RAFIKI : le combat d’une afrique anticonformiste

Kenya, 2018
Note: ★★★ 1/2

Présenté à Cannes dans les catégories Un certain regard et Queer Palm et interdit dans son pays d’origine, le deuxième long métrage de la réalisatrice kényane Wanuri Kahiu, (son premier était From a Whisper en 2008) est présenté par son auteure comme un film du genre Afrobubblegum. Sous une apparence de couleurs vives, de joie et de légèreté, se cache un discours anticonformisme profondément axé sur la différence et l’homosexualité de ses protagonistes.

Rafiki raconte la rencontre et l’amour naissant entre deux jeunes kényanes, Kena (Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila Munyiva). Malgré leurs pères respectifs qui s’affrontent dans une campagne électorale et la position de leurs proches et amis face à l’homosexualité, elles trouveront le temps et l’endroit pour consommer leur amour. Petit village oblige, leurs proches découvriront rapidement leur secret, amenant la famille de Kena à l’église pour une dépossession. Mais de l’eau coule sous les ponts et l’entourage s’y fait. La réalisatrice raconte d’ailleurs qu’elle a dû faire un gros travail de sensibilisation à l’homosexualité avant le tournage du film, auprès des membres de l’équipe, de sa famille et des comédiens.

Inspiré du livre Jambula Tree de Monica Arac de Nyeko, le film propose une cinématographie qui pourrait en rendre plusieurs jaloux. La direction artistique est flamboyante, les plans sont lumineux et la caméra est constamment en mouvement. L’esthétique y est éminemment joyeuse, amenant ainsi une certaine légèreté au propos qui n’est pourtant pas à prendre à la légère selon le gouvernement du Kenya qui a empêché la sortie du film dans son pays. L’homosexualité est en effet très mal vue en Afrique et est souvent perçue comme un envoûtement par le diable. Lorsque des voisines fouineuses découvrent les deux femmes en train de s’embrasser dans un van, celles-ci se font frapper violemment par une foule en colère. C’est dans ce climat d’homophobie que vit au quotidien la réalisatrice et c’est aussi ce qui l’a poussée à faire le film. Les gens issus de la communauté LGBT en Afrique n’ont malheureusement pas toujours la chance que les protagonistes du film de Wanuri Kahiu ont. Certains pays ont adopté des positions très strictes face à l’homosexualité, comme c’est le cas par exemple en Ouganda.

Rafiki fait preuve d’un discours très important sur la différence et sur l’acceptation. On lui pardonne donc plusieurs maladresses narratives et scénaristiques. Les personnages secondaires sont très grossièrement définis. Certains se rapprochent davantage de la caricature, sauf pour le père de Kena qui est probablement le personnage secondaire qui a le plus de substance. Il a d’ailleurs une position moins tranchée sur les actes de sa fille et met rapidement son combat électoral de côté. Le travail sur les deux protagonistes principales est néanmoins très réussi. Les deux femmes sont profondément différentes dans leur tempérament, Kena étant très réservée et Ziki beaucoup plus excentrique. Mugatsia et Munyiva sont aussi d’excellentes actrices. L’attirance et la tension sexuelle sont très présentes, sans jamais tomber dans l’excès, et leur rétention est palpable. C’est aussi une victoire considérable pour les femmes africaines, principalement les kényanes, que de voir une réalisatrice représenter leur pays pour la première fois au Festival de Cannes. Wanuri Kahiu est assurément une réalisatrice à suivre!

Durée: 1h23

Ouvoir.ca

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