A most violent year [L’année de toutes les violences]

A most violent year: Le parrain 2.0 – ♥♥♥♥

New York – 1981. L’année la plus violente qu’ait connu la ville. Le destin d’un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l’époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.

L'année_de_toutes_les_violences_afficheLe titre original dévoile à lui seul la clef  du film : tout est question de nuance. On est «la plupart du temps» honnête, mais toute règle est faite pour être détournée, selon les circonstances. Il sera donc question du cartel de l’essence à New-York où chacun se tape dans le dos d’une main en essayant de se détruire de l’autre. On suit Abel, 5 ans après qu’il ait repris l’entreprise de transport d’hydrocarbures de son beau-père, mais dont l’autorité est remise en cause par des attaques sauvages de ses chauffeurs, le vol des cargaisons de ses camions-citernes et les accusations de détournement de fonds et de recel dont il a hérité. À ce jeu couvert, le perdant sera le premier à faire preuve de faiblesse.

Les personnages sont très bien campés. David Oyelowo, confirme un début de carrière plein de promesses, dans la peau d’un policier carriériste jonglant entre ironie mordante et manque total d’empathie. Jessica Chastain dans un rôle très surprenant de beauté glacée, mystérieuse et inquiétante. À la fois stéréotype de la comptable sexy et femme forte prête à tout pour défendre les siens, l’actrice est une fois de plus réellement bluffante. Oscar Isaac, entre sourire enjôleur et regard menaçant, campe un arriviste voulant camoufler ses origines dans l’accent, l’attitude et les habits du mafioso italien. Souhaitant incarner un homme en rupture avec les habitudes expéditives et le milieu de son beau-père, il est pris en tenaille entre la police et ses concurrents et devra choisir ses démons. Le couple Anna/Abel est très original, de ses abords de petite famille parfaite à ses violentes crises et aux renversements des rapports de force traditionnels.

J. C. Chandor propose sa vision, bien personnelle, du film noir : on respecte très scrupuleusement les tons sépias du genre et de l’époque et l’ambiance, sombre et pesante. Mais pour un film de gangsters, le rythme est étonnamment lent, calme, où la surface est aussi lisse que bouillante et prête à exploser. Personne n’est magnifié, on voit chaque protagoniste dans ses aspects lumineux comme dans ses travers ridicules.  La scène de poursuite est à ce titre, véritablement magistrale. Le réalisme du scenario, les scènes d’actions avortées et les répliques, d’un humour cinglant: tout est ici véritablement jouissif. On touche l’humanité et la vulnérabilité de tous les personnages.

Personne n’est épargné, rien n’est politiquement correct, tout le monde est pris dans la nasse, en trouvant de petits arrangements pour s’élever socialement ou en fermant les yeux pour clore ses affaires et une fois de plus, ce seront les faibles qui seront sacrifiés sur l’autel de la réussite. À la fois hommage très touchant au film de genre et réinterprétation, le réalisateur/scénariste montre le changement de paradigme du gangster, de la loi du talion et de la sauvegarde de son honneur à tout prix à des manoeuvres plus calmes et en détours mais tout aussi efficaces pour arriver à ses fins.

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