Les mauvaises herbes: à la découverte du pot aux roses

Québec, 2016

Note: ★★★ 1/2

Avec Les mauvaises herbes, Louis Bélanger égraine l’humour comme on sème le vent, se méritant, au passage, une tempête de rires.

On n’est pas des sprinters mais des marathoniens”. C’est avec cette citation de Bernard Émond que Louis Bélanger évoque le temps qu’il aura fallu pour finaliser Les mauvaises herbes, quelques minutes avant la première du film.

Comédien de seconde zone, Jacques (l’excellent Alexis Martin) a passé sa vie à miser davantage sur les jeux de loterie que sur son métier. Quand son shylock (campé par Luc Picard) vient lui réclamer le remboursement de ses dettes, il fuit jusqu’en Abitibi où il trouve refuge chez Simon (touchant Gilles Renaud), un vieux fermier vivant reclus dans son village avec pour seule activité journalière, l’entretien de sa plantation de marijuana. Afin de respecter des délais de livraison, il proposera à l’interprète un nouveau rôle que celui-ci n’aura pas le luxe de refuser: apprenti cultivateur de pot. Alors que les deux hommes commencent juste à se familiariser l’un à l’autre, l’arrivée impromptue de la jeune lesbienne Francesca (surprenante Emmanuelle Lussier-Martinez) viendra pimenter le duo et apporter son lot de rebondissements plutôt bienvenus.

Les Mauvaises herbes : Photo
Copyright Happiness Distribution

De prime abord, sous ses airs de comédie légère, ce film cache des vérités pas toujours bonnes à dire et surtout à entendre. Car si le ton est à la rigolade avec la culture du cannabis, il n’empêche qu’en campagne, cette pratique résulte souvent d’un taux de chômage assez conséquent, contraignant les habitants à développer des activités parallèles et rémunératrices.

« Mauvaise herbe croît même en hiver », disait Molière. Une citation qui résume bien les habitudes incessantes que le vieil homme a développées par solitude. Le film évoque alors la notion de filiation et de transmission à travers plusieurs générations de personnages qui, au début, n’ont rien en commun et s’apprivoisent les uns les autres au fur et à mesure de l’action. La relation entre Simon et Francesca fera écho à celle esseulée qu’il entretient avec son fils, l’occasion pour lui de se rabibocher avec un passé douloureux, guidé par l’envie de se tourner vers l’avenir.

Comme avec Post-mortem (audacieux et inspiré) ou Gaz Bar Blues, on retrouve dans ce nouvel opus le ton si singulier du réalisateur, oscillant constamment entre rire et douce mélancolie, sans jamais être poussif ni intrusif dans l’émotion. À l’instar du Misanthrope que cite un personnage, le film prêche la tolérance sociale notamment à travers la sexualité de Francesca. Son acceptation manifeste par les gens du village en font un bel exemple et ce, malgré la différence d’âge et l’isolement géographique des lieux. La rencontre entre un gars de la ville et un autre de la campagne confère à ce vaudeville très divertissant un potentiel comique soutenu par un timing bien calibré.

Les Mauvaises herbes : Photo
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400 000 dollars? C’est payant l’agriculture

et l’autre de répondre : “Plus que le blé d’Inde, c’est sûr

Dès le début du film, difficile de ne pas faire le rapprochement avec Birdman d’Alejandro González Iñárritu, lauréat d’un Oscar l’an dernier. En plan rapproché, la caméra suit Jacques qui sort du théâtre au son de percussions. Affublé de son costume d’époque, le comédien marche dans une ville très industrialisée, créant un décalage plutôt cocasse où les gags à répétitions font rire instantanément. Rires qui se prolongent lors de la rencontre avec Simon et son skidoo sur lequel il monte, harnaché comme un visiteur des temps modernes. La musique classique extradiégétique vient alors appuyer le ridicule de la situation et titiller nos zygomatiques.

Avec sa dernière offrande, Louis Bélanger semble vouloir nous démontrer qu’il faut être en gang pour s’en sortir dans la vie. Il n’est donc pas étonnant de noter la présence musicale de son frère Guy, la famille étant un élément central à toutes ses œuvres. Si à l’image du titre du film il arrive qu’on grandisse tout croche, malgré les chemins de traverse parfois nécessaires au voyage, ce qui importe c’est d’arriver au bon po(r)t.

Durée: 1h48

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