Spotlight : Journalisme old school

Présenté dans les festivals de Venise et de Toronto, le récent film du réalisateur américain Tom McCarthy (The Station Agent , The Visitor), Spotlight, espère remporter les grands honneurs aux oscars avec une distribution de premier plan qui comprend Mark Ruffalo , Michael Keaton, Rachel McAdams et Liev Schreiber.  ♥♥♥½

L’équipe d’investigation du Boston Globe, baptisée Spotlight, se fait offrir l’opportunité d’enquêter sur des allégations d’abus sexuels au sein de l’Église Catholique. Convaincre à confesser les victimes des prêtres agresseurs n’est pas une tâche facile, mais tenter de remonter la source jusqu’aux plus hauts gradés de l’Église en est une d’autant plus colossale. Les journalistes obstinés découvriront entre autres que l’institution la plus ancienne et respectée du monde a protégé volontairement les membres de son clergé afin qu’ils soient protégés contre de possibles poursuites. Leurs recherches déclencheront une vague de révélations dans le monde entier et dénonceront les infamies d’une institution qui prêchent l’honnêteté et le respect.

Tout comme d’autres films basés sur des faits réels tels que All the president’s Men (1976) ou The Insider (1999), Spotlight tire une grande partie de son intensité à faible ébullition d’un récit, savamment construit, dépouillée dans la façon complexe dont les journalistes se sont rendus à révéler la fameuse controverse des prêtres pédophiles en 2002. Bien qu’il y ait une tentative d’installer un point de vue légèrement intime chez les personnages, McCarthy adopte plutôt un ton neutre, évitant les moments sur-dramatiques pour laisser le travail ingrat des journalistes être le centre du film. Et parce que Spotlight est fixé à un temps avant qu’internet soit omniprésent, cela signifie qu’il y a beaucoup d’entrevues en face à face et de recherche à travers les archives des tribunaux, en d’autres termes on retrouve énormément de dialogues. En revanche, l’ensemble est filmé et monté de manière agréable et à une rigueur convaincante. De plus, on y retrouve une touche d’humour et une bande sonore qui complète ce divertissement intelligent pour adulte.   

Une distribution de premier plan      

Le cinéaste est appuyé énormément par une distribution flamboyante menée par Mark Ruffalo , qui joue Michael Rezendes, un journaliste investigateur qui a la ténacité et le charme d’un pit-bull. Il n’y a pas beaucoup de plaisir à être autour de lui, mais Rezendes apparaît comme un héros intransigeant de Spotlight, un journaliste implacable qui attaque son travail avec une fureur vengeresse qui ne peut supporter la corruption et l’hypocrisie. Les deux vedettes principales de Ruffalo , Rachel McAdams et Michael Keaton, sont également efficaces, jouant avec brio des journalistes chevronnés dont toute la vie semble être leur travail. Et bien que le personnage de Keaton est quelque peu alourdi par un secret coupable, l’acteur sélectionné aux derniers Oscars dégage un ton las et sage qui accentue la prestance de son personnage serein.

Spotlight

Malgré le sujet chaud, Spotlight n’est pas particulièrement émotionnel ou indigné, de même que la mise en scène tend vers une modestie et prudence peu guindée qui est croustillante, mais jamais particulièrement électrisante. Par contre, Spotlight gère gracieusement les détails sordides de son histoire basée sur des faits vécus tout en résistant à la tentation de célébrer ses héros, résultant un drame qui honore le public ainsi que ses véritables sujets. Mais comme ses personnages principaux tachés d’encre, il fait le travail avec un minimum de tracas.

Auteur: Justin Charbonneau

« Aujourd’hui, au milieu d’une quantité d’institutions variées, la presse est en train de se réduire, alors que c’est la seule qui ait la capacité de réguler les autres et de vérifier qu’elles restent dans leur cadre. Peut-être que ce film a été réalisé dix ans trop tard, pas à cause des évenements qu’il décrit, mais simplement parce que le journalisme de qualité a disparu aujourd’hui. Du moins aux Etats-Unis où il est largement anéanti et démantelé. Je ne suis pas sûr que le grand public s’en rende compte. Si je devais m’entretenir avec un échantillon de la population sur ce sujet, je ne crois pas qu’il trouverait pertinent de s’alarmer. Or, c’est aux journalistes de lancer des alertes. Mais comme il n’y en a plus… »

Propos de Tom McCarthy recueillis pour Première

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