Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence: la comédie de l’absurde qui fait mouche

France/Allemagne/Norvège/Suède, 2015

Note:★★★

Lauréat d’un Lion d’or à la Mostra de Venise, Un pigeon perché sur une branche  philosophait sur l’existence est le dernier volet d’une trilogie entamée avec Chansons du deuxième étage et Nous les vivants  il y a déjà quinze ans par le Suédois Roy Andersson qu’Ingmar Bergman a qualifié de plus grand réalisateur de films publicitaires au monde.

Une fois n’est pas coutume, il n’y a pas vraiment d’histoire racontée dans ce dernier opus si ce n’est le parcours d’un duo de vendeurs de farces et attrapes et leurs mésaventures, que l’on suit ici et là, tandis que d’autres saynètes viennent se juxtaposer au tout en faisant écho à une des thématiques chères au réalisateur: comment exister en tant qu’être humain? Dès l’ouverture du film, le ton est donné par le biais de trois rencontres avec la mort. C’est froid et implacable dans l’esthétique, néanmoins l’humour, certes grinçant, vient contrebalancer cette peinture plutôt sombre d’une société, mélangeant des personnages venus d’une autre époque, accentuant le caractère décalé de l’oeuvre. En outre, la minutie dans les couleurs et les détails dans la composition de plans fixes très théâtraux passent aussi par la direction d’acteurs, plutôt épurée et monotone, ce qui contraste avec l’action en tant que tel. Leur jeu s’apparente au mime (peu de dialogues) et offre ainsi des prestations rappelant le théâtre burlesque, les vendeurs de farces et attrapes étant physiquement parlant plus proche du croque-mort que du clown. C’est alors tout un travail sur le rythme qui s’observe.

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence : Photo Charlotta Larsson
l’absurdité du langage par l’image

Pas de mouvements de caméras ou encore d’effets stylistiques redondants, l’action se situe réellement dans le cadre, avec comme récurrence un élément perturbateur, créant ainsi un décalage et le rire par la même occasion. Cela peut se manifester par l’utilisation du son diégétique (bruit de mixeur dans une cuisine) en opposition avec celui extra-diégétique (oeuvre de musique de chambre) ou encore par la phrase je suis content que vous allez bien, je dis que je suis content que vous allez bien, que répètent certains personnages aux prises avec des doutes, cherchant à se rassurer eux-mêmes. Ce leitmotiv, lié à la métaphore du singe, nous renvoie alors à ces gestes que l’on place par instinct, voire automatisme, dans la vie de tous les jours et, de fait, à nos propres erreurs. Ainsi le comique de situation fonctionne plutôt bien dans cet univers fantaisiste (scène de la rôtisserie musicale), en proie à de multiples questions existentielles, où le bar semble être le lieu parfait pour ces brèves de comptoir intemporelles.

Même si de prime à bord les personnages d’Andersson apparaissent antipathiques, il émane de son oeuvre une certaine poésie chaleureuse provoquée par le portrait au vitriol de ces derniers qui, grâce au rire, nous soulage des maux de notre société. Le ton, alors radical, confirme incontestablement la présence du réalisateur dans cette famille du cinéma scandinave (l’islandais Benedikt Erlingsson avecWoman at war et le Norvégien Bent Hamer et son superbe Kitchen stories), qui croque des personnages au teint blafard mais pourtant hauts en couleurs en étudiant tous nos travers du quotidien.

Durée: 1h41

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