Pas d’or pour Kalsaka : Le Burkina Faso pillé

Burkina Faso, 2019
Note: ★★★

Pour son 3e long métrage documentaire, le réalisateur burkinabé Michel K. Zongo part à la rencontre des habitants de Kalsaka pour documenter l’impact socio-environnemental de l’exploitation des gisements d’or.

Kalsaka Mining SA

C’est sur une entente entre l’État du Burkina Faso et la compagnie minière britannique Kalsaka Mining SA, dans un reportage présenté à la télévision, que le film s’ouvre. 40 emplois directs, 23 millions en francs CFA au profit du budget de l’État, 1,8 milliard au fonds minier de développement local, c’est ce que promet cette compagnie minière. Aveuglé par cette opportunité de développement et par ces possibles richesses, l’État ferme les yeux sur ce qui deviendra un désastre environnemental et sociologique. Après quelques années à creuser les sols burkinabés, ces compagnies minières quittent en laissant derrière elles des trous énormes, des champs de cultivateurs dévastés rendus infertiles, des citoyens brisés et en colère, ainsi que des sources d’eau potable contaminées.

Les séduisants avantages de l’exploitation minière

Dans un discours prononcé lors de l’inauguration de la mine, un membre du gouvernement énumère les avantages de cette association : « Au niveau du développement local, Kalsaka Mining SA mettra à la disposition des laborieuses populations de Kalsaka, des infrastructures socio-économiques telles que des écoles, des dispensaires, des microcrédits pour les femmes et un centre de loisirs. 860 millions de francs CFA sont destinés à la préservation de l’environnement ». C’est dire qu’on leur vend un rêve. C’est d’ailleurs ce que s’amuse à raconter le crieur public au travers de courts segments où il s’adresse directement au spectateur tout au long du film.

Dès l’implantation de cette société minière dans le secteur de Kalsaka, le gouvernement réquisitionne les terres aux cultivateurs, compensant leurs pertes de manière dérisoire, et laissant par la suite des déserts de pierres et de terres infertiles.

« J’ai hérité de ce champ de mon grand-père et on me l’enlève de cette manière. L’activité minière a fini par détruire nos champs. Avec comme conséquence que la terre n’est plus fertile. Ils sont venus et nous ont forcés à cesser notre activité. Ils sont venus gâcher nos vies. Et ils sont repartis en nous laissant dans la misère » nous raconte un agriculteur en colère, à qui l’on a volé le champ, mais aussi l’honneur.

Des répercussions dévastatrices

Les répercussions de ces exploitations minières ne s’arrêtent pas à la destruction des champs et des brousses, sur lesquels des arbres fruitiers poussaient et des animaux sauvages vivaient. Plusieurs villageois logés près des mines ont vu leur maison se fissurer à cause des dynamitages et n’ont jamais été dédommagés. D’abord fier de reconnaître la chance qu’il lui a été donnée de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille grâce au travail à la mine, un autre homme prend un ton plus morose lorsqu’il nous raconte s’être blessé en y tombant. En effet, il y a eu des complications liées à cet accident, obligeant les médecins à lui amputer la jambe. Ses employeurs n’ont jamais voulu admettre que sa blessure était survenue au travail, il s’est alors retrouvé dans l’incapacité à se défendre en raison de son analphabétisme.

Par ailleurs provoqué par ces mines, le pire désastre écologique vécu par les villageois est sans contredit la contamination de l’eau potable. Plusieurs analyses d’eau ont été faites tout au long du processus, cependant, les paysans n’ont jamais eu accès aux résultats. Ils ont été gardés dans l’ignorance, traités comme des moins que rien. Certains disent que ces excavations ont même créé un assèchement des nappes phréatiques, sources d’eau potable pour plusieurs puits des villages.

L’exploiteur blanc

« La colline appartient à nos ancêtres » nous raconte une femme en prenant une pause d’orpaillage. « Le Blanc arrive et on devient des mendiants. L’orpaillage a toujours été notre principale activité. Je suis née ici, j’ai grandi ici, et j’ai pratiqué l’orpaillage jusqu’à mon mariage. Je ne sais rien faire d’autre » termine-t-elle, plongeant son regard dans l’eau de rive tout en tentant de retenir une douloureuse tristesse. C’est à tous ces honnêtes gens que ces mines ont volé la richesse de leur territoire.

Ce film de Michel K. Zongo révèle une exploitation injuste et malhonnête des ressources africaines par les pays développés, signe que le Dieu-profit persiste comme moteur des gestes les plus inhumains. Le film sera présenté gratuitement dans le cadre du festival Cinévert sur la plateforme Tënk.ca du 26 janvier 19h au 29 janvier à minuit.

 

Bande annonce originale:

Durée: 1h20

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