde (you tube, mon ami Pierrot, le dernier homme libre, documentaire)

    Ce pan de la contre-culture québécoise n’a jamais été raconté (www.lepaysoeuvredart.ca) ….. (sur you tube… pierre Rochette chante le vieux Montréal)…

    merci de vous être intéressé à cet objet de recherche si particulier
    vous avez toute mon admiration

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