Que Ta Joie Demeure

Malgré un montage encore trop abstrait, une autre proposition originale et intéressante de Denis Côté. ♥♥♥

Depuis sa participation au Jeonju Digital Project en 2010, Denis Côté semble avoir pris des notes sur la méthode de travail de James Benning. Si celle-ci semblait transparaître à divers niveaux à plusieurs moments dans Bestiaires, elle plane également, mais de manière plus subtile, dans son dernier film, Que Ta Joie Demeure. Décris par l’auteur comme une allégorie sur le travail, Côté va simplement filmer des ouvriers au travail, en pause, au repos, en alternant les moments de répétitions machinales et de représentation brute avec avec des dialogues à l’aspect tantôt sérieux, tantôt ludique.

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Comme nous avons l’habitude avec Denis Côté, le plan est au cœur de l’œuvre. Les cadrages rigoureux et savamment calculés façonnent le film à eux seuls et donnent l’impulsion nécessaire aux différents gestes en apparence banals. Cette précision chirurgicale (appuyée par un travail sonore de première force) fait en sorte que les machines semblent presque répondre aux humains qui les exécutent. Loin d’être une charge à fond de train contre le travail industriel, le film se veut davantage un hommage à l’ouvrier et une incursion dans son milieu. Les acteurs sont subtils, mais prennent leur place peu à peu dans le film pour devenir très théâtraux. Comme Denis Côté en a le secret, nous sentons les frontières entre le documentaire et la fiction s’entrechoquer habilement tout au long du film avec un résultat très déstabilisant pour le spectateur. La méthode du film s’inscrit dans la lignée des oeuvres plus pointues du réalisateur (Carcasses ou Bestiaires), mais toujours avec les touches d’humour décalé qui font sa marque depuis les tout débuts.

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 Les personnages sont en ce sens une composante essentielle du film en y ajoutant une saveur inattendue et une couleur qui leur est propre. À la manière de l’inoubliable Jean-Paul Colmor de Carcasses, ils ont tous une  personnalité bien campée et très originale. Les dialogues se transforment avec eux au fur et à mesure que l’œuvre progresse pour prendre de plus en plus d’importance au sein du film et à travers un excellent jeu d’acteurs et un travail d’écriture savoureux, le spectateur est peu à peu sorti de sa zone de confort dans la seconde portion du film.

Un peu comme avec Bestiaires toutefois, on a l’impression que le film souffre de son montage. Les plans semblent en effet d’une longueur trop abstraite et l’ensemble est parfois confus ; certains plans auraient gagné à être amputé, d’autres auraient pu être plus exploités. Même si cet aspect semble avoir été moins négligé que dans Bestiaires, le montage gagnerait à respirer davantage, en ayant possiblement pour résultat un film plus équilibré (à 72 minutes, celui-ci pourrait aisément être allongé sans risquer pour l’intérêt du spectateur). Reste qu’encore une fois, il s’agit d’une proposition fort étonnante et intéressante de la part d’un des cinéastes les plus pertinents du cinéma québécois contemporain.

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