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Jérémie Renier: la versatilité d’un acteur décontracté

Jérémie Renier: la versatilité d’un acteur décontracté
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C’est habillé en streetwear, de manière décontractée et confiante, que Jérémie Renier est venu nous parler de son dernier film, L’amant double, présenté en première Nord-Américaine dans le cadre du Festival Cinemania.

C’est votre troisième collaboration avec François Ozon après Les amants criminels et Potiche, qu’est-ce qui vous séduit dans son univers ? Je trouve que c’est quelqu’un de très versatile. Ce qui est très fort, c’est qu’il aille faire une comédie, un thriller, un film intimiste, ou un film en noir et blanc, avec des sujets et des gens différents, on reconnaît malgré tout sa patte et je trouve ça très fort d’arriver dès la première image à savoir qu’on est dans un film de François. Il y a un côté malicieux, provocateur, jouissif dans ses films, que j’aime bien à chaque fois. Il y a des films que j’aime, d’autres que j’aime moins, mais je ne peux pas occulter le fait qu’il m’a fait une belle proposition de cinéma.

Vous préférez quand il est dans la subversion plus que dans les formats classiques comme Frantz ? Non, j’ai trouvé ça très réussi, Frantz, alors que justement j’avais un peu peur. Sous le sable, j’ai trouvé ça sublime, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes aussi, avec ce côté un peu baroque. Non, à chaque fois je suis surpris. Il maîtrise, il n’a pas cette prétention de vouloir faire des chefs-d’œuvre, il est dans l’envie de travailler et le cinéma est une façon pour lui de pouvoir essayer des choses.

Il est dans l’action plus que dans la réflexion… Voilà… dans le sens où il tourne beaucoup, presque un film par an, il essaye avant tout de chercher à être dans le questionnement à travers le médium cinématographique… oui je pense, pour lui c’est vraiment un terrain de jeu, il a un univers, il va se dire : « Tiens là j’ai fait un film classique, eh bien je vais partir sur un film où il va y avoir du cul et d’un coup c’est quelque chose de différent. Il aime bien se remettre en question, ce n’est pas quelqu’un qui justement reste sur ses acquis, tout comme ça m’ennuierait dans la vie comme dans le métier d’acteur d’être tout le temps dans le même genre de cinéma, de faire tout le temps les mêmes propositions, les mêmes rôles. J’adore travailler avec les frères Dardenne mais je ne pourrais pas faire que des films avec eux.

C’est vrai qu’en se penchant sur votre filmographie, on se rend compte qu’à part Ozon, les frères Dardenne et deux Bonnello, vous changer de cinéastes et alternez souvent vos rôles. Vous aimez bouger et ne pas être enfermé finalement ? Oui, après parfois, ça m’a porté préjudice car on aime bien foutre les gens dans des cases et je peux comprendre ce besoin que les gens ont.

Ça a frustré des gens que vous refusiez des rôles parce que vous aviez  envie de faire quelque chose de différent ? Non, c’est plus parce qu’on aime bien parfois en tant que spectateur cloisonner un personnage et dire, ah tiens, ça, c’est le gars…et peut-être aussi parce que je n’ai pas assez de personnalité dans la vie, je ne sais pas.

Vous ne faîtes pas ou peu de films grand public, beaucoup de films d’arts et d’essai, un peu moins accessibles, alors si le spectateur va une fois par mois au cinéma, il se dirigera sans doute davantage vers un film de divertissement en opposition au cinéma d’auteur, qui fait un peu élitiste, mais c’est pas mal vrai… Oui c’est sûr. Je comprends le public en même temps, car ça devient de plus en plus cher, dans les quoi 120, 150 dollars avec le pop-corn quant t’emmènes ta famille ? Du coup t’as envie d’être rassuré et de te dire qu’avec tes enfants  tu vas sortir et en avoir pour ton compte argent… En effet.

Il y a un symbole souvent idéalisé de la femme mise en avant dans beaucoup de films d’Ozon, 8 femmes je pense en est l’exemple le plus représentatif. Ici dans L’amant double, il y a une manière disons presque clinique et médicale de présenter le corps de Marine Vacth, ça en devient déroutant… Je pense que même dans ces scènes érotiques, ces scènes de sexe, il avait envie de quelque chose d’assez clinique, d’assez froid, d’assez distant aussi parce que tout est pas mal « cérébralisé » dans le film. On est d’une certaine manière dans la tête de Chloé et dans ses projections à elle, du coup il joue avec les codes sur une forme d’irréalité de l’espace et du temps. Tandis que l’appartement de Paul est plus chaleureux et que le décor des bureaux de Louis est présenté avec une lumière un peu froide, il y a quelque chose de plus psychanalytique.

