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ORIGAMI : poignante mise à l’épreuve du temps

ORIGAMI : poignante mise à l’épreuve du temps
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Six années après le film JALOUX, le réalisateur québécois Patrick Demers s’intéresse au temps qui se plie comme un origami, pour son second long-métrage. On dit toujours que le temps passe, linéaire, inéluctable, on s’en fait une raison dans nos vies, y compris en matière de littérature & d’histoires racontées au cinéma, mais lorsque le cours de la vie heurte l’insurmontable : que se passe-t-il dans le cerveau d’un Homme?

Avec ORIGAMI, présenté dans le cadre du Festival  de Cinéma de la ville de Québec, on entre dans la tête de David dont la quête des souvenirs et la réparation d’un seul sont quasiment l’unique objet du film. Vous vous dîtes que c’est assommant, rébarbatif, que vous avez presque déjà vu ça, mais vous avez tort cette fois-ci, parce qu’on découvre, au même moment que celui dont on suit la pensée, la prise de conscience du tragique de la situation (tirée d’un fait divers).

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En fait, le spectateur est en temps réel « embarqué » avec le personnage dans sa trajectoire mentale, dans ses déplacements (lieux & temps), dans ses prises de décisions solitaires. Alors on se met à vouloir aider David, on parcourt avec lui diverses versions possibles sur sa ligne de vie, on y croit, on se dit qu’il va sublimer l’ingérable vérité, que sa capacité à aller explorer le futur va éclairer ce passé torturant, qu’il va réussir à réécrire l’histoire pour rattraper sa vie, à s’accorder un présent joyeux, et on veut que ça lui arrive, coûte que coûte, au complet. On se surprend à penser qu’il le mérite…

Origami
Crédit photo: Festival de Cinéma de la ville de Québec

Si on s’attache autant au personnage de David, pourtant silencieux et assombri de fait (& quel fait !), c’est en partie grâce à François Arnaud qui parvient à captiver sans pathos, qui suscite l’émotion à travers une sobriété de réactions sans égale et un jeu si précis que cet acteur est même capable de prendre en compte une mouche qui passe (!) sur le plateau de tournage lors du repas avec son père de fiction, Normand D’Amour.

Quant à lui, Normand D’Amour, il campe un fabuleux père tendre et désemparé dont on retiendra le monologue dans le garage, notamment pour ce qu’il y dit : « Fais le tour du Monde, sauve-toi ! » et surtout « un père, c’est normal que ça pense à ses enfants », qui sont comme deux clefs-maîtresse à la survie du fils.

L’épouse de David, Valérie, c’est Alexa-Jeanne Dubé qu’on voit assez peu à l’image, mais qui marque durablement par sa justesse expressive et son élégante façon de séduire (au sens noble et premier du terme – elle sait « conduire à soi ») la première fois, lors de la rencontre amoureuse puis la seconde fois au moment des retrouvailles forcées avec David, sans évoquer les doux plans où elle est mère.

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On peine à estampiller le film : catégorie « science-fiction », étiquette « drame psychologique », référencement « thriller fantastique »? Au diable les catégories ! Il faut par-dessus tout voir ce film, non pas dans une narration horizontale, mais plutôt dans une immersion en verticalité, chaque pli des réminiscences créant une épaisseur qu’il nous faudra traverser de bas en haut ou de haut en bas, le monteur-réalisateur montrant un chemin sûr : pensez à ce qu’est un origami…

Cependant, ne cherchez pas trop à relier l’intimité du drame qui se vit avec le Japon, les théories habituelles du voyage dans le temps, les légendes nippones ou la calligraphie (qui est le métier du personnage principal) car au cœur du récit, réside la tragique émotion, pas du tout science-fictionnelle : il est avant tout question d’un possible ou non-rédemption d’une âme.

Ce voyage palpitant, malgré un rythme assez lent, explore toutes les directions du temps. Puis il s’achève, volontaire, en une course éperdue vers une libération, qui finalement, nous apaise, même si on reste, spectateurs, avec la terrible, mais vivifiante question :  existe-t-il vraiment, au monde, en chaque moment crucial, pour chaque individu, un point de non-retour?

Auteur: Pauline Guilmot

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