Page d'accueil Actu À La Une Rencontre avec Cédric Klapisch: la bonhomie d’un enfant du monde.

Rencontre avec Cédric Klapisch: la bonhomie d’un enfant du monde.

Rencontre avec Cédric Klapisch: la bonhomie d’un enfant du monde.
107
0

Cédric Klapisch était de passage à Montréal pour la sortie de son dernier film Retour en Bourgogne. Nous l’avons rencontré dans un hôtel du Vieux-port.

Pour son douzième long métrage, Cédric Klapisch a choisi comme toile de fond la région bourguignonne où il transpose élégamment, de la ville à la campagne, un univers mâtiné de mélancolie, de rires et de légèreté. Après la trilogie sur les tribulations de Xavier (L’auberge espagnole/Les poupées russes/Le casse-tête chinois), il nous a confié en entrevue chercher une rupture. Son désir de filmer les vignes a promptement fait écho à son questionnement sur l’accointance entre frères et sœurs et leur héritage émotionnel. Selon lui, le vin permet le partage, il est fédérateur et invite au voyage, un leitmotiv dans sa filmographie. La Bourgogne s’est alors imposée d’elle-même aux vues des exploitations viticoles a fortiori plus petites que dans le Bordelais très industrialisé, ce qui allait à l’encontre de la thématique du film et des liens familiaux. De plus, le réalisateur connaissait bien Jean-Marc Roulot, un viticulteur de la région rencontré sur son premier film, Riens du tout, en 1991. Il s’est ainsi alloué ses services au scénario, sur le plan technique, afin de rendre compte du réalisme du monde agricole (Roulot tient même un second rôle dans cet opus).

À lire aussi: Retour en Bourgogne: le coeur a ses raisins.

Changement de décor donc, mais aussi changement de casting. Pas de têtes connues dans l’univers klapischien si ce n’est une apparition rassurante (?) de Zinedine Soualem (coupée au montage), figure emblématique de son cinéma depuis les débuts. Dans les rôles principaux de cette nouvelle distribution, on retrouve Pio Marmaï (Le premier jour du reste de ta vie) avec qui le réalisateur souhaitait travailler depuis un moment et Ana Girardot (Un homme idéal). Il lui avait fait passer une audition dans Ma part du gâteau mais elle correspondra mieux au futur rôle de Juliette. Quant à François Civil, déjà vu dans Made in Franceil venait de faire sa connaissance sur la série 10 pour cent dont il réalise quelques épisodes. Dès leur première rencontre, le metteur en scène ne cache pas la complicité palpable qui s’est installée entre les trois acteurs. Il faut dire que l’accueil chaleureux et arrosé des habitants du coin a beaucoup contribué à leur proximité.

Cédric Klapisch

En abordant la filmographie du cinéaste on en vient à parler de ses thèmes de prédilection, révélateurs de son inconscient. Souvent, les personnages de son cinéma vivent dans une solitude absolue pour finalement trouver une forme de plénitude dans la vie à deux (Juliette Binoche et Albert Dupontel dans Parisentre autres). Dans son questionnement sur la manière dont les différences entre individus fabriquent un groupe, le couple apparait alors comme une figure de proue vers la collectivité. « N’importe quel couple, c’est apprendre le langage de l’autre » nous assure-t-il et ce, peu importe sa langue. C’est pourquoi une grande marge d’improvisation avait été laissée à Kelly Reilly (Wendy) et Romain Duris (Xavier) dans L’auberge espagnole pour tout ce qui avait trait aux scènes de ménage. Lorsque le ton montait, il n’était pas rare d’observer chez l’un comme chez l’autre un retour à sa langue maternelle. D’ailleurs on retrouve des similitudes dans son dernier film où Jean, marié à une Australienne, prend le temps d’inculquer le français à son fils. Ce sont ces petits détails du quotidien qui font la richesse du cinéma klapischien.

