Les faux tatouages : Faux tatouages et vrais sentiments

Québec, 2017
Note : ★★★★

Pascal Plante, dont le film Les faux tatouages est le premier long-métrage, est de cette nouvelle génération de cinéastes qui débarquait en 2017 dans le paysage cinématographique québécois avec des propositions de longs-métrages à micro-budget fort intéressantes. Sa proposition à lui : une idylle entre deux jeunes gens de 18 et 19 ans qui se rencontrent dans un concert de punk rock. Leur histoire, tout comme les meilleurs yogourts, a une date de péremption imminente en raison du déménagement forcé du jeune homme, rendu nécessaire par un mystérieux drame survenu dans un passé récent.

Le film commence alors que Théo (Anthony Therrien), dont c’est le 18e anniversaire, achète sa première bière légalement, qu’il cale dans une ruelle avant d’assister à un spectacle punk rock. À la suite du spectacle, il se fait aborder dans un fast-food par Mag (Rose-Marie Perreault), une lumineuse jeune fille qui commente le faux tatouage qu’il porte sur le bras. Dès leur première interaction, on perçoit le mode défensif, véritable carapace associée aux jeunes de cet âge, dans le comportement et l’attitude de Théo envers Mag. Une carapace qui lui permet de se donner une allure, d’être tout sauf transparent. Une carapace qui disparait un peu en vieillissant alors qu’on devient plus sûr de soi et qu’on est plus à l’aise d’afficher ses réactions.

Au fil du film, alors que les deux tourtereaux apprendront à un peu mieux se connaître, à s’apprivoiser, et que leur relation se développera, la carapace de Théo se relâchera peu à peu. Sans trop en révéler, disons que la scène finale nous fait comprendre que le jeune héros a franchi une étape. S’il n’est toujours pas capable d’exprimer en mots ce qu’il ressent, il utilise la guitare, même médium que Mag a utilisé au début du film pour s’ouvrir à Théo, afin d’exprimer ses sentiments, ce qu’il n’aurait jamais été capable de faire au début du film. Il tend ainsi une perche de communication, d’émotion, au plus fort de ses moyens encore limités, et le rendu est d’une sensibilité et d’une beauté renversante.

Au moment de réaliser son film, Pascal Plante était à un âge idéal pour raconter cette histoire. Encore jeune, il n’était encore pas trop éloigné de cette réalité des premiers amours, des premiers ébats, et donc en mesure de bien comprendre l’état d’esprit qui y est associé. Plus vieux que ses protagonistes, il est également en mesure de prendre du recul et de poser un regard juste et expérimenté sur cet âge charnière.

Si au début du film, on peut ressentir un malaise devant les échanges entre les deux personnages et ainsi douter de la qualité des dialogues et du jeu des acteurs, le spectateur plus vieux finira par retomber dans ses souvenirs de jeunesse, qu’ils soient lointains ou pas, pour se rappeler à quel point les interactions à cet âge sont effectivement timides et maladroites. Les réserves initiales disparaissant ainsi, le film devient dès ce moment très réaliste et charmant.

Plante capture bien l’essence de la jeunesse et à travers l’histoire d’amour entre deux êtres, proches et éloignés à la fois, trace en quelque sorte le portrait d’une génération. C’est une introduction à l’amour faite avec tendresse et intimité, présentée comme la vraie vie, sans artifices. Avec un montage minimal, le cinéaste favorise les longs plans, très longs plans même, sans coupures, qui permettent aux comédiens, toujours dans le même cadre l’un avec l’autre, de se laisser aller dans une interprétation authentique. Cette approche assure un sentiment d’immersion totale où l’on a l’impression de vivre le moment avec eux, d’être coincés avec eux dans le malaise de leur conversation et de leurs émotions. Pour pousser la note encore plus loin, Plante n’arrête pas sa caméra une fois la scène techniquement terminée, une fois qu’elle est comprise. Il laisse plutôt rouler, pour nous forcer à participer au moment, voire au malaise tel que vécu, pour nous faire vivre l’émotion jusqu’au bout et plus loin encore.

Cette approche esthétique et narrative fait en sorte que le film montre beaucoup plus qu’il n’explique. C’est parfaitement à l’image de ce que l’on vit à cet âge où l’on n’a pas encore l’introspection nécessaire pour expliquer nos émois. Il en résulte un film d’émotion en direct, sans le filtre de l’analyse ou de l’explication. Brut et sincère. Il capture et transmet plutôt l’innocence, l’expérience de la vie encore inédite.

Il se fait également pudique dans l’évocation des drames. Un évènement dramatique a de toute évidence causé une dissidence dans la vie de Théo qui oblige un changement mais ce trauma n’est pas étalé dans le détail. De cette façon, le film ne se fait en aucun cas pédagogique ou moralisateur. Et cette réserve rend le sentiment de honte ou de souffrance du protagoniste d’autant plus prenant et la rencontre réparatrice encore plus touchante.

Les faux tatouages est une totale réussite pour Pascal Plante qui a su raconter une douce histoire d’amour sur fond de drame sans tomber dans le mélo. Un petit film simple mais efficace, ancré dans une génération précise, tout en étant intemporelle, prouvant que le cinéma québécois peut continuer à toujours se renouveler, et ce, sans avoir besoin de millions de dollars.

 

Bande annonce originale :

Durée: 1h27

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