Happy Face : la beauté intérieure

Québec, 2018.
Note: ★★★★

Après avoir présenté The Wild Hunch au Festival du Nouveau Cinéma en 2009, Alexandre Franchi frappe fort cette année au FNC avec son deuxième long métrage, Happy Face. Film puissant qui renverse le sens de la beauté et de la laideur pour en faire jaillir une définition simple : La beauté n’est pas seulement celle qu’on voit à l’extérieur, elle est surtout celle qui existe à l’intérieur.

« Stanislas, 19 ans, est laissé à lui-même lorsque sa mère est hospitalisée. Terrorisé par la maladie, il se couvre le visage de bandages et intègre clandestinement un atelier de soutien aux patients défigurés qu’il poussera à se révolter contre le conformisme de la société en brandissant leur « laideur » telle une arme » (FNC)

Happy Face est un film brutal, troublant et habité d’un immense humanisme. Au-delà du désir égoïste de Stanislav (Robin L’houmeau) d’affronter la laideur pour mieux accepter la maladie de sa mère, ce personnage est déjà profondément habité par un désir d’aider, de mettre à la disposition des marginalisés sa capacité à bousculer la vie. Car quelques-uns de ces patients du groupe de soutien, le Workshop, dirigé par l’excellente Debbie Lynch-White, sont probablement les marginaux des marginaux. L’un a la moitié du corps brulé, l’autre a une maladie de la peau qui a couvert son visage de pustules et d’autres ont le visage déformé. Et parallèlement à son propre personnage, Alexandre Franchi leur laisse la place. Il laisse place à ces comédiens non-professionnels et leur donne un espace où la parole devient catharsis, où ils peuvent exprimer leur colère envers la société qui les écarte. Car nous vivons en effet dans une société où l’apparence joue un rôle de premier ordre. Beaucoup plus de portes s’ouvrent à une belle personne qu’à une personne laide, malheureusement. Le jeune cinéaste l’a bien compris et s’en sert comme une arme pour déconstruire notre perception de la beauté.

Par ailleurs, la structure scénaristique du film est à priori classique. Stanislav doit apprendre à être moins égoïste s’il veut être capable de s’occuper réellement de sa mère malade. Là où le récit prend une dimension plus grandiose, c’est dans la manière dont le réalisateur met en parallèle le jeu de Donjons et Dragons. Il y a cette scène extrêmement touchante où Stanislav remet à ses nouveaux amis des figurines qui les représentent. Ces figurines, souvent monstrueuses, ont de grands pouvoirs et cachent une personnalité sous-estimée. La musique de Gabriel Scotti rend le film encore plus grand, lui donnant une ampleur déconcertante. Happy Face d’Alexandre Franchi est selon moi, un film à voir absolument. Un film qui devrait être présenté dans les écoles secondaires pour sensibiliser à la différence. Car au final, ce film est comme une fable dans laquelle Cervantès nous enseigne la morale suivante : « Remember Sancho, that there are two kinds of beauty : on of the soul and the other of the body. That of the soul displays its radiance inintelligence, in chastity, in good conduct, in generosity, and in goodbreeding, and all these qualities may exist in a ugly man ».

Durée: 1h37

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