Réparer les vivants – Touché en plein coeur

Seulement trois années après l’acclamé Suzanne, Katell Quillevere présente Réparer les vivants comme une ode à la vie tantôt clinique, tantôt intime et jamais insignifiant. Le film devrait toucher droit les cœurs de spectateurs prêts à se laisser emporter par un scénario et une distribution magnifique. ♥♥♥♥

Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie…

Réparer les vivants est l’adaptation cinématographique du roman du même nom écrit par Maylis de Kerangal. Dans le roman, le personnage de la receveuse (Anne Dorval) est moins développé que dans le film. On y sait juste que cette femme a deux fils et qu’il est question d’un ancien amant qui lui rend visite. Katell Quillévéré a fait le choix, dans le long métrage, d’être davantage du côté de la receveuse pour rendre cette histoire plus supportable.

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Étonnement, cela ne seront jamais les larmes d’Emmanuelle Seigner (mère du jeune Simon et qui s’apprête à lui faire ses derniers adieux) qui viendront chercher le spectateur mais bien le positionnement d’Anne Dorval, diminuée, affaiblie par la maladie et qui ne sait pas de quoi demain sera fait. La comédienne québécoise livre une partition en finesse et à mille lieux de ses personnages exubérants du Cœur a ses raisons ou chez Xavier Dolan. Non que l’on ne l’en croyait pas capable…mais cela se faisait attendre ces dernières années et il est enfin salvateur de la voir dans un rôle très en retenue. Oui il y a de la pleurnicherie à un moment, mais de la pleurnicherie logique, fondée, à propos. Si Anne pleurniche, alors le public pleurniche avec elle. Et quelle plaisir de retrouver une distribution aussi talentueuse de Bouli Lanners à Dominique Blanc, tous les deux médecins à l’ironie bien palpable.

Quillevere qui filme l’océan tel des paysages bleutés de photos rectangulaires fait des allers-retours entre l’hôpital et l’intime greffant ici et là quelques passages quasi-documentaires (mais bien tournés dans la fiction). Elle ne tombe pas dans le sensationnaliste ni non plus dans la sentimentalité gratuite. Elle cherche la grâce d’un second long métrage sobre même si parfois terne. C’est élégant, luxueux… et parfois aussi hermétique. Était-ce un choix d’autant mettre de scènes de chirurgie quitte à en perdre la proximité du spectateur avec les personnages ? Sans doute. Mais il est palpable ce refus de tomber dans le mélo, d’en faire un long métrage fort, simple et digne. Un petit choc !

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