Pays : Politique au féminin

Après s’être rendu à Cannes en 2013 grâce à son premier long-métrage, Sarah préfère la course, présenté en sélection officielle dans la catégorie Un certain regard, la jeune réalisatrice Chloé Robichaud, également derrière la web-série Féminin/Féminin, revient avec un second long-métrage. Pays, un film qui a longtemps mijoté dans l’esprit de sa créatrice, est une œuvre plus ambitieuse et mature, signe que la patience porte ses fruits.♥♥♥½

Passionnée par l’univers féminin, Robichaud présente dans ce nouveau film trois femmes du milieu politique dont les destins se croiseront lors d’un voyage d’affaire visant à négocier un projet d’exploitation minière par une firme étrangère, en l’occurrence canadienne. Ce voyage aura lieu sur les terres de Besco, le pays imaginé par la cinéaste, où vivent quelque 150 000 habitants sur une île près du Labrador.

La première des trois protagonistes est la présidente de Besco, Danielle, une femme intègre, qui tient à ses valeurs, aux prises avec une crise économique dont l’impact pèse lourdement sur ses épaules. La seconde, Félixe, est une jeune députée idéaliste canadienne, en mission politique, qui vit une désillusion lorsqu’elle est confrontée aux dures réalités de son métier. Enfin, la troisième, Emily, est la médiatrice internationale qui a comme tâche de gérer la négociation entre les deux parties.

Il est important de souligner tout d’abord les performances des trois actrices principales, la vétérane Macha Grenon dans le rôle de Danielle, la jeune venue Nathalie Doummar dans le rôle de Félixe et l’Ontarienne Emily Vancamp, faisant maintenant carrière à Hollywood, dans le rôle d’Emily. Toutes trois offrent des performances solides, tout en finesse et en contrôle. Elles réussissent à apporter une personnalité et une humanité complexes à des personnages à la base déjà très bien écrits par Chloé Robichaud.

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En plus d’avoir écrit un scénario bien ficelé, Robichaud fait également preuve d’un grand savoir-faire technique. La réalisation est maitrisée. Avec habileté, elle utilise différents effets stylistiques originaux comme le travelling optique (zoom) ou le travelling latéral ultra rapide. Le montage est également inventif et elle propose plusieurs cadrages intéressants. Les joutes verbales de négociation dans le gymnase d’une école primaire sont particulièrement bien articulées, accompagnées d’une musique jazz, et d’une touche d’humour subtile, pince-sans-rire.

La dimension politique du film est abordée avec intelligence et finesse. On sent qu’il y a un grand travail de recherche fait au préalable par Robichaud pour conférer crédibilité à son propos. Dotée d’une conscience environnementale et humaniste, elle propose des questionnements intéressants sur le développement durable et aussi une critique juste du machisme en politique, critique on ne peut plus pertinente aujourd’hui au lendemain de la défaite d’Hillary Clinton à la course à la présidence américaine.

Au delà de tout cela, Chloé Robichaud utilise la politique pour s’intéresser à l’humain, plus précisément, à la femme. En parallèle au conflit politique qui les unit, la cinéaste montre ses héroïnes dans leurs conflits personnels et identitaires et c’est finalement ce qui est le plus intéressant.

Il est évident que Robichaud aurait préféré que la sortie de son film coïncide avec l’entrée au pouvoir d’une femme à la Maison Blanche… Néanmoins, le film ne perd pas de sa force. Il montre que les femmes sont prêtes et doivent prendre leur place, autant en politique qu’au cinéma.

Auteur: Jules Couturier

Ne manquez pas notre entrevue avec Chloé Robichaud, Macha Grenon et la distribution:

 

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