Mr. Roosevelt : Quand la colère et le deuil précipitent la croissance

États-Unis, 2017
Note: ★★★ 1/2

Souvent, lorsqu’on est fâché, cela en dit plus sur nous-même que sur la personne qui provoque notre réaction. D’où provient notre mécontentement? Est ce qu’on a réellement raison d’être en colère contre quelqu’un, ou faudrait-il plutôt regarder à l’intérieur de nous-même pour dépister un problème plus profond? Ce sont les questions que je me posais en regardant Mr. Roosevelt, écrit et réalisé en 2017 par Noël Wells, qui incarne également le personnage principal. C’est l’histoire de Emily, comédienne qui habite à LA et qui a beaucoup de difficulté à se trouver un emploi. On voit tout de suite que c’est un enfant dans un corps d’adulte: elle est charmante et joviale, mais également maladroite et incapable de faire des compromis. Elle n’a pas la meilleure estime de soi, et utilise l’humour comme mécanisme de défense, comme lui fait d’ailleurs remarquer un autre personnage dans les premières minutes du film.

La petite routine de Emily est bouleversée lorsque celle-ci reçoit un appel de son ex-copain, Eric (Nick Thune), qui habite à Austin, Texas. En la voyant parler au téléphone, on comprend immédiatement que quelqu’un qu’elle aime beaucoup est malade et n’a plus beaucoup de temps à vivre – c’est son chat, Mr. Roosevelt. Lorsque Emily arrive à Austin, le chat est déjà décédé, et elle est maintenant forcée à passer quelques jours dans son ancienne ville, le temps de s’occuper des funérailles. Le punch? Elle doit habiter avec Eric et sa nouvelle copine, Celeste (Britt Lower), qui semble être parfaite dans tous les sens du mot, au point d’irriter Emily dès leur première interaction.

C’est le début de beaucoup de prises de conscience pour Emily, et d’une longue période de déni. Le fait la frappe en plein visage: elle n’est pas aussi spéciale qu’elle croyait l’être. On repense à quelque chose qu’elle dit au tout début du film, quand elle explique qu’elle est partie de Austin car elle trouvait que le monde là-bas n’avait pas d’ambitions. Pourtant, Eric et Celeste ont l’air d’avoir tout accompli: des carrières payantes, une belle maison, beaucoup d’amis qui les adorent, et surtout, une relation amoureuse saine et stable. Emily, elle, n’a pas d’emploi permanent, et sa plus grande réussite est une vidéo comique qu’elle a fait il y a déjà quelques années et pour laquelle elle est lasse de se faire reconnaître.

Une autre grande source de peine est le fait que Eric a beaucoup changé depuis la dernière fois qu’ils se sont vus. On comprend que Emily se sent expédiée de la vie de son ex-copain: leur ancienne maison ne se ressemble plus, toute trace de son existence ayant été effacée pour laisser place à l’influence esthétique de Celeste. Toutes les possessions que Emily avait laissées derrière elle sont enfermées dans un cabanon dans le jardin, côte à côte avec les instruments de musique d’Eric, qu’il n’utilise plus car il est en train de devenir agent immobilier. Le symbolisme est lourd: tout leur passé ensemble s’est retrouvé à l’extérieur, dans une pièce sombre avec un cadenas sur la porte, loin de la maison et donc de l’espace intime d’Eric. De plus, en mettant de côté ses instruments de musique, il a abandonné son rêve d’être artiste. Il suit une vocation considérée comme étant plus sérieuse, ce qui a l’air de déranger Emily et de la faire se sentir inadéquate, elle qui chasse encore son rêve de devenir comédienne. Elle se retrouve dans un double deuil: son chat est mort, et son passé avec son ex-copain est loin derrière eux.

Malgré le fait que le film soit une comédie, Mr. Roosevelt passe beaucoup de temps à explorer le chagrin sous toutes ses formes. Notamment, une idée centrale est le partage du deuil: l’idée qu’on n’est pas seuls à vivre une perte lorsqu’un être cher meurt, et c’est beaucoup plus facile de guérir et alléger notre peine si on crée des liens avec les autres personnes touchées. Souvent, lorsqu’on perd quelque chose, on a tendance à se recentrer sur nous-même: on pense que c’est nous qui souffrons le plus, que les autres ne comprennent pas par quoi on passe. Bien évidemment, c’est faux. On vit tous des pertes, c’est une partie naturelle de la vie, et communiquer avec les autres est bénéfique car cela nous fait réaliser non seulement qu’on n’est pas seuls, mais que la vie continue malgré nos peines et douleurs, et les personnes qui nous entourent peuvent nous aider à en profiter au maximum. Dans une scène clé du film, Celeste et Eric organisent un brunch pour honorer la mémoire de Mr. Roosevelt. Emily, après s’être isolée dans un coin et avoir mijoté dans sa colère, interrompt les festivités en accusant tous les invités d’être faux et égocentriques, et de n’être venus au brunch que pour avoir une raison de s’amuser, et de faire des publications sur leurs réseaux sociaux. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux ne connaissaient même pas Mr. Roosevelt. Ce qui échappe à Emily, c’est que cette foule est bien réunie pour honorer la mémoire du chat – seulement, pas de la façon qu’elle voudrait. C’est une célébration de la vie, un signe qu’elle continue malgré un événement malheureux; et même si certains invités n’avaient pas spécifiquement connu Mr. Roosevelt, ils ont connu leurs propres deuils, et ils sont venus au brunch par solidarité face à Celeste.

C’est en niant ces faits que Emily s’empêche de grandir, et c’est en les acceptant qu’elle aura sa fin heureuse. Tout le long du film, elle cherche à retrouver un passé qui n’existe plus: son lien avec Eric, ou encore la ville d’Austin telle qu’elle était quand elle habitait encore là. Pourtant, tout est impermanent, incluant nous-même, et on ne peut pas s’attendre à être la même personne à tout jamais.

En se concentrant surtout sur le point de vue de Emily, Mr. Roosevelt nous rappelle cette tendance qu’on a souvent de voir le monde seulement à travers nos propres yeux. En tant que spectateurs, on est poussés à nous associer à Emily et à détester Celeste. Mais qu’est ce que cette dernière a réellement fait de mal? C’est une personne comme les autres, elle a sa propre version des choses, ses propres sentiments. Elle n’est pas méchante ou mal intentionnée: elle a juste une autre vision du monde. Alors, pourquoi Emily est-elle si fâchée? Est-elle réellement une victime dans ce scénario? Au début, on sympathise avec elle, on comprend sa peine et sa colère, puisqu’on a déjà été là nous aussi. Puis, à force de la voir répétitivement frapper un mur en rapportant tout à elle-même, on comprend d’où vient le problème et on a juste envie de lui crier de grandir. En fait, personne ne lui a rien fait de mal: elle est en colère avec elle-même, avec son incapacité de passer à la prochaine étape.

Honnête, optimiste, et humoristique, Mr. Roosevelt est un excellent portrait de ce qui nous rend unique, ainsi que des expériences universelles qui nous unissent et sont au cœur de nos communautés. C’est un film sur l’humain en tant que microcosme, qui valide nos sentiments les plus personnels et profonds, tout en nous rappelant l’importance d’avoir une famille, peu importe si celle-ci est représentée par notre partenaire amoureux, nos amis, ou même un petit chat qui porte le nom d’un président.

 

Bande annonce originale anglaise:

 

Durée: 1h30

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