Kenba la – jusqu’à la victoire

Québec, 2019
★★★

Une production de l’ONF.

Présenté dans le cadre des RIDM 2019, le nouveau documentaire de Will Prosper était apparemment très attendu, vu la quantité de gens qui se sont retrouvés à la Première mardi soir dernier au Quartier Latin. Produit par Nathalie Cloutier de l’ONF, le film du jeune réalisateur Haïtien est à la fois le portrait touchant d’un être exceptionnel et une ode à l’amour.

Le mal du pays.

Kenbe la – Jusqu’à la victoire suit l’artiste Montréalais d’origine haïtienne Alain Philoctète dans son temporaire retour au pays pour y développer un projet de doctorat qui cible la permaculture. Ses rencontres se multiplient et rapidement, Alain sent l’inspiration et la motivation croître en lui. Mais ce ressourcement devra attendre car un autre projet s’impose dans sa vie, un projet qu’il ne peut pas faire attendre. Le film bascule alors de la tendre chaleur haïtienne au froid enneigé de l’hiver québécois. Et c’est sous cette première chute de neige que l’on découvre le nouveau projet d’Alain, son combat contre le cancer. L’enthousiasme général et l’humour de l’artiste haïtien lui servent heureusement de bouclier. Il est craintif mais fort.

Or, la multiplication des séances de chimiothérapie, l’addition de médication et la fatigue finissent par terrasser cette charmante fougue qui lui est propre. Assoupi sur le divan, le crâne presque entièrement dégarni et recouvert d’une couverture, Alain ouvre l’œil pour adresser une parole au réalisateur du film. Il lui dit quelque chose comme : « Will, je ne savais pas que tu étais si cruel ». Devant nous se trouve un être abattu qui tente désespérément de combattre sa fatigue et de nous expliquer ce qu’il ressent, jusqu’à en oublier ses mots. Un homme que l’on connaît pourtant pour sa passion, sa vivacité, sa repartie…

L’amour est plus fort que tout.

Des semaines passent et on redécouvre un Alain pétillant devant la caméra. Il nous explique ce qu’il tente de faire avec ses dessins et on observe le retour de sa grande joie de vivre. Le cancer semble devenir un ennemi du passé. L’une des dernières scènes du film, où la discussion entre Alain et son fils sur un bateau les emmène dans le fantasme de projets encore plus grands où l’amour est la source première de toutes les actions, prouve le désir immortel d’Alain d’être le maître de sa destinée.

En contrepartie de la grande maîtrise narrative du récit, celle de la caméra n’est pas empreinte de virtuosité. Au début du film, la multiplication des plans flous et de certains cadres déséquilibrés engendre, chez le spectateur attentif aux aspects techniques, une impression d’amateurisme. Heureusement, les magnifiques plans de drone combinés à la superbe trame musicale du film nous aident à plonger dans l’univers poétique du récit et à nous faire oublier certaines maladresses techniques.

Au final, le film de Will Prosper est une œuvre surprenante et magnifique qui se termine dans une scène émouvante où les deux amoureux, Alain et sa femme, dansent sous la douce chanson Le mal du pays de Manno Charlemagne. Moment magique.

Le film a été vu dans le cadre des RIDM 2019.

 

Durée: 1h 23

Ouvoir.ca

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