Softie : Le poids de nos convictions

Kenya, 2020
Note: ★★★★★

Gagnant du prix du meilleur montage catégorie documentaire international à Sundance et présenté dans le cadre de la 16e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, le premier long métrage du réalisateur kényan Sam Soko est un film bouleversant à tous points de vue. Racontant le choix déchirant que doit faire le militant et photojournaliste Boniface Mwangi (Softie) entre sa famille et sa patrie, le film dresse un portrait double : celui de la famille de Boniface et celui d’un Kenya paralysé sous la corruption politique.

Softie, le militant

En 2007, reconnu pour son fascinant travail de photojournalisme, Boniface est chargé de couvrir en vidéo les manifestations post-politiques. « 2007 was a life-changing year for me. Immediately after they announced the elections, there was burning and violence » nous raconte-t-il. Pendant plusieurs mois, au travers de ses photos et de ses vidéos, Softie décrit les violences qui ont lieu dans son pays. Mais sa frustration grandit, car ses publications sont refoulées, prétextant trop de sang, trop de violence. Au début de l’année 2008, alors que les opposants politiques signent un traité de paix, Softie démissionne, le cœur lourd de voir tant d’hypocrisie.

L’origine des tribus kényanes

« For Kenyans, your tribe betrays you. That means that when I meet you and ask you “ what’s your name ? ” […] They want to get your last name, so that they know how to place you tribally. And so the identity in Kenyan politics is not nationalism, patriotism, core values, a bigger vision for a better Kenya. The identity of this country is tribe. Your last name defines you » nous explique Boniface, indigné. Résidus permanents du colonialisme, cette hiérarchie des tribus, instaurée par les Anglais, fût catégorisée dans différents rôles. « Kikuyus are money lovers. Kambas are loyal servants. Luhyas are cooks and watchmen. All these descriptions were actually done by the British » poursuit Softie. Le 12 décembre 1963, le Kenya obtient son indépendance. Le premier homme politique à la suite de l’indépendance, le Premier ministre Jomo Kenyatta, issue des Kikuyus, décide de nommer cette tribu comme le clan suprême, cristallisant ainsi une hiérarchie issue de la colonisation britannique.

Un saut dans la politique

Troublé par les différentes manifestations auxquelles il participe, parfois avec sa femme, parfois sans, Boniface décide de se lancer en politique, visant le poste de député. L’enjeu est grand, car pour lui, la politique est remplie de cochons hypocrites. Deviendra-t-il l’un d’entre eux? C’est la question que lui pose une personne dans la rue, le mettant du même coup en garde contre le pouvoir de l’argent et contre son aveuglement possible. Quelques jours seulement suffisent à lui faire comprendre que le vote des citoyens est facilement monnayable lorsqu’il voit son rival acheter des votes pour aussi peu que quelques t-shirts.

L’enjeu familial

Or, pour le spectateur, l’enjeu du film n’est plus seulement le futur politique du Kenya, mais le combat que Njeri Mwandi, la femme de Boniface, mène auprès de son mari pour qu’il mette sa famille en priorité. « I have given my [children] my life. You have given your country your life. So maybe now, you give your children your life. Then after that, you can give the country what is left, instead of giving your children what is left ». Pour Njeri, Dieu vient le premier dans son ordre des priorités, ensuite la famille, ensuite le pays. Mais c’est avec dépit qu’elle constate que pour son mari Boniface, le pays vient avant les autres, Dieu et la famille. Le réalisateur Sam Soko, utilisant les vidéos d’archives avec grande finesse, suit donc le quotidien de cette jeune famille sur plusieurs années, transformant ce documentaire en une formidable, mais touchante et difficile épopée.

Nous ne manquerons pas l’occasion de suivre les prochains projets de ce pertinent réalisateur kényan.

Durée : 1:37

Ce film a été vu dans le cadre des RIDM 2020.

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