Page d'accueil Actu La Confession de Nicolas Boukhrief : « Mais sans l’Amour, je ne suis rien. »

La Confession de Nicolas Boukhrief : « Mais sans l’Amour, je ne suis rien. »

La Confession de Nicolas Boukhrief : « Mais sans l’Amour, je ne suis rien. » 3.0
49
0
Note de l'auteur
Écrit pour Romain Duris, ce film façonne les séquences de manière assez démonstrative, à la fois dans le propos, toujours brillant, éloquent, facile à saisir puis à travers les situations traditionnelles fortes en charge émotionnelle ou propices au jeu intimiste (donc aux plans rapprochés).
NOTE DU LECTEUR

On ne sait si c’est le credo du réalisateur, mais cette parole de Saint Paul apôtre pourrait assez correctement résumer le propos de cette nouvelle adaptation cinématographique du roman, prix Goncourt 1952, écrit par Béatrix Beck, à partir de ses souvenirs autobiographiques.


Léon Morin, prêtre

Dans l’adaptation de Jean-Pierre Melville, datant des années 60 : Léon Morin, prêtre, c’était Jean-Paul Belmondo (qui vient d’ailleurs de recevoir, à Paris, le Prix Lumières d’Honneur décerné par la presse internationale, des mains de… Suzanne Clément ! (1) )

L’histoire : dans un petit village français de province, à la toute fin de l’Occupation allemande, un jeune et fringant prêtre remplace l’ancien et met en émoi toutes les dames ou presque, à commencer par les filles du bureau de poste, sauf une, qui vient lui signifier son inutilité, directement dans le confessionnal. Une joute rhétorique s’installe, dans un premier temps, entre les deux protagonistes.

Chez Nicolas Boukhrief (Made in France) en 2018 : c’est Romain Duris. Même profil de comédien, diriez-vous ? Acteur pétillant, ne lésinant ni sur le potentiel comique de situations, ni sur sa palette de sourires ravageurs, déployant un sens du tempo parlé, une dynamique des gestes, une maîtrise d’acteur en trois pans principaux : observation/action/réaction, renouvelée à chacune des scènes au fil de son entière filmographie.

Certes, mais en fait, en habit de soutane, Jean-Paul Belmondo & Romain Duris sont bien différents. De toute façon, le réalisateur, scénariste & dialoguiste nous arrêterait tout de suite dans notre comparatif : il n’a pas voulu faire un portrait d’homme, mais un portrait de femme.

Alors penchons-nous sur les similitudes entre Emmanuelle Riva & Marine Vacth ? Là encore, peu de chances d’établir de fines comparaisons, ne serait-ce qu’à travers la fiche-personnage qui diverge dès le champ « situation familiale » : veuve chez Melville, épouse d’un prisonnier de guerre chez Boukhrief.

Bref, les deux œuvres n’ont pas les mêmes titres, car ce ne sont pas les mêmes films.

La confessionCrédit photo: MK2 MILE END

La place de l’amour et de la Foi

Écrit pour Romain Duris, ce film façonne les séquences de manière assez démonstrative, à la fois dans le propos, toujours brillant, éloquent, facile à saisir puis à travers les situations traditionnelles fortes en charge émotionnelle ou propices au jeu intimiste (donc aux plans rapprochés). Le Devoir avec un grand D, ne paralyse pas l’image, par ailleurs très finement travaillée par le chef opérateur Manu Dacosse.

Au fond, l’homme sous la soutane apporte davantage une façon de vivre & de penser qu’il ne trimballe une imagerie définissant statut moral et religieux. C’est intéressant pour le spectateur moderne qui adopte alors tour à tour l’énergie et le calme ou bien le doute et la colère des personnages, sans véritablement penser « culte ».

L’autre personnage, c’est Barny, l’épouse athée, communiste. Son mari, arrêté pour faits de résistance, n’est plus là pour veiller sur leur fille. Marine Vacth, d’une maturité qui nous pousse à vérifier son âge au moins deux fois, alterne vivacité/fragilité puis joue, un peu trop du reste, de son regard très franc, pas facile à soutenir et qui aime les silences, pour mieux déboulonner les âmes que son personnage pense crédules.

On ne sait pas si c’est un subterfuge de mise en scène pour éviter le statisme d’un mélodrame historique & lié au Divin, mais il est clair que la révolte idéologique se transformant en tension femme/homme & traversant ensuite les affres du manque et du besoin d’amour, parallèlement à la montée en violence des actes posés par l’occupant nazi : cela fortifie l’idée du duo amoureux aux dépens de la force de conviction politique et de l’incontestable évidence théologique, selon les points de vue.  L’interdit devient de fait plus romantique que moral, dans cette version des faits. Il fallait vous prévenir.

Autre procédé narratif qui pourrait peser du côté de la facilité d’ouvrage : l’ouverture à la Titanic ; une vieille femme raconte son histoire à un jeune prêtre sur son lit de mort… à moins que Nicolas Boukhrief prône l’universalité des singuliers possibles (qui n’a ni passé, ni présent, ni futur), en matière de rencontres & qu’au-delà du drame historique, il nous incite à s’autoriser ouvrir nos horizons d’attente, à élargir nos champs de rencontres. Même si tout, à première vue, oppose celui que nous sommes et celui qui arrive.

                                                                                                                                    Auteur: Pauline Guilmot

 

Sortie VSD de La Confession : 22 mai 2018

 

(1): Suzanne Clément remettant le Lumières d’Honneur lundi 5 février 2018 à Jean-Paul Belmondo lors de la 23e cérémonie des Lumières à l’Institut du Monde Arabe : https://www.mycanal.fr/cinecinema/coulisses-prix-lumieres-2018-best-of/p/1480655

(49)

Incrivez-vous à notre infolettre!
Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
Nous détestons les spam. Votre adresse courriel ne sera pas vendue ou partagée avec quelqu'un d'autre. Promis!

Laissez votre commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 × 4 =

Archives