Le cœur de Madame Sabali: un film à l’imaginaire débordant qui manque sa cible.

Le cœur de Madame Sabali : une comédie de l’absurde, légèrement poussive, où se mêlent quiproquos et gags à répétition.♥♥1/2

Récipiendaire du prix Focus du meilleur film québécois lors du dernier Festival du nouveau cinéma à Montréal, le deuxième film du Manitobain Ryan McKenna, Le coeur de Madame Sabali, débarque sur nos écrans ce vendredi.

Employée dans une compagnie de transport, depuis deux ans Jeannette (Marie Brassard) n’entretient plus de rapports sexuels avec son chum devenu indifférent à ses charmes. Elle met pourtant du cœur à l’ouvrage pour tenter de raviver la flamme dans son couple. Ce même cœur est malade, en attente d’une greffe qui finira par arriver, gracieuseté d’une Malienne mystérieusement assassinée. Dès lors, la vie de Jeannette sera perturbée par des visions du meurtre de sa donneuse, allant de situations invraisemblables en rencontres improbables.

Attirés par la notion de mémoire cellulaire, le réalisateur et sa coscénariste, Becca Blackwood, étayent la théorie qui veut que le receveur d’un organe pourrait par la même occasion hériter d’une partie de la personnalité de son donneur. Toutefois, cet aspect scientifique n’est qu’un prétexte à de nombreuses scènes cocasses. Le fils de la donneuse cherchera à entendre battre le cœur de sa mère dans la poitrine de Jeannette, sorte de réincarnation. De fait, il insistera pour qu’elle goûte sa cuisine, une recette familiale, cherchant chez elle l’approbation de sa mère.

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On comprend aisément ce qui peut séduire dès les premières images de ce long métrage à la forme plutôt surprenante et décalée. Des couleurs éclatantes et des décors carton pâte confèrent un brin de folie à cette œuvre qui insuffle un vent de fraîcheur au cinéma québécoisCependant, malgré son intention de se démarquer par cette esthétique soignée, s’efforçant d’afficher sa singularité, le film ne fait qu’emprunter à d’autres des procédés explorés notamment dans les œuvres de Wes Anderson (The grand Budapest hotel)L’actrice principale demeure tout de même inspirée, incarnant à merveille cette femme au cœur malade, plein de charisme, de frivolité et même d’un peu d’ingénuité. Néanmoins, on se lasse vite des images léchées. Rapidement, le film tourne à vide, sans réel moteur, si ce n’est une succession d’histoires plus abracadabrantes les unes que les autres, auxquelles on finit par ne plus croire. À force d’itération, certains running gags s’essoufflent, le film manquant alors de respiration… tout comme le spectateur. Et que viennent faire Amadou et Mariam, célèbre groupe de musique africaine, dans ce long métrage, si ce n’est appuyer le côté décalé de l’œuvre? Le réalisateur semble s’être fait plaisir.

Si l’idée de départ était séduisante, on aurait aimé que la construction narrative fût plus étoffée et dotée d’une vraie finalité. Toujours est-il qu’en nageant à contre courant, Le coeur de Madame Sabali est bien une comédie de l’absurde qui puise sa force dans une facture visuelle, riche en couleurs, mais aussi grâce à l’interprétation enjouée et captivante de Marie Brassard.

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