Vous parlez de codes, c’est un film énormément référencé avec un peu de Polanski dans la parenté entre la voisine dans Rosemary’s baby et celle campée par Myriam Boyer, les escaliers en colimaçon qui évoquent Hitchcock… j’y ai vu personnellement beaucoup de De Palma (PulsionsBlow up) avec les split screens et les digressions sonores… ouais j’y vois même du Cronenberg. Ce qui me faisait surtout kiffer,  c’est ce ton, tu sais, des années 80\90, un peu sulfureux mais en même temps rempli d’humour, on ne sait pas si c’est du lard ou du cochon… Eraserhead  tu te dis tiens est-ce que c’est vrai, c’est pas vrai, comme dans les films de David Lynch où tout d’un coup ce nain apparaît.

Oui, c’est d’autant plus intéressant par rapport au sujet vu qu’on joue beaucoup sur les twists, sur le réel, le rêve, l’imaginaire, dans cette période de flottement entre l’envie parfois de rire et de se questionner… Il a toujours fait ça comme dans Sitcom son premier film…dans la manière de créer un malaise sur certaines situations.

Dans L’amant double il y a une stylisation excessive pour faire émerger une vérité caché des personnages et jouer sur la confusion du vrai et du faux, que ce soit notamment par le biais des miroirs, un classique… comment cela se manifestait sur le plateau de tournage ?… Dès le départ il nous en avait parlé, après ça fait partie de la magie du travail du metteur en scène. Nous, les acteurs, on est juste des marionnettes à sa disposition. Il avait envie de reflet, du double, qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui ne l’est pas… qui est là, qui n’est pas là…est-ce que c’est le reflet de Paul ou le reflet d’elle-même… donc, oui, je pense qu’il y a un vrai travail sur le miroir, et c’est génial un miroir, tu ne sais pas combien tu es, tu peux perdre complètement la notion de réalité, perdre tes repères.

Oui et ça se ressent même dans le traitement de l’image, on voit dans certaines scènes des split-screens et de la surimpression, une manière intéressante de ne pas rester juste dans le concret.

Est-ce que vous sentez une différence chez Ozon dans sa manière de diriger les acteurs hommes et femmes ? C’est un univers très féminin ou le masculin se fait généralement discret hormis peut-être Frantz et Le temps qui reste… Non je n’ai pas ce sentiment, je ne peux parler que de mon expérience très simple, ça coule de source. Le travail avec Marine, c’était pareil. J’ai vraiment le sentiment qu’on travaillait à trois sur un film où son œil était bienveillant.

Est-ce que c’est la fidélité qui fait ça ? Oui, peut-être, quand on vieillit on a moins envie de se prendre la tête. Quand on est plus jeune, on est prêt à travailler avec n’importe qui, puis tout d’un coup c’est juste le fait de se rencontrer qui motive. A un moment donné, en vieillissant, j’ai l’impression que tu te dis que ce qui est agréable, c’est de tourner avec les gens que tu aimes, avec qui tu te sens en confiance et je pense que c’est le cas pour François aussi, il a envie d’une unité dans un travail et pas un conflit ou une position de pouvoir. Avec lui, c’est très simple, on sait que parfois il aime nous promener, et puis c’est un jeu, un jeu de pouvoir de séduction…mais cela reste toujours enfantin, même  la perversité est enfantine, ce n’est pas malsain.

Ce sont des choses que vous discutez à la lecture du scénario, la nudité, comme ces choses perverses dont vous parlez encore de manière plus exacerbées dans L’amant double qu’à l’accoutumée ? Bien sûr. Ce sont des choses plutôt écrites où il vous laisse carte blanche ? Non toutes les scènes étaient très écrites, après on les a vraiment répétées dans les conditions, sur les décors, pour vraiment voir quelle mise au point il va faire. On savait qu’on allait être bien filmé, il n’y a pas de côté voyeuriste, pervers et manipulateur chez Ozon. Tout était dans le scénario et c’était un choix dès le départ pour Marine et moi, que de partir dans cette aventure. Très vite on a l’a vu comme un terrain de jeu. On a pu avoir du recul et se dire « on a un corps », et en faisant ces scènes d’amour et de cul, ça raconte quelque chose. C’était important de se dire qu’est-ce qu’on raconte avec ça, comment un corps réagit, comment le corps de Marine réagit face à celui de Paul et celui de Louis. C’était intéressant, sexuellement. Moi je travaille souvent sur la sexualité d’un personnage même s’il n’y pas de scènes de cul. Je trouve ça enrichissant pour le personnage.

