Monstrueuse insulte

Godzilla: King of the Monsters
États-Unis et Japon, 2019
Note:

Cinq ans après la catastrophe sur la Côte Ouest américaine mise en scène dans le Godzilla de Gareth Edwards (on en parlait ici en 2014), le réalisateur du réussi Trick ‘r Treat (2007), Michael Dougherty, prend le relai et change de protagoniste pour multiplier l’ampleur par 17. 17 fois plus de personnages, mais surtout, 17 fois plus de monstres. Un film à éviter.

Charles Dance (Godsford Park, série Game of Thrones), Millie Bobby Brown (série Stranger Things) et Vera Farmiga (Up in the Air, The Conjuring, série Bates Motel) dans Godzilla: King of the Monsters | Warner Bros Canada

Outre quelques scènes d’action somme toute respectables, Godzilla: King of the Monsters rate constamment sa cible. Les blagues (du type one liner) tombent toutes à plat, peu importe l’interprète qui les livre. Il y a pourtant plusieurs acteurs de grand talent : Ken Watanabe, Bradley Whitford, Sally Hawkins, Thomas Middleditch, David Strathairn, Charles Dance et Anthony Ramos. Les combats peuvent être interminables. Les revirements de situation sont tous insensés et peu crédibles, en plus d’être en trop grande quantité. Les incohérences sont innombrables : raccourcis scénaristiques, multiples problèmes scientifiques, problèmes géographiques, incohérences culturelles etc. Ils vont même jusqu’à donner deux rôles à l’actrice Zhang Ziyi sans jamais l’expliquer (une connaissance extrêmement précise de l’univers des 32 films de Godzilla permet de savoir qu’il s’agit de sœurs jumelles…). Si le spectateur entre dans la salle, il est évident qu’il doit suspendre son adhésion à une quelconque réalité, mais Dougherty et son équipe poussent les limites de ce que l’on peut accepter, même pour un film de science-fiction.

Si certains éléments sont bons (de manière générale le travail des effets spéciaux est bien ; Millie Bobby Brown est sans faute, Vera Farmiga est correcte malgré les dialogues ridicules), le problème impossible à éviter est le scénario. Fluide et linéaire, mais dense. Trop dense. Le déroulement des évènements est sans arrêt marqué par des revirements de situation exagérés, à ce point exagérés que le film ne fait qu’aliéner son spectateur. Il tente bien de le raccrocher avec l’histoire de famille déchirée que forment Madison (Millie Bobby Brown), Emma (Vera Farmiga) et Mark (Kyle Chandler), mais ce que les scénaristes et le réalisateur n’ont absolument pas compris, c’est que le personnage principal de l’histoire, c’est Godzilla. Les humains sont supposés n’être qu’accessoires. Gareth Edwards avait compris cet enjeu et en avait profité pour faire un pied de nez aux normes hollywoodiennes (qui ne peuvent pas s’appliquer à Godzilla) en rendant son protagoniste humain central incarné par Aaron Taylor-Johnson unidimensionnel et inutile dans son Godzilla de 2014. Dougherty a appliqué la recette d’Hollywood et le tout tombe à plat. Le monstre Godzilla est peu présent. Il y a trop de personnages humains dont plusieurs sont inutiles. Et l’insulte ultime : il y a une forme d’anthropomorphisme du monstre. Dans King of the Monsters, Godzilla est allié à la race humaine et cette collaboration est problématique puisqu’elle semble changer la nature même du monstre.

Vera Farmiga sur l’écran à gauche, Kyle Chandler (Argo, série Friday Night Lights), Thomas Middleditch (série Silicon Valley), Bradley Whitford (Get Out, série The West Wing), Zhang Ziyi (Tigre et dragon, Hero) et Ken Watanabe (The Last Samourai, Inception) dans Godzilla: King of the Monsters | Warner Bros Canada

Le film se perd dans son désir de trop en mettre, de trop en créer, de trop vouloir nous en dire, de trop vouloir jouer la carte des monstres qui sont en surnombre (17, on vous le rappelle). Si les monstres sont souvent utilisés pour nous faire réfléchir sur la nature humaine ou la situation actuelle du monde, ce film n’a rien à apporter à la conversation. Le commentaire mis de l’avant dans un dialogue extrêmement maladroit, est une copie conforme du discours de The Matrix (Lana Wachowski et Lilly Wachowski, 1999), mais plutôt que d’être incarné par un univers informatique, on l’incarne dans un monde inspiré des Titans.

Hollywood se réapproprie tout ce qu’il peut, mais réussi rarement à rendre justice au matériel d’origine ou du moins à la mythologie du matériel d’origine. Il y a fréquemment un américano-centrisme problématique. Et dans le cas de Godzilla: King of the Monsters, il y a non seulement un américano-centrisme problématique, mais il y a également une application des normes scénaristiques hollywoodiennes en plus des normes industrielles hollywoodiennes; le film nous introduit brièvement à sa suite déjà prévue pour mars 2020 : Godzilla vs. Kong. Parce que oui, King Kong fait partie des 17 monstres que contient la planète Terre dans Godzilla: King of the Monsters. L’exploitation ne fait que commencer.

Durée: 2h12

2 Comments

  1. Hans
    11 juin 2019
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    Et ça vaut la peine pour un le côté psychotronique ? Ou même pas ?

    • Marc-Antoine Lévesque
      12 juin 2019
      Reply

      Je me suis vraiment ennuyé… Godzilla est vraiment pas assez à l’écran. Et l’histoire des humains perd rapidement de son intérêt tellement il y a de personnages et de revirements. Ça ne vaut pas les 13,50$. Et le 3D ne sert à rien. 🙁

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