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JEUNE FEMME : une leçon pour déstabiliser le convenu

JEUNE FEMME : une leçon pour déstabiliser le convenu
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Hier soir, le Festival CINEMANIA refermait son édition sur un des plus beaux films français de l’année, adapté du saisissant roman de Pierre Lemaître AU REVOIR LÀ-HAUT et réalisé par Albert Dupontel, mais il portait aussi cette semaine, à travers une programmation subtile, le film JEUNE FEMME de Léonor Serraille : premier film, caméra d’or au Festival de Cannes 2017.

Pour son premier long métrage, la réalisatrice a continué le travail sur son scénario de fin d’études, qui lui avait d’ailleurs valu les félicitations du jury au sortir de la FEMIS, une des plus fameuses écoles de cinéma en France. Porter un scénario jusqu’au bout signifie réaliser techniquement puis surtout trouver les « personnages » à travers des comédiens rencontrés, à moins que ce ne soit l’inverse… Bref, « faire un film » quand on est scénariste, c’est décider « qui » on porte à l’écran. 

Le choix s’est posé sur Laëtitia Dosch, à laquelle Sandrine Kiberlain, présidente du jury « Un certain regard » cannois fera référence, dans son annonce de l’attribution de la caméra d’or : « pour Jeune Femme de Léonor Serraille, indissociable de son actrice.»

En effet, Laëtitia Dosch en impose par sa capacité à changer de visage (se coiffant dans une épicerie, pour l’entretien d’embauche, en nourrice/femme de ménage, en vendeuse dans un magasin de lingerie…), d’intonation (à la billetterie du cinéma lors de la filature de sa mère « retrouvée », à l’occasion d’un dîner avec son ex, auprès de sa meilleure amie…), de caractère (sa passivité lors du conflit avec la mère de la petite fille qu’elle garde, versus sa surréaction dans la scène d’ouverture) : elle joue à inventer le personnage de Paula comme Paula essaie de saisir le sens que prend sa vie, faite de disparités, au fil des rencontres.

JEUNE FEMME : une leçon pour déstabiliser le convenu
Crédit photo: Allocine.fr

Une apparente « paumée » dans un texte très écrit

Entre être paumé (à la limite du socialement acceptable) et savoir-vivre, vous en conviendrez, la frontière est parfois mince. Pour s’empêcher de décrocher, on joue des rôles, on s’adapte et on essaie de comprendre au mieux les règles. La finesse du scénario de Léonor Serraille s’emploie à casser le réalisme de situations communes pour aller explorer, donc nous montrer, un peu du fantasmé qui pourrait, si l’on s’en donnait la peine, régir nos vies sans les détruire. Aller plus loin : voilà le propos du film.

Ce premier long métrage n’est donc pas une immense blague douce-âpre sans intériorité qui ne sait pas comment se situer entre comédie romantique et drame social, il s’agit du cursus réactif, sans défaitisme ni sensiblerie, d’un être « en construction » : on rencontre une jeune femme, dont on ne sait pas précisément l’âge, au moment où elle subit une rupture, celle de sa relation de couple qu’on suppose assez longue, avec un photographe de cinquante ans. Devenue solitaire, Paula perd pied et l’on suit ses divagations qui, en fait, ne sont qu’évolution constante, certes faite d’impermanences.

À chaque interaction convenue, il y a mille manières de répondre. L’instabilité que créé le réagir, aux deux bouts de la communication, embarque ailleurs celui qui cause le trouble et celui qui le reçoit. Par l’intermédiaire du personnage de Paula, la réalisatrice dit vouloir : « pousser des portes qu’[elle]-même n’avait pas poussées ».

Dans cette fiction, le rôle de Paris-quartier Montparnasse, des transitions en métro, installent au sein de la narration un sens. Au fur et à mesure que la jeune femme tente de maîtriser sa vie, elle parcourt la ville, allant de plus en plus loin. À travers le retournement d’une situation amoureuse, on voit passer une tentative d’abus domestique, le rapport normé à la féminité, le rôle de la parentalité, la difficulté de s’inscrire dans un milieu, le poids des diagnostics médicaux… : une foule de sujets graves sous des péripéties qui peuvent parfois paraître légères ou ayant la disparité de celles contenues dans les films français des années 70.

Auteur: Pauline Guilmot

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