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Patients : L’humour au cœur du drame avec Grand Corps Malade

Patients : L’humour au cœur du drame avec Grand Corps Malade
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Grand Corps Malade, de son vrai nom Fabien Marsaud, est bien connu dans toute la francophonie comme étant un pionnier du slam. Il est, sans aucun doute, le principal nom associé à ce genre de musique. Aujourd’hui, après cinq albums acclamés et plusieurs centaines de concerts, le célèbre slammeur s’aventure dans un différent média, le cinéma. Avec l’aide de son complice de toujours Mehdi Idir, il a réalisé l’adaptation cinématographique de son roman autobiographique, Patients.

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Dans le cadre de la campagne de promotion du film, le grand slammeur, son acolyte Mehdi Idir et l’acteur principal du film Pablo Pauly, étaient à Montréal. Cinémaniak en a profité pour les rencontrer et leur poser quelques questions.

Grand corps malade
Crédit photo: MK2 l MILE END
Grand Corps Malade a été victime d’un malheureux accident de plongeon dans une piscine en 1997 alors qu’il n’avait que vingt ans. Il a passé l’année suivante dans un centre de rééducation où il a réappris à marcher. Le film, à travers le personnage de Ben, raconte cette année de rééducation.

Nous avons demandé au principal intéressé d’où venait ce besoin de raconter cette histoire au cinéma après l’avoir écrite dans son roman homonyme quelques années plus tôt en 2012. L’artiste nous a répondu qu’il avait envie de toucher un autre média, une autre discipline. C’était pour lui aussi un grand défi artistique que de réaliser un film. Il en a donc discuté avec son ami de longue date et réalisateur de ses vidéoclips Mehdi Idir. Ils se sont dit qu’avec le cinéma, ils pourraient toucher potentiellement encore plus de gens qu’avec un livre. « Après tout, cette histoire n’est pas seulement la mienne mais celle de tout les gens dans ce type de centre, de tout ceux qui doivent vivre avec un handicap. C’est quelque chose dont on ne parle pas beaucoup et on trouvait important de la raconter et de la diffuser de manière à ce qu’elle puisse rejoindre le plus de gens possible. »

Une fois le film terminé, l’équipe est allée le présenter dans le centre de rééducation où le tournage a eu lieu. L’acteur principal, Pablo Pauly, se remémore « beaucoup de rires, quelques larmes, des yeux humides ». Grand Corps Malade ajoute : « On a reçu beaucoup de beaux témoignages… C’était émouvant car les gens qui étaient là ont tous participé au film. Tous les figurants dans le film sont réellement des patients du centre. On est donc venu leur présenter notre travail collectif. De plus, on racontait un peu leurs histoires, celles des patients d’un centre de réadaptation. Après le visionnement, on nous a dit que le film sonnait vrai, que tout était juste, autant l’atmosphère du centre que les gestes des patients ou des infirmières. Nous avons donc été rassurés par les premiers concernés ».

En parlant de la réalité des centres de rééducation pour handicapés, Grand Corps Malade souligne la place qu’y occupent l’humour et l’autodérision. Il était donc très important pour lui de transmettre cet aspect dans le film, ne pas laisser le drame prendre toute la place. « Il y avait une volonté absolue de ne pas tomber dans le pathos. On avait envie de faire rire avec le sujet, d’autant plus que l’humour existe dans ces centres-là. On voulait rendre la vérité et la vérité est que l’on rigole beaucoup en centre de rééducation même si la vie est dure et le drame permanent. Il y a toujours une bonne dose d’autodérision chez les patients ».

