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Maman colonelle : dans la vie d’une véritable super-héroïne

Maman colonelle : dans la vie d’une véritable super-héroïne 4.0
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Note de l'auteur
Portrait d'une policière qui lutte contre les abus sexuels, le troisième long métrage de Dieudo Hamadi est non seulement engageant, observateur, mais également concis dans ses propos évocateurs.
NOTE DU LECTEUR

Avec Maman Colonelle, le documentariste Dieudo Hamadi suit le travail d’une policière congolaise chargée de mettre fin à la violence sexuelle et à la violence physique contre les femmes et les enfants du pays africain.

 Ayant déjà couvert les hôpitaux, les élections et les écoles dans son pays d’origine, Dieudo Hamadi poursuit sa quête personnelle pour faire la chronique des réalités sociales de la République Démocratique du Congo avec Maman Colonelle, présenté aux RENCONTRES INTERNATIONALES DU DOCUMENTAIRE DE MONTRÉAL. Portrait d’une policière qui lutte contre les abus sexuels, le troisième long métrage d’Hamadi est non seulement engageant, observateur, mais également concis dans ses propos évocateurs.

N’étant pas aussi étendue que les précédentes sorties du réalisateur, Atalaku (2013) et Examen d’état (2014), qui a notamment exploré l’agitation entourant les scrutins présidentiels du Congo, cette coproduction franco-congolaise est malgré tout efficace et actuelle.

Hamadi a enquêté sur les horribles modèles de violences sexuelles au Congo avec son premier court métrage, Tolérance zéro (2010). Avec Maman Colonelle, le réalisateur, qui a étudié la biomédecine avant de passer au cinéma, s’est dorénavant concentré sur ceux qui essayaient de débarrasser le pays de telles atrocités. 

maman colonelle
Crédit photo: Andana films

La maman au centre de ce film se nomme Honorine Munyole, chef d’une unité de police dédiée à la protection des mineurs à Bukavu, une ville congolaise située aux frontières orientales du pays avec le Rwanda. Le documentaire commence avec Munyole se préparant à partir pour un nouveau poste à Kisangani, une ville beaucoup plus grande. Ce qui semble être une promotion s’avère être un défi plus décourageant pour elle – un changement qui révèle aussi les circonstances sociales désastreuses dans lesquelles le pays reste embourbé, des années après sa dernière guerre civile meurtrière. 

Dans Atalaku, Hamadi s’est révélé être un commentateur social avisé, sans s’imposer ni se forger une opinion sur son sujet. Sa force réside dans le fait de laisser les actions des gens parler d’eux-mêmes – et les absurdités abondantes ici en disent long sur la lutte acharnée du travail de Munyole. Les problèmes sont évidents dès le départ, alors qu’elle confronte des hommes tâtonnants soi-disant payés pour l’aider à déménager ses affaires dans sa nouvelle ville. Leur ineptie – ils ne peuvent pas gérer les choses correctement, et peuvent à peine épeler son nom correctement lors du marquage du matériel- se reflète presque dès le début dans son nouveau lieu de travail. Toutes les suppositions à propos de ses meilleurs sous-fifres à Kisangani, la troisième plus grande municipalité du Congo, sortent par la fenêtre alors que sa nouvelle équipe se réunit devant elle. Près de la moitié des officiers ne se donnent pas la peine de se présenter… 

Et ainsi les absurdités continuent, mais Munyole ne semble jamais déconcertée par les hommes inutiles qui tournent autour, ou par les horribles adultes qu’elle doit affronter pour sauver un enfant pleurant et meurtri. Une fois de plus, Hamadi parvient à faire allusion aux circonstances désastreuses dans son pays en capturant les attitudes consternantes: les gens avertissent Munyole des « fausses victimes » et une croyance incroyablement répandue que les enfants méritent la violence et l’emprisonnement parce qu’ils pratiquent la « sorcellerie». 

Originaire de Kisangani lui-même, Hamadi est sans doute émotionnellement investi dans tout ce qui ne va pas pour Munyole. Pourtant, il parvient à être à la fois très proche de l’action, mais assez distant pour fournir une vision délicate, mais équilibrée de ce qui se passe. Comme dans ses précédents films, le réalisateur ne cherche pas de héros ni de méchants. Les bonnes actions et les crimes éreintants ne font que souligner combien la structure sociale du Congo reste brisée, avec le spectre des guerres passées encore en suspens dans l’air. 

Alors que Munyole est manifestement un protagoniste infatigable ici, la propre opinion de Hamadi semble implicite quand quelqu’un demande au sujet pourquoi elle travaille si fort et amasse ses propres fonds quand cela devrait être la tâche du gouvernement. Alors qu’une élection présidentielle ajournée renforce la tension au Congo, Maman Colonelle offre une autre pièce dans le portrait en cours d’Hamadi d’un pays en crise.

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Justin Charbonneau

Depuis son voyage en France où il a vécu l’expérience de sa vie au Festival de Cannes en 2012, Justin Charbonneau se passionne pour la diversité du septième art. Suite à cet événement enrichissant, il complète un Baccalauréat en études cinématographiques à l’Université de Montréal. Puis, à l’été 2015, il se joint à l’équipe de Cinémaniak à titre de chroniqueur régulier.

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