Dans cette quête de transmission et du partage on sent chez Klapisch l’importance de la mixité culturelle et de l’identité nationale. Elles se retrouvent dans la musique de son fidèle compagnon Loïk Dury mais aussi dans ses couples de cinéma souvent bilingues (Xavier/Wendy et Jean/Alicia). À la sortie de Riens du tout, le réalisateur nous expliquait l’avancée d’au moins 30 ans que les États-Unis avaient sur la France, loin de l’époque où Sidney Poitier (Oscar du meilleur acteur en 1964) représentait à lui tout seul la communauté noire. Dans cette réalité à ses yeux arbitraire, il aime bousculer les idées préconçues et décide de les combattre indiciblement en faisant notamment gagner deux Noirs au marathon des Grandes Galeries de Paris. On est en 1991 et à part dans le sport, il y a peu d’occasions de voir une pareille chose. Ce n’est pas rien. Il faudra attendre le milieu des années 90 et la sortie du film La Haine de Mathieu Kassovitz pour qu’une personne de couleur arrive à jouir d’une grosse visibilité (Hubert Koundé). Fuyant les pensées radicales et les propos binaires, Cédric Klapisch reste convaincu qu’il faut maintenir un discours appelant à la nuance. En aucun cas il ne ressent l’envie de militer comme a pu le faire Spike Lee et ce, peu importe la cause. Avec son dernier film, il souhaite surtout montrer que les milieux ruraux peuvent offrir des valeurs ouvertes et représenter une France métissée, loin de la propagande malhonnête du Front National lors de ses dernières campagnes. Il fait alors jouer à l’actrice noire Karidja Touré (découverte dans Bandes de filles) le rôle d’une vendangeuse originaire du Finistère. C’est grâce à ces petits détails du quotidien que le cinéma klapischien a bâti sa force, entre prise de conscience et humour bien senti.

S’il apparaît comme un éternel optimiste, Cédric Klapisch nous assure ne pas en être un. Il se décrit plus comme « un mélancolique avec un fond pessimiste ». Pour lui, « la vie c’est croire en demain ». Ses parents étaient psychologues et son expérience personnelle l’a convaincu du bien-fondé de la parole. La psychanalyse sauve des gens grâce à l’échange qui selon lui est une des fonctions du cinéma. Il faut avertir. « Avertir, c’est prévenir les gens à plusieurs niveaux ». Quand il était gamin, on racontait que la masturbation rendait sourd et pendant des décennies certains enfants l’ont cru malgré l’absurde de la chose. On disait aussi que l’homosexualité était une maladie. « Il ne faut pas diaboliser mais dire la vérité ».

Son prochain film ? Une grosse comédie, nous dit-il. Gageons qu’elle suive le sillon emprunté par ses œuvres précédentes dans l’authenticité de ses engagements tournés vers l’avenir.

(107)

Incrivez-vous à notre infolettre!
Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
Nous détestons les spam. Votre adresse courriel ne sera pas vendue ou partagée avec quelqu'un d'autre. Promis!
Alexandre Blasquez Passionné par les images depuis son plus jeune âge, c’est grâce à ses études en cinéma, de Bordeaux à Montréal, qu’Alexandre a pu parfaire sa culture d’oeuvres anciennes. Toujours la tête dans les nuages, c’est d’abord en musique qu’il voyagera, notamment en Martinique, où il restera 4 ans durant l’adolescence.Une vraie boule d’énergie créative qui aime toucher à tout : du chant à la danse en passant par la décoration de meubles anciens. Éclectique dans l’âme, il affectionne tout particulièrement le cinéma asiatique (Kim Ki-Duk, Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho ou encore Hayao Miyazaki), les cinéastes du Dogme (Vinterberg, Von Trier), ou encore le cinéma social de Ken Loach et des frères Dardennes. La rencontre avec le cinéma québécois a aussi été très forte (Robert Lepage, Robert Morin). Établi à Montréal depuis près de 9 ans, c’est dans un grand magasin qu’Alexandre exerce le métier de visuel. Comme il se plaît à dire, les mannequins sont comme des personnages, on les habillent en fonction de chaque histoire.

Laissez votre commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

5 × 3 =

Bandes-annonces

Archives