Shadow : Sans l’ombre d’un doute

Chine et Hong Kong, 2018
Note: ★★★★ 1/2

Zhang Yimou nous offre probablement le meilleur film de sa carrière. Le réalisateur de Hero (2002) et House of Flying Daggers (2004) revient dans nos bonnes grâces cinématographiques après le lamentable The Great Wall (2016), superproduction américaine avec Matt Damon et Willem Dafoe.

Shadow (ou Ying) raconte l’histoire d’un homme, doppelgänger d’un général d’armée malade, qui agit comme ombre (du titre) en prenant sa place. Ayant été élevé et formé à imiter son maître, la tenue imminente d’un duel complique les choses. L’enjeu du duel déterminera le vainqueur de l’affront entre deux familles royales en trêve dans un combat sur l’occupation d’une cité dont plusieurs clans réclament la gouvernance.

Si les quarante premières minutes sont utilisées pour mettre en place les différents enjeux de l’ombre, Yimou s’offre une mise en scène fine, visuellement remarquable avec des jeux d’ombre et une utilisation de la lumière impressionnante. En faisant le choix de faire un film quasi en noir et blanc, Yimou peint avec finesse, digne des plus grands calligraphes à l’encre de Chine, un univers narratif et visuel se répondant. Le gris domine, certes, mais la beauté qui y émane est exceptionnelle. Dans ces sept jours de pluie, les tons de noir, blanc sale et gris impressionnent à l’écran. La délicate mise en scène se dévoile dans la construction de ses plans. Si ceux-ci sont en apparence simple, leur composition est riche par l’utilisation des papiers fins agissant à titre de voile.

C’est à croire que Zhang Yimou a pris le risque – qui paie grandement ici – de réduire le spectacle et les couleurs vives qui ont fait la marque de son cinéma pour se concentrer sur la simplicité. Seules quelques apparitions du rouge écarlate viennent colorer l’image, cette violence visuelle ne fait alors qu’amplifier la violence physique subie par le personnage. C’est dans cette simplicité scénaristique (un duel par un double, un affront entre deux familles royales et un triangle amoureux) et cette sobriété visuelle que toute la maîtrise cinématographique de Yimou est à son apogée.

La scène de duel démontre encore une fois le grand talent du réalisateur chinois puisqu’il y amène à la fois une grande grâce et beauté tout en balançant avec la cruauté et violence qu’une telle scène implique.

Les acteurs brillent dans cet environnement gris et terne. Le film, comme seul le cinéma asiatique le maîtrise, joue aisément entre drame et légère comédie. La présence, tel un leitmotiv, du symbole du yin et du yang, rappelle au spectateur cette recherche de l’équilibre dans l’enjeu narratif (fin de la guerre, équilibre entre le masculin et le féminin et équilibre entre l’ombre et son maître), mais également l’équilibre atteint cinématographiquement. Toute cette richesse fait de Shadow un des meilleurs films chinois des dernières années sur nos écrans.

Durée: 1h56

Ouvoir.ca

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