Her smell : I have nothing to offer, but blood, tears and sweat

États-Unis, 2018
Note: ★★ 1/2

En allant voir Her Smell, je ne savais pas – vraiment – à quoi je m’exposais. Bien sûr il y a l’affiche. Bien sûr j’imaginais qu’avec un tel titre, il y aurait de la sueur, qu’on allait mouiller le T-shirt, mettre au placard les images polissées et proprettes. Je m’attendais à un film olfactif. Ce qui, en y pensant bien, est un vrai pari en soi.

Ce soir, en écrivant ces quelques mots, je n’arrive pas encore à savoir ce que j’ai vu. En revanche, je suis tentée de dire que je n’ai rien… senti. Excusez-moi. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Cris, sueurs, confrontations, drogue, égo, larmes, hystérie, disputes et paillettes noires. Tout y est. Et en grande quantité.

Caméra embarquée

Malheureusement pour moi, vite je me suis sentie l’otage de Becky Something (Elisabeth Moss), personnage principal de ce faux biopic, un peu à la mesure de ce que j’ai ressenti en face du Climax de Noé. Her Smell est moins réussi mais il faut bien reconnaître un certain talent dans la réalisation. La caméra épouse organiquement les émotions de Becky. Alex Ross Perry film avec une certaine maîtrise et poésie le chaos qui entoure et habite cette Becky Something, lead-singer de Something Her, groupe factice idole de la scène rock-punk.

Malgré un scénario relativement faible et un peu mou derrière les langues tirées et les guitares massacrées, le film transmet cette ambivalence qui habite celui ou celle qui se trouve en face de Becky. Sorcière, folle, excessive, hystérique, imprévisible, tyrannique, régressive : on l’aime autant qu’on la déteste, on en a assez et on en redemande. Tout le monde, à l’écran comme dans la salle, est condamné au rôle de spectateur impuissant devant les errances du personnage principal, que malgré les paillettes et les mini-jupes, je voyais encore coiffée de sa visière immaculée de servante. Elle devient le spectacle, le reste n’est que dégât collatéral. Elle fascine et effraie. On se demande à quelles extrémités elle va s’arrêter. Une tension indéniable s’installe dès le début du film, et ne se dénoue qu’à la fin. Encore que…

Cette folie paradoxale de l’artiste qui ne peut que créer en se détruisant est rendue palpable à travers la dilatation du temps, les gros plans, les lumières crues et dures, l’absence de lumière naturelle dans toute une partie du film. On est enfermé avec Becky dans la cage de cette quête identitaire qu’elle poursuit. Incapable d’être elle-même, elle choisit d’être quelque chose, something… Délires verbaux qui atteignent des sommets, Becky perd les pédales et s’emporte pour environ 45% du film avec un schéma identique à chaque fois : tant qu’il y a des spectateurs à heurter – ses musiciennes, ses rivales, son producteur, sa mère, son ex, nous – tant qu’on la regarde, elle tourne à plein régime. Mais tout ce déballage en vaut-il la peine ?

Se mettre au vert

Ce qui vaut la peine, c’est cette ligne. Pas de coke celle là, mais de mots. I don’t want to quit, I just want to be in control of it. Et puis peut-être que les deux se mélangent, d’ailleurs. Une addiction aux mots, à se raconter en se métamorphosant. Car cette confession, si elle peut évidemment s’appliquer à ses consommations excessives d’alcool et de drogues, peut aussi et surtout, s’appliquer à la scène, à la vie. Et qui pourrait lui en vouloir, à Becky, de ne pas vouloir arrêter d’exister ? On l’aura compris, Her Smell aborde la rédemption. Dans le calme d’une maison de campagne, le film – et la fille – se calment. Les mouvements de caméra se font plus doux, les lumières naturelles, les espaces ouverts. Tout est composé : le cadre autant que l’attitude de la star repentante qui a troqué excès de lâcher prise pour excès d’application. Elle chronomètre avec une application sidérante la durée d’infusion de son thé. Tout maitriser pour ne plus déraper. Si tout partait à vau-l’eau avant, tout doit inversement être contrôlé par Becky, qui de Something essaie de devenir quelqu’un.

Star à la maison

Dans toute cette errance il y a une constante, la fille de Becky. Le film commence alors qu’elle n’est encore qu’un bébé. Dès les premières scènes, cette présence innocente fait office de contrepoint silencieux à la folie verbale et gestuelle de Becky. C’est autour d’elle que se cristallisent le plus les fêlures de cette star-maman. L’enfant représente tout ce pour quoi Becky devrait être à la hauteur. On le sent dans leur relation à l’écran. Les années passent et l’enfant grandit. Becky touche le fond, mais remonte. Cette relation en pointillé est certainement la plus forte du film. Elle brille par le silence pudique qui l’entoure. Le mécanisme demeure cela dit un peu cliché, mais c’est bien pour son enfant que Becky semble décider de raccrocher guitares et psychotropes. Serrant sa fille dans ses bras, fébrile suite à un retour sur scène après 5 ans de silence forcé, le nez dans son cou, elle choisit l’enfant à la scène. Aussi cliché que cela puisse paraître, la tendresse domine, après la tourmente, et ça fait du bien. Reste à savoir si star à la maison n’est pas aussi dangereux que sur les routes ? Mais c’est un autre débat.

Enfin, on peut regretter la rareté des apparitions sur scène ou des performances musicales. Mais le spectacle est ailleurs. Ce n’est certainement pas le talent que questionne le film, mais la vie de celui ou celle qui le porte, comme un fardeau nécessaire, une addiction, une condition d’existence, un sacerdoce qu’ici seule la maternité allège.

Durée: 2h15

Ouvoir.ca

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