le désir voilé du jeune ahmed

Belgique, France, 2019
Note : ★★ 1/2

Récipiendaire du Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes, le plus récent film du duo de cinéastes belges Luc et Jean-Pierre Dardenne pose un regard sur la radicalisation d’un jeune étudiant belge. Le jeune Ahmed, court dans sa durée, concis dans son propos, ne laissera pas son spectateur indifférent.

Ahmed, 13 ans, est un garçon timide et influençable. À la fois bouleversé et fasciné par la mort de son cousin djihadiste, Ahmed boit littéralement les paroles de l’imam de son quartier qui l’incite à la radicalisation. Son désir soudain d’être un pur musulman se répercute sur ses relations familiales et sociales. Il moralise sa mère, l’accusant d’alcoolisme. Il traite sa sœur de prostituée puisqu’elle épouse les mœurs occidentales. Il refuse même désormais de serrer la main de sa professeure, prétextant qu’elle est une femme, elle qui l’a aidé à surpasser ses problèmes de dyslexie. Un jour qu’Ahmed aide l’imam dans son magasin, celui-ci accuse l’enseignante Ignès d’apostasie. Pour Ahmed, la solution est de la tuer. Mais son attentat échoue lamentablement et il se retrouve dans un centre de déradicalisation.

Le cinéma des frères Dardenne

Les favoris de Cannes que sont les frères Dardenne nous ont habitués à un cinéma social. Un cinéma dans lequel la signature esthétique prend ses racines dans le documentaire. Un cinéma qui donne la parole aux marginaux, aux délaissés. On peut penser à leurs premiers films qui sont sans doute les meilleurs de leur filmographie; La promesse (1996), Rosetta (1999), Le fils (2002) et L’enfant (2005). Le jeune Ahmed ne fait pas exception à la règle. Le spectateur est rapidement plongé dans le quotidien d’un jeune arabe de 13 ans qui, sous nos yeux, ne fait apparemment pas les bons choix. La caméra, comme à son habitude, suit le personnage pas à pas, pendant toutes les minutes du film. Malgré une finale surprenante qui expose sans grande subtilité le point de vue (ou le désir) des cinéastes, le film reste un objet important pour le combat contre la radicalisation. En effet, cette problématique est de plus en plus abordée tant au cinéma qu’en littérature. Du côté québécois, Marc Bisaillon nous avait offert L’amour en 2018, film intéressant qui abordait la radicalisation complète d’un jeune homme blanc, mais dont la mise en scène inspirait un léger malaise quant à sa maîtrise (peut-être de la maladresse?). Le film a tout de même le mérite d’avoir abordé le sujet. Dans cette même catégorie, on y retrouve aussi le film Le ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar (notre critique) qui raconte l’embrigadement de jeunes femmes pour aller faire le Djihad et le film Sons of Denmark (notre avis) qui raconte le point de vue des deux côtés (suprématiste blancs et Arabes musulmans). Ce dernier fait écho à Le jeune Ahmed par la radicalisation islamique. Mais cette même radicalisation peut toucher plus d’un groupe, plus d’une religion. Elle évoque toute cette haine qui jaillit de l’actualité quotidiennement, symptôme de sociétés où la tolérance s’est évanouie. Les manifestations sur le Black Life Matters en sont un bon exemple. Il nous faudra travailler ensemble, malgré nos différentes couleurs de peau, nos différentes cultures et religions. Voilà l’une des forces des frères Dardenne. Ils ont cette capacité de focaliser sur un seul thème, un seul message, et le livrent tel quel, presque brut.

Or, le prix de la mise en scène à Cannes est néanmoins surprenant. Très minimaliste dans son approche, ce dernier film des Dardenne tire sa force par son propos. La caméra épaule à laquelle nous ont habitué les frères cinéastes est constamment plongée dans le cou d’Ahmed, lorsqu’elle n’est pas sur son visage. Un style qui est désormais commun, et qui ne mérite certainement pas autant de reconnaissance. Peut-on y voir un certain favoritisme pour l’œuvre des Dardenne? On ne pourrait le confirmer. Ce que l’on peut dire néanmoins est qu’un prix aussi grand ne devrait pas concerner un film aussi petit.

L’amoureux du duo de cinéastes y trouvera certainement son compte. Pour les autres, c’est un film intéressant, sans plus. Espérons qu’ils se renouvellent pour nous proposer un prochain film qui frappe aussi fort que leurs premières œuvres.

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Durée : 1h30

Ouvoir.ca

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