RACE [La couleur de la victoire] : Entrevue avec Dominique Séguin et Louis-Philippe Rochon

Race , la couleur de la victoire pour la France, retrace l’épopée incroyable de Jesse Owens, athlète afro-américain qui a participé aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936 alors qu’Adolf Hitler était au pouvoir. Le film sort ce vendredi sur nos écrans et notre collaborateur, Benjamin Sivignon, a rencontré pour l’occasion les producteurs du film Dominique Séguin et Louis-Philippe Rochon pour une entrevue exclusive sur la mise en œuvre du projet. Race [la couleur de la victoire]

Benjamin Sivignon : Pourquoi pensiez-vous qu’il était important de raconter cette histoire aujourd’hui, soit 80 ans après les Jeux Olympiques de Berlin?

Louis-Philippe Rochon : Je pense que la vie de Jesse Owens devait être racontée. Le moment est venu de célébrer ce grand homme et cette grande figure de l’olympisme. Il faut aussi célébrer son dépassement de lui-même, sa détermination malgré les difficultés énormes. Il n’a pas été reconnu à sa juste valeur. Quand il est rentré aux États-Unis, le président de l’époque préparait les élections et ne l’a pas remercié, car il ne voulait pas se mettre les électeurs à dos. Il n’est pas allé à la Maison Blanche. Il a été reconnu par la Maison Blanche de façon posthume.

Dominique Séguin : En fait, on aurait voulu que ça sorte avant. Ça n’avait jamais été fait, mais le synchronisme semble aujourd’hui parfait. On vit dans une époque de plus en plus méfiante et intolérante, il y avait un besoin d’un film comme celui-là. Si le film était sorti avant, il n’aurait peut-être pas la même ampleur, le même impact. Race a rapidement suscité l’intérêt. Il a été pré-vendu partout dans le monde avant même le tournage. Il y a un appétit pour ce genre d’histoire.

Louis-Philippe Rochon : Il ne faut pas oublier que Focus Features qui a acheté le film est relié à Universal et NBC qui est le diffuseur des Jeux Olympiques l’été prochain. Ce sont des choses qui se rejoignent. Mais le film est aussi une réponse à l’actualité. Aujourd’hui, quand on lit les journaux on entend tout le temps parler de xénophobie, d’intolérance. Les gens ont peur des autres. Le film parle de ça, mais dans un contexte différent, à une époque autrement plus difficile. Ça peut faire réfléchir. Et puis c’est aussi l’histoire de cet homme extraordinaire qu’est Jesse Owens.

 

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Benjamin Sivignon : Comment s’est monté le projet?

Dominique Séguin : Le producteur Luc Dayan est un médecin de formation, un entrepreneur et il travaille dans le domaine sportif.

Louis-Philippe Rochon : C’était l’un des premiers médecins à utiliser certaines technologies pour décrypter en profondeur l’athlétisme pour comprendre les blessures liées à ce sport en particulier. Il a toujours été fasciné par l’athlétisme et par Jesse Owens. Il a décidé qu’il fallait le faire.

Dominique Séguin : Il y avait déjà un court-métrage intitulé Tribute to Jesse Owens qu’il avait produit et qui avait gagné quelques prix. Il a rencontré Jean-Charles Levy de Forecast qui est venu me parler du projet. Je ne connaissais pas bien la vie de Jesse Owens mais je savais tout de même que c’était un grand athlète. Ça m’intéressait d’en savoir un peu plus. On est allé trouver le réalisateur Stephen Hopkins et les scénaristes. On est restés rattachés en tant que producteurs de post-production. Ça devait être un petit budget à la base, mais le projet a pris de plus en plus d’ampleur et a finalement couté 30 millions de dollars.

 

Daniel St-Hilaire & Hank Palmer

Daniel St-Hilaire, consultant sportif de Race, la couleur de la victoire & Hank Palmer

Benjamin Sivignon : Où a été tourné le film? Dans quelles conditions?  

Louis-Philippe Rochon : Le film a été tourné pendant six semaines à Montréal et à Longueuil. Les athlètes que l’on voit dans le film sont tous québécois. On a d’ailleurs créé une piste d’athlétisme à Longueuil sur un terrain où était entreposée la neige. Race a été également été tourné trois semaines à Berlin. Toute la post-production a été effectuée au Québec.

Benjamin Sivignon : Le film relevait-il du défi technique, en particulier les scènes dans le stade olympique de Berlin recréé par ordinateur… Cela explique-t-il pourquoi il n’avait pas été fait plus tôt?

Dominique Séguin : Pas vraiment, personne n’y avait jamais vraiment pensé, je crois. Et puis, il faut bien dire que des films sur la condition des noirs ne sont pas si courants. Il y a eu récemment 42 (2013) ou encore Selma (2014), mais ça reste plutôt rare. Et puis l’autre raison est que Jesse Owens est un homme authentique, sincère et tolérant. Il n’y avait rien de réellement scandaleux et cela peut être difficile de raconter une histoire au cinéma sans réel élément perturbateur.

Louis-Philippe Rochon : Ce qui nous a beaucoup aidés aussi, c’est que la famille Owens était avec nous dès le départ. D’avoir cette caution pour nous accompagner, c’était très important. La fondation a soutenu le projet dès le début. 

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Benjamin Sivignon : Quel a été le plus gros défi?

Louis-Philippe Rochon : Beaucoup de défis, beaucoup de tâches à accomplir. Au niveau des effets spéciaux par exemple, il y a 750 plans d’effets visuels dans le film. Donc le réalisateur a rapidement dû travailler avec l’équipe des effets spéciaux. Tout a commencé en mars 2014, on a fini de tourner en septembre et après il y a eu toute la post-production. Ce n’était pas un projet simple. Quand quelque chose paraissait simple, on se méfiait plus qu’autre chose! Il a fallu se battre comme Jesse Owens s’est battu.

Dominique Seguin : Ça a été une succession de défis, mais tout le monde y croyait fort.

Louis-Philippe Rochon : Si on devait le refaire, on le referait!

Si l’on peut regretter un certain classicisme dans la narration, Race a quelques atouts indéniables comme sa distribution internationale et sa facture visuelle de très grande qualité. La réussite du film doit cependant quasiment tout à son récit incroyable visiblement taillé pour le cinéma. L’épopée de Jesse Owens est une histoire d’exemplarité, de courage et de dépassement de soi face à l’adversité. Nul doute que Race fera parler de lui grâce à l’universalité de son propos qui fait encore écho aujourd’hui.

Auteur: Benjamin Sivignon

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