Page d'accueil Critiques de films Au Québec Risk : l’énigme Julian Assange [critique de film]

Risk : l’énigme Julian Assange [critique de film]

Risk : l’énigme Julian Assange [critique de film] 3.0
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Note de l'auteur
Le portrait de Poitras de Julian Assange en exil exsude un sens moins aigu dans la narration et le suspense que Citizenfour.
NOTE DU LECTEUR

La réalisatrice américaine Laura Poitras est de retour avec Risk, son nouveau long métrage après l’excellent Citizenfour, gagnant de l’Oscar du meilleur film documentaire en 2015, dans lequel elle a filmé le délateur Edward Snowden alors qu’il se cachait à Hong Kong à la suite de ses divulgations sur l’espionnage du gouvernement sur les citoyens des États-Unis. Une grande partie de l’attrait de ce film résidait dans son sens de l’histoire qui se déployait devant nos yeux. Avec Risk, Poitras pointe sa caméra sur un autre homme difficile à saisir, mais ô combien fascinant, Julian Assange, le fondateur à la fois assiégé et admiré de WikiLeaks.

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En fait, Poitras a commencé sa documentation d’Assange en 2010, avant de filmer l’urgence et le scandale qu’était Citizenfour. Après sa sortie, elle est revenue pour terminer Risk. Par contre les choses se sont compliquées, Risk a eu sa première mondiale en mai 2016 à Cannes, où plusieurs journalistes ont critiqué le documentaire pour avoir adopté une attitude unilatérale et soutenue envers Assange et valoriser sa lutte pour la liberté de l’information absolue. Maintenant, un an plus tard, une nouvelle version de Risk est projetée dans les salles de cinéma, et cette nouvelle coupe adopte une approche plus mesurée, sinon ambiguë, sur le fugitif actuel. Pendant le temps écoulé depuis l’achèvement du tournage en 2016, les dépouilles des courriels de Hillary Clinton ont joué un rôle indéniable dans le résultat de l’élection présidentielle aux États-Unis et d’autres allégations d’agression sexuelle ont été commises contre Assange (qui continue de séjourner en asile dans l’ambassade d’Équateur à Londres), ainsi que l’un de ses principaux porte-parole, le pirate informatique Jacob Appelbaum. Bien que Assange ait permis à Poitras d’avoir un accès exceptionnellement gratuit à le filmer, les deux ont eu un affaissement en 2016, alors que l’attitude de Poitras à propos de son sujet devenait plus douteuse.

Risk avec Julian Assange
Crédit photo: The Hollywood Reporter

Le « risk » de Laura Poitras

La principale différence entre les approches adoptées dans Risk et Citizenfour est l’inclusion de Poitras comme personnage dans son nouveau film. Elle lit de son journal de production, dans lequel elle enregistre son scepticisme croissant sur la droiture de WikiLeaks et son leader confus. Pourquoi, se demande-t-elle, Assange lui permet-elle un accès sans entrave à sa vie et à ses pensées? Les images assemblées présentent une vision d’un l’homme à la fois comme un visionnaire vulnérable et une brute obscène. Le plus frappant est les déclarations misogynes d’Assange envers son avocat au sujet de la «conspiration féministe» pour le faire tomber par les accusations de viol. Dans un autre point, il conseille à son assistante (et peut-être amoureuse) Sarah Harrison de «Faire la chose féminine», lorsqu’elle craint les questions personnelles qui peuvent lui être posées lors d’une conférence de presse. Le plus révélateur dans tout cela, Poitras révèle avoir eu une relation amoureuse avec Appelbaum avant les accusations de viol qui ont été lancées contre lui par d’autres femmes dans le mouvement. Pourtant, Poitras ne cache pas son admiration pour les idéaux d’Assange et pour lui avoir enseigné des choses au sujet du secret qu’elle ne savait pas  et qu’elle avait besoin d’apprendre. À la fin, cependant, le portrait de Poitras d’Assange en exil exsude un sens moins aigu dans la narration et le suspense que Citizenfour.

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Justin Charbonneau Depuis son voyage en France où il a vécu l’expérience de sa vie au Festival de Cannes en 2012, Justin Charbonneau se passionne pour la diversité du septième art. Suite à cet événement enrichissant, il complète un Baccalauréat en études cinématographiques à l’Université de Montréal. Puis, à l’été 2015, il se joint à l’équipe de Cinémaniak à titre de chroniqueur régulier.

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