Hacksaw Ridge [Tu ne tueras point] – Faire la guerre sans fusil

Pratiquement banni d’Hollywood à cause de ses antécédents de violence conjugale, d’abus d’alcool et de propos antisémites, le réalisateur et acteur Mel Gibson revient en force avec Hacksaw Ridge, l’un de ses meilleurs films en carrière.  Il a lui-même déclaré espérer que ce film lui vaudrait le pardon et la rédemption de la communauté hollywoodienne ♥♥♥♥

 

Hacksaw Ridge relate une histoire vraie, celle de Desmond Doss, premier objecteur de conscience à recevoir la Medal of Honor pour sa bravoure lors de son engagement dans la deuxième guerre mondiale. Desmond Doss est un jeune américain qui désire s’engager dans l’armée pour aider son pays en temps de guerre. Toutefois, traumatisé par des souvenirs de jeunesse et guidé par ses convictions et sa foi religieuse,  il refuse catégoriquement de tuer et même de tenir une arme à feu. Malgré ce paradoxe et l’opposition qu’il rencontre de la part des autorités militaires, Desmond réussira tout de même à se rendre sur le front sans aucune arme en tant qu’infirmier de guerre et, sous le feu ennemi, réalisera des actes de courage exceptionnels.

 

La première moitié du film est plutôt banale. Mel Gibson, recourant à une facture très − voire trop − classique, nous présente l’enfance de Desmond Doss puis sa rencontre et son histoire d’amour avec une jolie infirmière pour ensuite enchaîner avec son passage dans le camp d’entraînement militaire. Cette première moitié de film ressemble à un mélo militaire, très américain, patriotique à souhait, empreint de lourdes allusions religieuses, sur fond de violons trop appuyés.

 

Heureusement, le ton du film change complètement dès que les soldats se lancent sur le champ de bataille. La rupture est brutale. C’est à partir de ce moment que le film se transforme et devient spectaculaire. Mel Gibson y démontre le meilleur de son talent de réalisateur. Les scènes de guerre sont d’une intensité sans doute jamais vue au cinéma depuis le fabuleux Saving Private Ryan de Steven Spielberg en 1998. Elles sont terrifiantes, captivantes ; d’une puissance, d’une brutalité et d’une violence inouïes. Gibson n’a pas froid aux yeux et les réalise d’une main de maître, donnant l’impression au spectateur effrayé d’être lui aussi dans le feu de l’action.

 

Sur ce champ de bataille sanglant, il est fascinant, et surtout très angoissant, de suivre notre héros, interprété de façon très attachante par Andrew Garfield qui livre une performance solide, se faufiler à travers les obus, les explosions, les flammes et la fumée, sans aucune arme, tentant de sauver le plus de vies possible.

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La séquence suivant la grande bataille est probablement la meilleure du film. Alors que son régiment a battu en retraite, Desmond décide de rester sur les lieux du combat, seul, pour secourir les blessés laissés derrière. Toute la nuit, en se cachant des soldats japonais qui guettent les lieux,  il fera descendre un à un ses camarades blessés en bas de la fameuse falaise Hacksaw Ridge, qui donne son titre au film, où d’autres soldats les attendent pour les amener en lieu sûr. Cette séquence est très prenante et d’un suspense absolu. Malgré son héroïsme hollywoodien, on ne peut qu’être remué par son intensité dramatique.

 

Il est bien connu que Mel Gibson est un fervent catholique. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait décidé de réaliser ce film dont la dimension religieuse est centrale. On sent presque une glorification de la foi et même une déclaration de supériorité morale des croyants sur les non-croyants. L’omniprésence des références et des représentations religieuses est agaçante par moment mais apparaît légitime pour rendre hommage au héros qu’était Desmond Doss. L’homme, comme on peut le constater par les témoignages à la fin du film, était réellement très religieux et c’est véritablement sa foi qui l’a poussé à poser ces actes d’héroïsme.

 

Malgré sa morale hollywoodienne, son patriotisme exacerbé et son caractère judéo-chrétien appuyé, Hacksaw Ridge reste une histoire poignante et, certes, inspirante par son message de non-violence et de courage. En plus d’être d’une rare intensité. Mel Gibson peut déclarer mission accomplie, il aura réalisé ce qui se fait de mieux dans le film à grand déploiement hollywoodien.

Auteur: Jules Couturier

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