Pour Pablo Pauly, l’acteur qui incarne Ben, la préparation pour le rôle de ce tétraplégique incomplet a nécessité beaucoup de travail. « Il a fallu que je perde un peu de poids pour être plus faible physiquement. À partir de là, le timbre de ma voix a suivi. » Heureusement, précise-t-il, il a été très bien épaulé par ses deux réalisateurs, qui l’ont guidé, lui ont présenté les bonnes personnes et, surtout, ont cru en lui. « Ils ont mis en place les bonnes personnes pour que je puisse avoir les bonnes informations. Après, il a fallu que je me prépare de mon côté : prendre des notes, filmer des gestes de patients et aussi voler beaucoup de gestes à Fabien. »

Grand corps malade
Crédit photo: MK2 l MILE END

L’expérience de coréalisation s’est très bien déroulée, notamment parce que Fabien Marsaud et Mehdi Idir savent bien travailler ensemble. Ils le font depuis longtemps, Mehdi réalisant toujours les vidéoclips de Grand Corps Malade. Ils ont leurs habitudes de travail et, surtout, ils sont de très bons amis. Pablo Pauly explique : « Habituellement, être dirigé par deux personnes est un peu compliqué. Ils donnent des indications contradictoires. Mais dans le cas du tournage de Patients, ce n’est jamais arrivé. Fabien me disait quelque chose puis Mehdi arrivait derrière et me disait la même chose à la virgule prêt ».

Évoquant cette expérience de tournage, Mehdi Idir en profite pour nous parler un peu des distinctions entre tourner un vidéoclip, ce à quoi il était habitué, et un long-métrage, une première pour lui. « Pour un long-métrage, il y a de l’argent. Pour un vidéoclip, par contre, il n’y a pas d’argent. Ça impose une rigueur dans ton travail. Tu es obligé de travailler beaucoup plus, mieux gérer ton temps, être plus précis dans ton découpage, dans tes scènes, etc. Du coup, c’est ce qu’on a fait aussi pour le film : on s’est imposé cette même rigueur. Sur un clip tu fais tout par toi-même, le stylisme, le montage, les costumes, tout ! Au cinéma, pour chaque détail, il y a quelqu’un de spécialisé. »

Le film se déroulant en 1997, une reconstitution d’époque était nécessaire même si toute l’action prend place à l’intérieur du même établissement. « On s’est amusé à recréer cet univers de la fin des années 1990, explique Grand Corps Malade, autant sur le plan musical, avec le hip-hop de l’époque, qu’avec les vêtements, de marque Fila ou Champion, jusqu’aux plus petits détails comme les téléphones, les posters aux murs, etc. C’est un film d’époque mais d’une époque qu’on a connue. C’était amusant de replonger dans nos souvenirs. »

Au sujet du slang, de la manière de parler des personnages du film, en majorité des jeunes, les trois interviewés nous disent que cette façon de parler n’a pas trop changé entre cette époque et aujourd’hui. Selon Mehdi, « cette manière de parler est restée, la base est la même. C’est sûr que quelques expressions qui n’existaient pas à l’époque se sont ajoutées, et il fallait être vigilant pour les attraper au vol quand les acteurs improvisaient un peu puisqu’on ne pouvait pas les inclure si on voulait rester fidèle à l’époque, mais en général la façon de parler est assez similaire ».

Bref, à voir la complicité qui règne entre les trois acolytes durant l’entrevue, les rires et les moqueries qui s’échangent, on ne doute pas une seconde que l’expérience de tournage fut, comme ils le disent, très agréable. Le résultat de cette camaraderie : un film drôle, sincère et très humain.

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Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
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Jules Couturier Entre Jules Couturier et le septième art, c’est une histoire qui dure depuis toujours. Du plus loin qu’il se rappelle, le cinéma l’a toujours fasciné. La critique de cinéma est un prolongement de son discours intérieur. Ouvert à différents genres, il a toutefois une préférence pour les œuvres présentant des personnages issus de cultures marginales, rebelles, des personnages en transformation, confrontés à des expériences initiatiques, animés d’une révolte ou d’un désir de dépassement. Il est adepte d’un cinéma de l’espoir, pourrait-on dire, qui enrichit la réflexion sur la condition humaine sans sacrifier pour autant au plaisir ou au divertissement. Il complète actuellement des études universitaires en écriture de scénario et en création littéraire. Objectif : entretenir sa flamme pour le cinéma.

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