Claude Miller me disait une fois en entrevue qu’il créait des fiches d’identité pour ses personnages, les lieux où ils sont nés, leur couleur préféré pour aider à la construction du personnage notamment pour les acteurs surtout ici ou vous deviez jouer sur deux tableaux, deux émotions différentes, que ce soit dans la sexualité, effectivement, comme dans l’approche et le jeu avec le personnage de Marine. Oui c’est enrichissant et c’est là où l’on prend le plus de plaisir.

C’est comment d’embrasser Jérémie Rénier ? (l’acteur joue deux rôles en même temps). C’est génial, il embrasse très très bien, franchement je vous le conseille. A voir c’est drôle, à faire c’était très technique, c’est le comble de l’acteur que de s’embrasser soi-même, on développe notre ego d’une certaine manière un peu outrancière parfois. Les gens qui ont l’habitude du cinéma de François ne seront pas surpris mais je pense que l’on peut-être un peu déstabilisé par ça. De nos jours, si on est dans un film d’action, on est juste dans un film d’action et même en écriture je le vois quand t’essayes de financer ton film et qu’il se veut un peu plus large que juste un thriller ou une comédie et que tu expliques que c’est un comico-thriller, les gens te disent : « Hou là là, attention, comment on va le vendre, ce truc ? » et pourtant à la TV ils y arrivent dans les séries.

Il y a plus de financements pour ce genre de projets ? Non, il y a simplement plus de liberté, moins de craintes. En tout cas, en ce moment, ils savent tout de suite que leur audimat n’est pas le même.

On se cachera pas que le format est pratique, on est dans une société ou tout va de plus en plus vite et comme on n’a pas toujours deux heures pour regarder un film… Sauf qu’en fait on regarde 4 épisodes…On est d’accord…Je pars toujours comme ça, je me dis, allez je vais me faire une série parce que je ne vais pas me faire un film et en fait tu te fais prendre au jeu. Il y a un côté addictif plutôt intelligent. Ceci dit j’ai toujours eu un peu de recul par rapport aux séries parce que d’un coup je suis cinévore et j’en bouffe toute une saison en une fois. Ces derniers temps j’ai vu Mindhunter, et là il y a un univers dans ce qu’il propose, c’est l’inverse de ce que les autres séries font, rapide un peu fou, chez Fincher il y a un truc de classicisme, de précision, de lenteur et tout d’un coup t’es captivé. Et là, pas besoin de remplir des cases, il ne joue pas sur les enjeux…Ce qu’on retrouve beaucoup dans le cinéma scandinave, cette espèce de lenteur et de comique absurde très intéressant, et surtout que l’on voit peu sur les écrans que ce soit chez Kaurismaki…,Oui, les Coréens aussi. Ils ont un truc très trash et en même temps ils sont capables de te faire rire. J’ai vu le dernier film du réalisateur de The ChaserThe strangers, un truc incroyable où tu ne sais pas si c’est un film de zombies, et là, on accepte. C’est fou alors que nous, parfois, en France, on a du mal…ça doit être social.

 

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Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
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Alexandre Blasquez

Passionné par les images depuis son plus jeune âge, c’est grâce à ses études en cinéma, de Bordeaux à Montréal, qu’Alexandre a pu parfaire sa culture d’oeuvres anciennes. Toujours la tête dans les nuages, c’est d’abord en musique qu’il voyagera, notamment en Martinique, où il restera 4 ans durant l’adolescence.Une vraie boule d’énergie créative qui aime toucher à tout : du chant à la danse en passant par la décoration de meubles anciens. Éclectique dans l’âme, il affectionne tout particulièrement le cinéma asiatique (Kim Ki-Duk, Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho ou encore Hayao Miyazaki), les cinéastes du Dogme (Vinterberg, Von Trier), ou encore le cinéma social de Ken Loach et des frères Dardennes. La rencontre avec le cinéma québécois a aussi été très forte (Robert Lepage, Robert Morin). Établi à Montréal depuis près de 9 ans, c’est dans un grand magasin qu’Alexandre exerce le métier de visuel. Comme il se plaît à dire, les mannequins sont comme des personnages, on les habillent en fonction de chaque histoire.

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